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Lettre de David à Victor Pavie, i3 août

LEURS RAPPORTS PARTICULIERS SqS

i835, en pleine ferveur de médaillons contemporains, il va rue de Condé modeler son long profil, en une seule séance, et lui envoie l'original après la fonte*. Quatremère fut content de cette effigie, compromis un peu timide entre la vérité, qui, trop poussée, eût été trop déplaisante chez ce nonagénaire dont les romantiques célébraient la laideur, et le style, qui eût été ridicule dans cette figure taillée à grands méplats. Son remerciement" laisse voir son goût pour cet enfant prodigue du classicisme, qui retournait sagement au giron des maîtres après chaque escapade, pour ce disciple, qui resta presque toujours fidèle au nu et au costume idéaP. Et David a tant lu Quatremère ! Sur la beauté nécessaire, sur la vertu du profil, sur l'antinomie de l'art et de l'illusion matérielle, sur l'allégorie, surtout le style du bas-relief, qui répugne au pittoresque, à la perspective, à l'impalpable, et doit rester fidèle aux principes posés par Phidias, l'identité est saisissante'. C'est à Canova et à Quatremère. ce qui revient au même, qu'il a emprunté sa théorie de l'imitation et de l'art antique ', dont il reste un fervent en plein romantisme.

Le dernier des sculpteurs classiques qui ait lu et admiré Quatremère est Simart : l'archaïsant a consulté l'œuvre de l'archéologue. Mais un honneur plus inattendu est d avoir conquis le romantique au pourpoint de velours noir, Jehan

1. Cf. le catalogue de son œuvre (H. Jouin, op. cit., t. II, p. 489).

2. « Mon cher et trop généreux confrère. — Je n'ai pas d'expressions assez dignes pour répondre à celles dont vous avez accompagné le précieux cadeau que vous m'avez fait. Mais n'y a-t-il pas de votre part hyperbole d'obligeance ? Lorsque je suis déjà si grandement votre obligé pour l'honneur que votre talent me fait en m'agrégeant à la série d'hommes célèbres dont votre art va perpétuer l'existence, voilà que je dois ajouter à ce bienfait celui du portrait même, qui vous devra une .renommée que l'original n'ose pas se promettre d'obtenir ». Et il lui envoie son Michel Ange : « n'est-ce pas encore un tour de ma bonne fortune que de pouvoir prier Michel-Ange d'être mon interprète auprès de son successeur ? Permettez -moi d'y joindre un exemplaire d'une nouvelle édition de Raphaël » (4 oct. i835, dans H. Jouin, op. cit., p. 78).

3. Cf. le Racine de la Ferté-Milon, le tombeau et les bas-reliefs du général Foy...

4- Notes manuscrites de David (Jouin, op cit., t. II, p. 4-70). 5. « L'antique sert à faire voir les beautés qui existent dans la nature » (ù/., p. 83).

Sg/i QUATREMÈRE ET LES ARTISTES

du Seigneur, le sculpteur forcené du Roland furieux (i83i) et de l'Archange vainqueur de Satan (i83/l). Le Canova est pour lui (( un beau livre ». 11 furète dans la quantité consirable de ses articles, « tous bons à recueillir », regrette qu'il ait reculé devant cette publication énorme, et prend l'initiative d'en réimprimer lui-même quelques-uns, dont les (( Réflexions critiques sur les Mausolées^ », excellentes en effet par le sens si juste et si fin des lois particulières de la sculpture. Du Seigneur éditant Quatremère, aussi bien queV Histoire de la sculpture d'Emeric David î Mais qu'on y regarde de près : si le Roland furieux est complètement nu, c'est pour être une académie : V Artiste le lui reproche^ ; et l'Esmeralda n'est point si différente des danseuses canoviennes.

V. — Le pittoresque est dans tous les arts le vice corrupteur,, et la peinture l'art suspect entre tous. De toute l'œuvre de ce classique ressort cette idée, très classique, que la sculpture est l'art régulateur par excellence. Fils de Winckelmann, il l'a choisie comme son art à lui, il a sculpté, il n'a jamais peint. Puisqu'il fallait de deux maux choisir le moindre, il a préféré l'empiétement de la statuaire sur la peinture, à laquelle elle a imposé ses lois dans l'école davidienne, à la néfaste ingérence de la peinture dans la sculpture, qui fut le fléau du xviii*" et sera celui du Romantisme. Il est donc naturel que Quatremère, plus exclusif encore quand il s'agit des peintres, ait réservé son attention, sa sollicitude, son crédit, pour ceux d'entre eux qui restent fidèles à l'idéal, à l'archéologie, au culte de la ligne correcte et de la forme pure. Rares sont les exceptions ^.

Il aime Prudhon d'une affection un peu inquiète ; il re-

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