Storia..., t. III, p
4. Réflexions sur les Mausolées... Canova a peint 22 tableaux.
5. Gazette des B.- A., 1888, t. II, et Nouvelles Arch. de l'Art français, 1879,
mère, au nom de tout le monde, signale avec bonheur bien des affinités d'expression'. De même il note avec empressement que Girodet, qui lit le portrait de Canova avec lequel il resta lié, a voulu faire dans le Pygmalion, (( sous une fiction poétique, l éloge du statuaire moderne connu par le don si rare d'animer la matière et de faire vivre le marbre^ ». Soyons sûrs que Quatremère fut ici, comme en bien d'autres cas, son confident, — Gérard est encore un admirateur de Ganova dont il a fait le portrait \ et un adepte de son esthétique dans son Amour et Psyché (S. 1798). C'est Quatremère qui transmet l'un à 1 autre leur mutuelle admiration. Enfin nous savons qu'il associe Guérin, directeur de l'Ecole de Rome, à la préparation de son œuvre apologétique : Guérin n'y était que trop disposé \
La part qu'il a prise à l'influence de Ganova n'est donc pas plus contestable que cette influence même^ Seulement, elle n'a pas agi tout à fait dans le sens qu'il eût souhaité. Elle a incliné l'art de l'Empire et de la Restaura tion vers l'alexandrinisme un peu mièvre, vers la grâce anacréontique; elle propage le sujet apuléien et pompéien de Psyché, ou de l'Amour et Psyché, tant caressé par Prudhon, Gérard, Ghaudet, Milhomme, Delaistre, Rutxhiel, Pradier, Lemire,
1. Notice sur Prudhon, 1824. — Ces afEnités ont frappé tous les historiens, Schnitzler, Stendhal, Glarac, Renouvier...
2. Notice sur Girodet, 1825. — Girodet lit à l'Académie une Dissertation sur la Grâce, qui est une définition du talent même de Ganova, et fait son portrait en dessin.
3. Au Louvre. — Il est à noter que Ganova regarde Gérard comme un Romain de Rome, parce qu'il y est né (Lettre à Gicognara, 21 janv. 18 19).
4. Son admiration pour Ganova (lettre du 20 thermidor an XII). « Il est peu d'artistes, écrit-il à Gérard qui, pour la grâce et l'exécution, soient aussi habiles », et la grâce lui fut à lui-même une constante préocciipation. — Quatremère envoie à Ganova les jeunes peintres Giroux, Michalon, etc., et patrone Lethière pour l'entrée à l'Académie, sur la recommandation de Ganova. Ge fut le meilleur titre du peintre, le Gouvernement le considérant comme suspect.
5. En 1889, l'année de sa retraite, il dut avoir un grand bonheur: à la vente Sommaiiva, le 21 février, l'Amour et Psyché de David atteignit péniblement 2800 francs, la Psyché de Prudhon i5 45o francs, la Madeleine de Ganova arriva à 68000 francs; « l'anxiété était à son comble » (^Moniteur, 24 févr. i83y).
Lemaire, et tant d'autres \ Dans cette jolie allégorie, platonicienne par ses origines, idéaliste par sa signification, hellénistique par le milieu où elle se développa, l'époque s'est délicieusement reposée de l'histoire romaine ; elle favorise, dans l'art, la facture précieuse et léchée, le moelleux. Elle est un témoignage des aspirations tâtonnantes vers le pur hellénisme : sur la route, l'Empire et la Restauration rencontrent Herculanum, Pompéi, Alexandrie, Milet, et s'y attardent. Quoi qu'il en semble, le sujet, et la technique spéciale qu'il sollicite, les ont préparés, beaucoup mieux que le bas romanisme, à comprendre les marbres du Parthénon. C'est la détente de Ténergie morale dans l'expression, et de l'énergie musclée dans la forme, Quatremère avait en vain essayé, précisément à propos du groupe de Psyché, de retenir Canova sur cette pente de l'élégance fade, de la joliesse inexpressive, et du modelé rond : or c'est précisément par ces défauts que celui-ci a séduit le public et les artistes français. Le succès de Quatremère s'achevait donc en demi-défaite, mais il n'en a rien dit, un peu par tendresse, et beaucoup parce qu'il a vu dans ce mal une réaction nécessaire contre la rigidité des mauvais davidiens. Lui-même, nature austère, a été conquis par le charme féminin et le zézaiement artistique du vénitien. Somme toute, c'est en Canova qu'il a trouvé le génie complet, non en David. Canova est même le remède contre l'hégémonie de celui-ci, qui n'a connu qu'une antiquité de seconde main, la romaine, et a porté dans la peinture tout (( le méthodique » delà statuaire d'école. C'est donc le sculpteur qui ramènera la peinture même dans la vérité beaucoup plus souple delà vie! Du reste, David imite les anciens, mais Canova est leur héritier ; David fait par volonté ce que Canova fait par hérédité naturelle, sur le sol même oii les ancêtres ont créé les modèles ou leurs répliques; l'un n'est qu'un néo-antique, l'autre est le plus jeune des anciens. Canova corrige donc David comme Quatremère corrige
I. Voir au Louvre, à la sculpture morderne, la salle de Ghaudet, et l'incroyable fortune du sujet aux Salons, de ï8oo à i83o.
