‹ Quatremère de Quincy et son intervention dans les artsChapitre 310 sur 396 · Salon de i83i, Paris, Deiiain, p. 4o-4i · texte numérisé non relu

Salon de i83i, Paris, Deiiain, p. 4o-4i

l'organisation officielle de la résistance 337

M. Delacroix a calomnié le peuple ; il n'est pas si laid, si repoussant que le peintre veut bien le dire. — Cet homme armé d'un fusil, qui marche à droite de la Liberté, est-il assez affreux! On en aurait peur au coin d un bois. Quel type M. Delacroix a choisi! Est-ce la mission de 1 art de représenter ce qu'il y a de plus horrible dans 1 espèce humaine ? Tous les personnages, chez l'artiste que vous aimez tant, sont dégoûtants, hideux, mal bâtis, repoussants. C'est une famille de pervers et de scrofuleux; ils puent à l'œil. On dirait des échappés de cette Cour des Miracles, peinte de couleurs si horriblement vraies par M. Victor Hugo dans son beau livre de Notre-Dame de Paris.

(( La figure de la Liberté vous semble-t-elle belle comme elle devrait l'être? Où est la grandeur, la noblesse, l'élégance de la déesse .f^ Dans cette fille qui a l'air d'une dévergondée, je ne vois pas la femme forte, qui d'un regard fait trembler les rois et d'un revers de sa main renverse les trônes. Et puis, comment est-elle drapée.»^ Son cotillon tient à peine sur son corps, dont il dessine malles formes. M. Delacroix a déshabillé par en haut sa Liberté: il semble que ce soit seulement pour lui faire une gorge et des bras sales.

(( Le ton général du tableau est cadavéreux, les morts sont décomposés, les blessés se décomposent, les vivants sont bien malades. Vantez-nous maintenant, si vous voulez, celte étrange peinture : vous ne nous forcerez pas à l'admirer. La nature de la Morgue nous répugne.

(( Votre pauvre M. Delacroix est perdu cette fois sans ressource. »

Et Jal ajoute : (( Voici ce que j'ai répondu à M. Pentamère :

(( Monsieur,

(( Tout ce que votre lettre contenait d'accusations contre le tableau de M. Delacroix, je le savais déjà. Qui est resté un quart d'heure dans le grand salon devant cette peinture, a entendu les adversaires du système de l'auteur s'ébattre en

gais propos, s'en donnera cœur joie, et répéter tous, comme une leçon apprise à l'école, les mêmes épigrammes.

(( Vous trouvez triviale, commune, sans noblesse, la scène du 28 juillet ; j'ai entendu dire la même chose à bon nombre de bourgeois et de peintres, de l'observance davidienne. Moi, je la trouve dramatique, vraie, puissante.

(( Vous êtes, Monsieur, pour le style élégant, épuré, pour le coloris éclatant, pour la sage ordonnance, pour la beauté convenue des formes; M. Delacroix ne voit pas la nature des mêmes yeux que vous ; lequel de vous deux voit bien ? Je n'oserais prononcer. Il est probable que c'est vous, puisque vous êtes académicien et que M. Delacroix ne l'est pas ^ . ))

Il fallait s'attendre que Quatreiuère fût aussi sévère sur la répartition des récompenses que sur l'admission. Il s'agit surtout des fonds alloués par le Roi sur sa liste civile ; le Roi laissant à l'Académie, du moins en principe, le soin de décider le mode et les bénéficiaires", il n'y reste pas étranger. En 1817 il écrit au comte de PradeP que l'Académie, ne voulant pas être juge et partie dans le concours, décide de composer pour les exposants à récompenser une liste sans publicité, sans caractère officiel, et sur laquelle (( le choix du Roi serait éclairé sans être obligé ». Prudence ou modestie, le résultat fut le même : pour le prix de peinture historique l'élu fut Abel de Pujol ^, pour les genres secondaires Hersent^ Mais l'Académie s'étant refusée à proposer des prix pour les sculpteurs, Forbin, toujours propice au paysage et

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