Assemblée électorale de Paris, lo sept
2. « Monsieur, lui dit Pastoret, président de l'Assemblée, en le félicitant, vous avez rendu aux arts des services qu'ils n'oublieront jamais. Ils étaient esclaves ; vous cherchâtes à les affranchir. Ils étaient le patrimoine de quelques talents, vous demandâtes qu'ils devinssent le patrimoine de tous. Instruit par de longs voyages, couronné par des sociétés savantes, riche des trésors de l'antiquité, vous répandîtes toutes ces connaissances dans ce monument encyclopédique, un des ouvrages qui concoururent le plus à créer parmi nous l'empire de la philosophie qui préparait l'empire de la Constitution.
Il est encore un grand service à rendre aux arts, et le devoir vous en sera plus particulièrement imposé, celui de les diriger vers la liberté publique. Trop longtemps ils furent les complaisants serviles du pouvoir et de la richesse ; il faut que tout le peuple en jouisse et qu'il trouve en eux, avec une gloire plus juste, une leçon vivante de patriotisme et de vertu. Vos efforts seront secondés par tous les vrais amis des arts. Ils le seront par ce peintre illustre que nous avons pour collègue, et que vous avez pour ami, dont le génie sembla toujours prévoir la révolution qui brisa nos fers ; car tandis que d'autres avilissaient leur pinceau pour flatter la noblesse, David peignait Socrate, il peignait Brutus » (le Brutus était alors exposé au salon du Louvre).
Quatremère répond : « Messieurs, appelé au poste oià vos suffrages viennent de me porter, j'ai l'orgueilleuse confiance qu'un futile assortiment des diverses professions de l'ordre social n'a pas seul dicté votre choix — Vous avez cru que les arts, pères de la richesse et de la prospérité nationales, devaient s'associer, et, sous ce point de vue, je vous remercie de m'avoir appelé à défendre leurs intérêts «.
L'insertion de ces deux discours dans le procès-verbal et leur impression est ordonnée.
(Assemblée électorale de Paris, séance du 21 septembre.)
LEURS Rapports officiels 3^9
vote de l'Assemblée, qui le charge avecles autres commissaires de choisir la place et l'encadrement'. 11 veut associer l'art aux déHbérations, le sens de la beauté à la ferveur patriotique : c'est aussi l'idéal de David. Mais c'est au Comité d'Instruction publique qu'il sert le plus activement les artistes. Ne revenons pas sur l'assaut qu il donne pour eux à la Bastille académique. Un autre graveur, Pochon, ayant offert à la Législative la gravure de son tableau pour servir de frontispice à la (( Constitution » et en envoyer des exemiDlaires aux départements, il fait un rapport favorable, et est chargé de le présenter à l'assemblée ^ Son intervention en faveur du peintre de Rossel est intéressante pour l'histoire d'un genre. Capitaine de vaisseau chargé en 1876 par le Roi de peindre les principaux combats maritimes de la dernière guerre, de Rossel avait peint les dix-huit tableaux de la série et exécuté trois des gravures. La Révolution étant survenue, il demandait à la Législative l'indemnité de ses avances et de quoi terminer les gravures. Quatremère prend sa cause en main au Comité et à l'Assemblée. Préoccupé d'ajouter une série à celle des « Ports de France » de Vernet, il proclame la difficulté du sujet : comme la peinture est « amie du repos dans la nature », la France a des peintres de marine, mais non de combats sur mer. Joseph Vernet avait refusé l'offre du Roi, par incompétence ; mais un capitaine de vaisseau, qui a du talent, est propre à (( ces succès d'horreur 011 l'homme, entre ciel et terre, ne voit et n'entend que la mort » : il a droit à la libéralité nationale ^ On ainnerait à savoir après cela si Quatremère a goûté le radeau de la Méduse de Géricault. Au jury de 1792 pour les Prix du Salon de 1791, au jury des Arts de 1796 \ pour le concours des Monuments publics ouvert par la Convention, les plus gros prix sont décernés à ses compagnons