Winckelmann : clans sa pensée, ils ont tous les deux et de concert remis dans la bonne voie la réforme idéalo-an tique, égarée par un antiquaire et par un artiste qui n'ont pas connu ou pas écouté Phidias ^ Si tout fait historique était nécessaire puisqu'il a été, le triomphe européen de Ganova, de 1802, date de son premier voyage à Paris, à 1822, date de sa mort, s'explique par la réaction contre les excès de l'académisme sèchement sculptural, qu'avaient propagé la mauvaise imitation de l'antique et des mauvais antiques. Nul n'y a plus contribué que Quatremère, ni n'en fut plus heureux.
IV. — Sept ans après son retour d'Italie (1784), d'oii il avait rapporté comme autorités les antiques, la Renaissance et Ganova, il dirige au Panthéon une pléiade de sculpteurs. Quelle influence lui ont donnée sur eux son titre officiel et ses premiers ouvrages, nous le savons déjà. Ge groupe, il le retrouve chez J.-B. Giraud, au milieu de la précieuse collection de moulages d'après l'antique, patiemment formée en Italie à grands frais et installée en 1799 par le statuaire à l'Hôtel Vendôme^ : là les sculpteurs et même les peintres viennentfaire des études pratiques en touchant et mensurant. Les dernières pages des Lettres h. Miranda (1796) prouvent qu'il voyait dans le système généralisé de ces moulages le remède préventif contre le rapt des originaux encore en Italie. Il avait connu Giraud à la fin de 178/4, à Rome, 011 tous deux se rencontraient chez Ganova. Plus tard, c'est Quatremère qui transmet à celui-ci les amitiés de leur ami commun ^ Bien que J.-B. Giraud ait eu le sens de l'hellé-
1. Quatremère n'eût jamais accepté le rapprochement établi par Jal (^Salon de i83i), par Gourajod (^Leçons du Louvre, t. III, p. 237) entre David et Ganova. Nous avons vu David lui-même condamner Vaffecté de l'Italien, — Cf. d'autre part comment Stendhal prétend que Ganova est plus complet que David, et souvent les oppose l'un à l'autre (^Mélanges d'Art et de Littérature, 1867,
2. Miel, Notice sur les deux Giraud, sculpteurs français, iSSg-iS/io, in-S", et Delécluze, Louis David, p. i3o.
3. Lettre de Ganova à Quatremère. t4 et 26 janvier, 2^ novembre i8o3 (Bibl. N''^).
nisme, comme Quatremère, il faut noter qu'il a partagé avec lui ce goût très vit pour le sculpteur de la morbidezza^ ; tout au plus fait-il, en 1811, à la statue nue de Napoléon des critiques légères, que Quatremère transmet encore et dont Ganova remercie ^
On les retrouve encore ensemble au Jury des Arts de 1 796 \ choisis tous deux parle comité d'Instruction Publique, dont Lakanal, sur une liste formée par les artistes. Mais c'est la querelle de i8o5 entre Giraud et Emeric David qui les rapprocha étroitement. On sait que dans le musée de Giraud, et de ses démonstrations expérimentales sur les moulages, naquit l'Art Statuaire d'Emeric David "^5 selon lequel l'art grec fut réaliste avec choix et l'art moderne doit à son tour s'inspirer de la seule nature, pourvu qu'elle soit choisie. Quatremère prend à partie l'auteur et sa thèse en essayant de prouver que l'art grec ne s'inspire que de Vldéal'\ prototyp eabstrait et purement intelligible, d'après lequel il élimine, dans les données de l'expérience, tout ce qui est particulier, individuel et accidentel. Son coup de maître fut de détacher le sculpteur du théoricien et de le gagner à sa cause : Giraud, irrité de voir son collaborateur recueillir seul à rinstilut le profit et la gloire de leur œuvre commune, écrit contre lui deux véhéments libelles "^ ; dans le second, où il revendique pour lui toutes les observations positives
1. Il ne faut donc pas exagérer la thèse de Courajod (^Gaz. des B.-A , 1891, t. I, p. 3o8) selon laquelle l'Ecole de J.-B, Giraud aurait été une « protestation » contre la fadeur canovienne : Giraud a considéré Canova comme un des initiateurs de la réforme néo-antique à laquelle il participait lui-même, et a probablement fait Ganova le confident de ses recherches, études et moulages, durant ses huit ans de séjour en Italie. En 1802 il fut de ceux qui le fêtèrent, à Paris, avec « infinité cordialità e gentilezze «.
2. Lettre de Canova à Quatremère, 11 août 181 1 (appendice au Canova).