Journal des Savants, 1887, p 182 sq
4. Cf. le Moniteur du 4 mars 1889 : 2288 ouvrages exposés, c'est-à-dire 627 de plus que l'année précédente, « malheureuse surabondance » ! F. P., le signataire de l'article, qui se donne pour libéral, a de bien curieuses indignations sur les « putréfactions )) de Decamps, olc.
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Horace Vernet continuait à étaler, en six tableaux de vingt à trente pieds, dont trois sur le siège de Constantine, le bric à brac des uniformes modernes, la négation du style idéal et du nu. Eugène Delacroix expose une Cléopâtre qui « n'est pas une beauté de grand style », et à laquelle l'aspic est apporté par un paysan (( vulgaire, briqueté », et un Hamlet, (( esquisse lacbée » ! Louis Boulanger, avec La Mère et la Fille, violente les sensibilités par le pathétique d'une misère extrême. Les trois tableaux de Decamps, dont le Supplice des crochets, offrent des carnations cuivrées ou pourries, et une affectation des tons flamands. Les neuf batailles navales de Gudin ne sont qu'un prétexte à feux d'artifice de couleurs. Biard, avec ses Suites d'un bal masqué, et Gué, avec ses Murmurateurs engloutis, provoquent un élan de curiosité par la (( saturnale grotesque » ou (( l'horrible fantasmagorie ». Les paysagistes sont innombrables : Corot, à côté du Site d'Italie, expose le Soir, « un peu triste ». En sculpture la Velléda mélancolique et romantique, de Maindron, la Famille de Caïn d'Etex, le Comte Ugolin de Louis Rochet, VUncas de Schey, ne sont classiques ni par le sujet, ni par le style, ni par la facture, et ne sont pas pour le laisser s'endormir dans la paix des bons principes retrouvés.
Cependant Hippolyte Flandrin (Jésus et les petits enfants) maintient les principes austères de M. Ingres. La Suzanne au bain de Chassériau les suit à quelque distance. Bertin, Bidauld, Gigoux prolongent la vie du paysage classique. Alaux, Picot, Steuben restent, eux aussi, fidèles aux « saines doctrines ». Le Bara de David d'Angers, sauf la cocarde tricolore plaquée sur sa poitrine, est une belle académie de nu. Les furieuses hostilités étaient passées; le Moniteur^ proclamait même en 1837 la réconciliation entre classiques et romantiques : « il n'y a plus ni docilité aveugle aux vieux systèmes, ni confiance outrée dans les nouveaux, déjà anciens ». En 1839 il constate le ralentissement du Romantisme, c'est-à-dire du « système de l'innovation à tout
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prix^ )). Quatremère pouvait donc écouter le conseil que lui donnaient ses quatre vingt-quatre-ans : il envoyait sa démission de secrétaire perpétuel le i^'juin 18^9, au milieu des regrets des artistes de l'Académie et de l'Ecole classique, dont jNanteuil se faisait l'interprète en saluant « la plus belle gloire du siècle ». Aussitôt après, la nomination de Raoul Rocliette apparaissait à tous comme (( un gage donné au progrès et au raisonnable mouvement des choses par une Compagnie que son aversion pour tout ce qui est jeune et vivant avait trop longtemps compromise aux yeux de l'opinion publique^ ». La foule, accourue ce jour-là sous la coupole, oii jusqu'ici les journaux avancés prétendaient qu'on allait (( chercher des pavots » , eut l'impression que la Belle au Bois dormant se réveillait ^
Mais, aux yeux de Quatremère, pareil réveil ne pouvait être que déclin, ou décadence. C'est ce que prouve de façon saisissante le résumé de cette vie austère, toute remplie de la résistance aux (( révolutions modernes "^ ». Dès 1791 , pour "^^ mieux préparer le triomphe de la réforme idéalo antique il précipite la chute des anciennes Académies et la lin de l'école du modèle, fait décréter la liberté d'accès au Salon pour tous les artistes, élabore le plan d'une Ecole des Beaux-Arts nationale et gratuite. L'enseignement du dessin doit devenir enseignement d'Etat. En 1796, pour sauvegarder l'expatriation de nos artistes en Italie, c'est-à-dire l'autorité sacrée de l'art antique et du Cinquecento, il dénonce à l'indignation de l'Europe les rapts d'œuvres d'art que médite Bonaparte ; en i8i5 il aide aux restitutions. Durant tout l'Empire, de 1801 à i8i5, il fait la guerre aux musées, qui détournent l'art de sa destination publique vers les virtuosités de la forme, surtout au musée des Monuments français, qui dépouille les