Op. cit., p. 538 sq
2. Id., p. 3o5-3o6, et tout le chap. intitulé : A certain classique.
3. (c L'ensemble du Salon a été admirable, les étrangers en sont très frappés et surpris « (lettre à Granet, 2^ mars 1828).
4. Lettre à Pavie, 3 avril 1829 (^Correspondance, t. I, p. 78).
5. Institut royal, séance publique du 24 avril 1828, Paris, Didot, 1828.
33/i LES INSTITUTIONS
la mort ; c'est l'ancien régime des Beaux-Arts^ ». A vrai dire, Quatremère est du même aA is ; il se bat en désespéré : (( il se forme, écrit-il, un nouveau monde autour de nous ». Et le soulagement qu'il exprime à la clôture du Salon est aussi de la lassitude : (( Nous sommes enfin sortis du déluge de l'exposition publique. Si jamais les hommes pouvaient se dégoûter de l'anarchie, de la confusion et des abus de la licence, ce salon aurait produit dans le public l'efFet d'une espèce d'indigestion" ». Il dit bien qu'on a réveillé le projet qu'il avait présenté à l'Académie sept ou huit ans avant pour limiter le droit d'exposer au Louvre, mais « y a-t-il un ministre aujourd'hui qui puisse ou y veuille entendre » ? Mais l'occasion va venir de le présenter de nouveau.
A partir de i83i il ne paraît plus au jury d'admission. Sous un régime qui prend la licence pour la liberté, le salon est devenu annuel ^ Malgré l'opposition de l'Institut, dont quelques membres pourtant se joignent aux artistes hétérodoxes, Y Artiste, presque toute la presse, une vaste pétition, l'obtiennent du roi (( libéral ». Pourtant, c'est ce régime qui rend l'Académie maîtresse exclusive du jury, composé désormais de ses quatre premières sections . Tous les ans Quatremère reçoit du ministre l'avis de convocation, et répond que l'Académie (( accepte avec empressement la mission confiée par le Roi ^». Jamais pareille tyrannie n'avait été permise \ Alors que
1. Op. cit., p. I02 et p. 53i : « Le romantique est resté maître du champ de bataille... ; je ne plains pas les morts ».
2. Publiée par M. Lemonnier dans les Arch. de l'Art franc., nouvelle période, t. I, p. 189. — A noter le même désespoir chez Guérin : « tout marche à rebrousse-poil de la conscience » (Lettre à Forster, 16 févr. 1828), et chez Ingres : « L'art est perdu, tout se corrompt, tout est corrompu. Je cesse de combattre..., je ne peux faire des miracles, eussé-je, je crois, le talent de Raphaël (lettre à Gilibert, i5 oct. 1828).
3. Ordonnance royale du i3 oct. i833, rendue contre le sentiment de l'Institut (L'Artiste, i832, p. i3i, et i833, t. II, p. i35). La pétition pour le Salon annuel avait été signée par un grand nombre d'artistes et des plus notoires : Gros, Ingres, Heim, Isabey, Delaroche, Scheffer, Ab. de Pujol, Deveria, Schnetz, David d'Angers, les Ramey, Barye.
/j. Arch. Acad. B.-A. : chaque dossier de i83i à iSSg.
5. D'autant plus que les 4 sections de l'Académie fonctionnent ensemble : les architectes jugent des statues. Fontaine est féroce pour les peintres, etc..
l'organisation officielle de la résistance 335
l'ancienne Académie, limitée dans sa partie supérieure mais illimitée dans les autres rangs, pouvait toujours faire place à un vrai talent, la nouvelle, corps fermé et peu renouvelé, use et abuse de son droit de haute justice à l'égard de l'étranger, qui est toujours lennemi. Les exclusions se multiplient^ ; c'est une colère universelle dont JaP, VArtiste^, Gustave Planche^ se font les échos: « les vanités paresseuses et entêtées, qui gardent le Louvre comme le chien du jardinier garde la viande de son maître, ne résistent pas à la mort qui les décime. L'oisiveté, la jalousie et la rage abrègent la vie de ces juges glacés ; de jour en jour leurs artères s'attiédissent et leurs yeux se voilent ».
Quatremère est un des plus directement visés. C'est bien lui, en efPet, qui a posé le principe d'exclusivisme qui préside à la composition du jury et à l'admision. Le ministre n'avait pas osé accepter son projet intégral, qui allait tout simplement à restaurer le monopole de l'exposition d'avant 1791 . En i83i , en pleine effercescence de liberté, ce projet est d'une audace de défi qui impose à la fois l'étonnement et l'admiration : il déplore tout d'abord (( l'unisson de vicieuse égalité qui confond aujourd'hui dans une même foule tous les artistes — Le droit indistinctement conféré à tous de se produire au Salon a l'inconvénient d'offrir par une émulation déréglée trop d'appâts à toutes les prétentions, à toutes les am-
1. A ne prendre que celles qui se réclamaient des principes, les exclusions de i835 et i836 causèrent le plus de scandale : en i835 sont refusés VOndine et la Douleur de Préault, le Jeune Pâtre de Maindron, un bronze d'Ant. Moine, la C/iasse m/erna/e de Louis Boulanger... (L'Artiste, i835, t. IX, p. 171); en i836, refusés encore les mêmes artistes, et la Scène d'Hamlet de Delacroix, la Scène du roi Lear de L. Boulanger, une Marine de Paul Huet, une Vue du Caire de Marilhat, un Paysage de Rousseau... (G. Planche, Sal. i836). En 1837 Barye est refusé. En i838 le jury montre la même sévérité, mais la Médée de Delacroix est acceptée. — Gros, qui présidait le jury en i835, se plaignait de cette intolérance : « on pèse cela comme du beurre ; il faut le poids juste ! — J'ouvre mon cœur, et je ferme les yeux « (Delestre, Gros et ses ouvrages, 1845, p. 433).
2. Le Salon de i833, p. 11 : diatribe contre « les tenanciers des Quatre- Nations ».