Notice Chalgrin
2. Il fit détruire en 1791 ses bas-reliefs de l'Eglise Sainte-Geneviève, en raison de la destination nouvelle de l'édifice, mais sans regrets. — Sa notice est, au débat, une critique de l'art de Pigalle, qui encouragea Houdon comme il l'avait encouragé lui-même.
3. Les deux notices les plus élogieuscs sont celles de Gartellier et de Lemot.
Mais c'est aux peintres, soit qu'il les offre en modèles aux adversaires, soit qu'il les blâme doucement en enfants prodigues, que le secrétaire perpétuel demande le plus de leçons. La peinture est le plus exposée à tous les vices de l'imitation. Il nous montre le sage Vincent (notice 1817) tenant pour le Guide et le Guerchin, non pour les primitifs qu'autour de lui on a la manie de « singer » : avis à Ingres ! Prudhon a le sens de l'antique et le charme du Gorrège, mais la flexibilité de son talent, cinquante ans plus tôt, l'aurait induit « au maniéré ». Devant ce délicieux alexandrin si près encore du xviii^ siècle, Quatremère ne veut point paraître tout à fait dupe en cédant à la séduction. Le coloris et le contour sont conventionnels, les tableaux d'Histoire trop peu nombreux, et, dans la Justice et la Vengeance poursuivant le Crime, ce n'est pas le Crime que Prudhon a peint, c'est un criminel, et « ignoble ». Que ne l'a-t-il généralisé sous un costume allégorique, comme les êtres abstraits qui le poursuivent' . Il ne lui sert même de rien d'être copié des magnifiques bustes romains de Garacalla. Quatremère déplore que Prudhon ne soit pas resté en Italie, près de Ganova : que de chefs-d'œuvre perdus ! Girodet, beau et pur talent ^, a cédé au romantisme de 1 empire quand il alla chercher son sujet d'Ossian( 1802) dans «les nuages et vapeurs», et surtout quand il ramassa ses sujets militaires sur les champs de bataille, aux pieds de Napoléon ; sa peinture a subi « l'enrôlement forcé », et a mis la vraie nature, c'est-à-dire l'idéal, (( sous les bottes, les shakos ». Voilà, pour qui sait comprendre sans qu'on nomme, 011 en sont Lejeune, Bellangé, Vigneron, Langlois, et surtout H. Vernet dès 1822 et 182/1. Gette même année 1826 Quatremère s'en prend encore aux
1. C'est une des maximes les plus familières à sa doctrine qu'il ne faut jamais associer les personnages réels et les figures allégoriques : Rubens y a failli (cf. V Imitation, passim).
2. Quatremère est un de ceux qui ont contribué à mettre en relief « la plevade célèbre qui, à partir inclusivement du peintre des Horaces m a dominé 5o ans l'art français : David, Girodet, Gros, Gérard, Guérin (Notice Gérard, i838).
l'organisation officielle de la résistance 265
sujets modernes et militaires, si meurtriers au style idéal, dans son grand discours en séance publique.
Regnault lui-même (notice i83/i), si apte pourtant à retrouver « quelques traditions du goût des peintres grecs », emprunte aux événements contemporains, au « costume rebelle ». Gros du moins était fait pour ce genre inférieur', et ce fut un bonheur pour lui d'être « enrôlé » dans la peinture militaire. Mais Quatremère ne se résigne pas à abandonner à l'ennemi ce beau talent, surtout au lendemain de l'ouverture du Musée de Versailles, 011 le genre militaire triomphe (1833). Au lieu de faire des batailles « démesurées, panoramiques, descriptives », Gros les résume, les synthétise en un épisode de premier plan. Aboukir se réduit à un trait de bravoure individuelle: Murât renversant le Pacha ; Eylau se concentre dans la visite tragique de l'Empereur au champ où gisent les morts, après la bataille, dont on voit s'évanouir au loin les dernières fumées. Voilà condamné le système moderne, qui suit les batailles modernes dans leur immense développement ou leur mêlée confuse. Quatremère a-t-il regardé l'année précédente (i83/i), au Salon, la Défaite des Cimbi es de Decamps ^ Mais Gros élève le genre prosaïque jusqu'à la véiité idéale, à la poésie. Les personnages, il les transfigure par le dessin et (( la magie de la couleur », les sujets aussi, même repoussants comme à JafPa. Et Quatremère, après avoir à demi arraché Gros aux romantiques^, le montre s'élevant avec Sainte-Geneviève, sous la coupole du Panthéon (182 4), dans les (( plus hautes sphères de l'imitation », bien qu'ici encore il se soit préoccupé de la couleur (( chronologique » des caractères et des costumes. Taunay nous apprend (notice i83/l) que le paysage n'est pas le miroir d'une « réalité vulgaire, comme on l'a cru dans certaines écoles », et s'il a été chercher au Brésil des sites exotiques, il n'y a rien gagné. Sur Carie Vernet, éloge froid et
I. Les sujets militaires « ne demandent dans le dessin ni la science profonde des proportions poétiques, ni les variétés des formes idéales du corps humain, ni l'expression des innombrables affections de l'âme », p. i6o.
3. Gros « voit en grand... et d'en haut » comme « Raphaël »! p. i68.
bref: le meilleur de son œuvre est ...le Triomphe de P. Emile, à la suite duquel il est entré à l'Académie. Enfin l'é- ' loge de Gérard (i838) nous apprend à ne jamais sacrifier (( la forme au prestige du coloris », l'année même où Delacroix est chargé par le gouvernement de décorer la Bibliothèque du Palais Bourbon ^
Ainsi descendait la voix du Juge, dans le silence des grandes séances publiques, sur la tombe des défunts. Ces Eloges fort habiles, où l'Ecole s'exprime par son truchement officiel, ont un écho prolongé. La notice sur Var Spaendonck, bouquet de (( fleurs de diction », de « couleur locale », a un très vif succès que la presse enregistre ^. Luimême écrit à Guérin que la notice de Gros (randonnée contre le romantisme) a fait plaisir à l'Académie et au public ^ Mais l'ennemi est entré dans la place. Les élèves de l'Ecob^ des BeauxArts eux-mêmes supportent avec impatience C(|f panégyriste obstiné du passé, et les jugements partiaux di l'Institut pour les Grands Prix. En 1826, pendant l'élog de Girodet, sévère à la « charlatanerie » romantique, 01 siffle; à la proclamation de Giroux, grand prix du paysag historique, nouvelle bordée de sifflets '^ ; Giroux tombe ei pleurs entre les bras de son père ; on évacue la tribune Ingres sort tout songeur, et Gros, qui présidait, s'en v écrire à David la chronique de cette séance, où Quatremèr et l'Ecole ont fait fière figure. En 1826, pendant l'éloge hb torique de 1 architecte Bonnard, qu'il martèle lentement d son (( menton lourd et large », les jeunes murmurent, ir terrompent, l'assemblée proteste, la lecture est suspendue un détachement militaire pénètre dans la salle, le désordr redouble; le détachement se retire, le calme renaît. Le gra>
1. Gérard est excellent dans le portrait parce qu'il est peintre d'histoii p 208 ; vigoureux coloriste avec un excellent dessin, excellent dans les batail] parce qu'il les concentre..., p. 212.