‹ Quatremère de Quincy et son intervention dans les artsChapitre 348 sur 396 · Moniteur, 10 mars i8i · texte numérisé non relu

Moniteur, 10 mars i8i

LEUKS RAPPORTS PARTICULIERS 38 1

Mme de Grollier, Mme Récamier, Miel, Artaud..., qui ont tant fait aussi pour implanter à Paris, dans le monde des riches amateurs, la gloire de l'Italien. 11 s'associe même à Joséphine, amoureuse de ce talent : le buste du berger Paris est pour lui, la statue est pour elle, mais les deux œuvres sont exposées ensemble à la Malmaison '.

Il fait mieux : pour gagner à Ganova l'Ecole française, il la touche au cœur, à l'Ecole de Rome. Elèves, secrétaire, directeurs, sont par lui mobilisés. Renvoie les nouveaux pensionnaires qui partent lui porter son salut ou des missives, demande à Blouet, à Guérin de recueillir tout ce qui se publie sur lui à Rome, à Lemonnier de tâcher de lui avoir une esquisse^, les associe au chagrin immense de sa perte et à l'apologie qu'il prépare ^ Il a poussé Ganova à conquérir Paris, et, pour cela, à y exposer: lui-même organise ou patronne de sa plume ou de sa présence les expositions de i8o/i, 1808^, 1810, 18 12. Il essaie de lui faire prendre possession de Paris même en dehors des salons ou musées, sur les places publiques ou dans les grands édifices. Nous avons vu qu'il veut lui faire repeupler Saint-Sulpice et redresser les statues de bronze que Paris a perdues. A la Gommission des médailles, de 1806 à 1889, il essaie d'éterniser dans le métal, pour commémorer des événements français tels que la création des dépôts de mendicité, le mausolée de Ghris-

1. Canova fit présent à Quatremère, en 1810, de la tête de Paris en marbre avec la dédicace « Antonio Quatremère, amico optimo, Antonius Ganova dono dédit, f. Romœ, i8og » (ce buste a reparu à l'Hôtel Drouot le 8 déc. 1908), une copie en marbre de la tête de sa Polymnie; et en 18 17 la marquise de Grollier lui donna un buste de jeune femme idéale qui avait probablement été au début un portrait de Mme Récamier ÇCataloçj. de la vente de son cabinet, i85o, nos 1-2),

2 . Lemonnier posséda des « études de femmes » tirées d'un cahier de croc[uis de Ganova, qui lui furent données à Rome en i83o par Mgr de Medici-Spada et qu'il donna à son tour au musée de Rouen (salle des dessins).

3. Fontaine, Percier, Dufourny, Durand, Legrand, Garistie, Ch. Norry, Blouet, Huyot, Moitte, Lemoisne, Gortot, Giraud, Lemaire, Nanteuil, Dassy, David, Gérard, Girodet, sont leurs amis communs, mentionnés dans leur correspondance.

4. 11 a été le metteur en scène de l'exposition canovienne à ce Salon (Lettre de Ganova, 19 nov. 1808).

tine, puis la « Religion » etc.. Il favorise la multiplication européenne de son œuvre par le moulage, la fonte et la gravure, et s'occupe près du libraire Boudin d'un grand recueil de reproductions au trait'. Il voudrait pouvoir faire à Ganova l'application d'un mot de Pline sur les peintres en Grèce : (( Sculptorque res communis terrarum erat... ».

On peut se demander commentil n'a pas encouragé Ganova soit à venir plus souvent à Paris, soit à y rester selon le désir de Napoléon. Il semble au contraire que, sauf en i8i5 pour les restitutions aux alliés, il ait impatiemment supporté les voyages de 1802 et i8io^ G'est ici sa grande idée, celle qui s'est traduite par les restitutions elles-mêmes : Ganova parisien serait un exilé, Rome serait veuve, l'Italie une Mater Dolorosa et Napoléon un usurpateur. Le maître n'est tout lui-même qu'en tant qu'Italien; le caractère sacré de son œuvre est d'être ultramontaine, et sa vertu en France ne se développera qu'à ce prix^

Quatremère a vu juste; disons qu'il a réussi. Gonsidérable est l'influence de Ganova sur notre art de 1800 à i83o et même après, nombreux les cas où Quatremère l'a aidée directement ou bien en a été le témoin immédiat et ravi. G'est surtout dans la sculpture qu'il a tâché de l'assurer, et dès la pension de Rome\ Ghaudet, son ami et collaborateur, a été à Rome celui de Ganova qui lui confie les quatre bas-reliefs du piédestal de la statue équestre de l'empereur', et reste en France un pur Ganovien surtout avec Y Amour (S. 1802).

1 . Il dut être tout heureux de voir des Ganova entrer au Musée de Nantes avec le legs Cacault {Invent, des Rich. d'Art de la France, Prov., Monuments civils, t. III, p. 80) et au Musée des Pctits-Augustins, dont ils relevaient la qualité (Arc/i. du Mus. desMon. français, t. III, p. 172).

Page 1