‹ Quatremère de Quincy et son intervention dans les artsChapitre 302 sur 396 · Reo. de Paris, 1889, p. 196 sq · texte numérisé non relu

Reo. de Paris, 1889, p. 196 sq

l'organisation officielle de la résistance 320

et Suzanne^ qui en étaient. La réforme néo-antique n'était pas encore tout à fait accomplie, et ce n'est même pas à Rome, mais à Naples, qu'il en sentit l'opportunité et y convertit David. Plus tard, quand elle fut universelle, il a vu dans l'Académie de France le laboratoire où se concentre pour les jeunes artistes la vertu puissante qui sort du sol de l'Italie et de Rome, le plus sur refuge de la tradition et du style, le moyen le plus direct de former une élite, jalousement aristocratique par la communauté des souvenirs heureux, par le partage des privilèges et la solidarité des ambitions. Son tort est de l'avoir voulu immobiliser dans le respect à peu près absolu du passé. Le romantisme, ou le modernisme, dans l'Italie des principautés, dans la ville des Césars et des Pontifes, lui a paru un comique et douloureux contresens.

YI. — Les Salons et Jurys.

A l'égard des Salons l'attitude de Quatremère est encore celle que commandaitïa stratégie classique : l'hostilité contre rinstitution qui est le principe et la fin de toutes les audaces. Il ne s'agit pas de la supprimer : en 1816 elle est vieille déjà de cent soixante ans, définitivement entrée dans nos mœurs, et d'ailleurs elle reste en France pour les œuvres d'art ce que l'impression et l'édition sont pour les manuscrits ; mais Quatremère, et presque toute l'Ecole avec lui, essaie d'en épurer Fesprit et d'en régler le fonctionnement.

C'est pourtant lui qui, en 1791, a le plus contribué à arracher l'exposition à la propriété jalouse de l'ancienne Académie, à la faire déclarer libre, et à la mettre sous la tutelle de l'Etat! Alors il demandait aussi qu'elle fût annuelle. Mais les temps sont changés: en 1791 l'ennemi était le goût du xvin^ siècle, « l'imitation mesquine », la copie du modèle; et l'ancienne Académie, avec son monopole de l'exposition, en était l'école et le sanctuaire. Sous la Restauration, l'ennemi c'est le romantisme, ou « l'esprit de nouveauté » : le Salon en est la manifestation publique et le moyen de pro-

pagande ; et c'est au contraire dans l'Académie ressuscitée, dont il est Tâme, que revit l'esprit corporatif et conservateur qu'il avait voulu jadis anéantir.

Il lutte d'abord par la plume : ses campagnes contre les Musées, dans les Considérations morales, dans les Notices historiques, dans ses Discours académiques, visent aussi les Salons ; ils ne dilTèrent les uns des autres que par la durée. Les faits eux-mêmes lui offraient ce parallélisme : autour du Musée Royal grouillent collections, galeries ou cabinets ; ce sont ceux des Lafitte, des Sébastien Erard, des Du Frainays, du duc d'Orléans, etc.; autour du Salon, que le gouvernement installe périodiquement dans les galeries mêmes du Musée, s'ouvrent les expositions annuelles de la Société des Amis des Arts\ l'exposition Colbert^ les expositions particulières telles que les ^b Vernet en 1822^ et celle de 1826 a la galerie Lebrun au profit des Grecs. Le Louvre abrite côte à côte, sous la sollicitude égale de Forbin, deux (( emmagazinements » l'un permanent, l'autre provisoire.

Les griefs que Quatremère et l'Ecole ont contre les Salons dérivent du même principe que leurs objections contre les Musées : ils amènent l'usage de commander des tableaux pour les peupler, des tableaux sans destination, donc inutiles, et par surcroît dangereux parce qu'ils sont condamnés à la surenchère de l'effet. Ils favorisent les genres « subalternes », paysage, portrait, genre, qui plaisent à la foule ; et surtout ils encouragent la médiocrité \ Quatremère a vu cinq Salons sous la Restauration", huit sous la monarchie de Juillet : de 181 7 à 1889 le nombre des envois grossit comme (( un déluge », et ce n'est pas au profit de l'école

Page 1