‹ Quatremère de Quincy et son intervention dans les artsChapitre 389 sur 396 · I. Cf. notre étude sur La doctrine de Quatrenière de Quincy · texte numérisé non relu

I. Cf. notre étude sur La doctrine de Quatrenière de Quincy

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qui s'organise en doctrine, et un effort d'activité qui s'organise en résistance. Foi et apostolat ne font qu'un pour lui ; il conquiert titres et fonctions pour donner de l'autorité à son dogme, il acquiert sur l'antiquité une érudition qui veut être déjà germanique, pour préciser le dogme qu'il cherchera à imposer. Les artistes romantiques n'ont pas eu pareil stratège ; à peine organisés \ il a fallu la puissante vertu de l'idée ou de l'instinct qu'ils représentaient, la liberté dans l'art, pour qu'ils aient pu vaincre, sans le détruire, le système de doctrines et d'institutions que Quatremère depuis 1816 avait solidifié comme un bloc. En 1791 et 1792, puis de 1816 à i83o, non seulement il exerce une (( magistrature de la pensée^ », mais encore il « régente ^ » dans une large mesure l'art français, l'art français ofRciel, estampillé par la triple institution académique, et qui se propose à l'autre, à l'art bohème, en exemple ou en reproche. Horace Vernet s'en plaint, Jal, Gustave Planche s'en indignent, Henri Monnier s'en amuse, Lebœuf-Nanteuil s'en félicite au nom des académiciens, ses biographes contemporains ou récents sont unanimes à le constater. Cette influence est si réelle que Courajod, en 1791 encore, en reste partagé entre la haine pour le (( terrible champion du romanisme et du classicisme » et la pitié pour « le pauvre homme ^ ».

C'est que son action est toujours restée fidèle aux mêmes principes, l'antique et l'idéal. De même qu'en doctrine il n'y a pas lieu de tenir compte des brefs accès de libéralisme où son instinct d'artiste se laisse aller, il n'y a pas lieu d exagérer la contradiction qui lui fait tour à tour exalter et restreindre le naturalisme des frontons du Parthénon, détruire et relever l'Académie : dans le premier cas, il aboutit à définir le génie attique du v^ siècle, du moins au Parthénon, par le mélange délicatement composé de l'idéal et du natu-

I. Ils n'ont ni institutions établies, ni chef: chacun suit son chemin. •2. Discours de Magnin à ses funérailles, Sodée. 1849.

3. Lettre d'Horace Vernet à David d'Angers, 3 août i834 (collection H. Lapauzo).

l\. Leçons du Louvre, I, p. 421.

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rel, ce qui est juste; dans le second, l'Académie qu'il patronne en 1816 est la gardienne des principes dont celle de 1791 était l'ennemie. A vrai dire, jamais doctrine ni action ne furent plus cohérentes durant quarante ans.

C'est même ici le caractère le plus curieux de cette action : de 1791 à i83o elle s'exerce par les mêmes moyens, au nom des mêmes principes, contre les avatars d'un même adversaire : l'école du modèle au début de la Révolution, le réalisme des sujets modernes sous l'Empire, le Romantisme sous la Restauration. Ce sont à ses yeux les aspects successifs d'un mal unique : la copie de la « nature individuelle ou particulière )). Contre l'art qui aboutit au Voltaire nu de Pigalle, contre celui qui crée les « Pestiférés ))deJaffa, de Gros, contre celui qui sévit avec la « Liberté » de Delacroix, il dresse le même eflbrt, exactement. C'est pour nous la preuve la plus objective de l'identité de certains des principes qui relient à travers le temps l'art de Houdon à celui de Barye.

A tout prendre, Quatremère de Quincy reste pour nous le plus éminent représentant de la doctrine et de la stratégie de l'Ecole idéalo-antique, de 1791 où elle ruine le système d'enseignement du xviii*' siècle jusqu'en i83o 011 elle est vaincue par le romantisme. A regarder les choses de plus haut, il est le type le plus parfait au xix" siècle de l'esprit de règle et de tradition, fondé sur l'idéal en doctrine, sur l'art antique en histoire, et assuré par les institutions académiques. Toute une famille intellectuelle se peut et se doit reconnaître en lui. Ses tendances, douées d'une force secrète, sont éternelles.

Rien d'étonnant qu'il en reste quelque chose. Débarrassées par la fatalité même de l'évolution des excès d'étroitesse de jadis, d'ailleurs exagérés par les romantiques qui n'eurent jamais le sens exact de la mesure des autres, les institutions qui lui furent chères règlent ou rythment aujourd'hui, du moins chez leurs disciples, la liberté qu'il prétendait supprimer. Les (( ordres » subsistent, le nu est plus en faveur que jamais, il n'y a de changé dans beaucoup de tableaux à sujet antique que l'authenticité érudite du décor ou du mobilier; le paysage historique renaît, et l'allégorie. « Les dieux

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reviennent » à chaque Salon. Tout art est à la fois une mentalité et une teclinique : à regarder surtout la première, c'est-à-dire les sujets, les genres, les formules, l'esthétique de Quatremère n'est pas morte ; elle enfonce ses racines dans la constitution même de l'esprit gréco-latin.

Mais il a assumé devant l'Histoire une douhle responsabililé. Il a boudé à l'évolution; l'ère de AVinckelmann (et la sienne), de David et de Canova, était pour lui la deuxième et définitive Renaissance ; définitive, parce qu'à l'autorité antique elle ajoutait celle du xvi*' siècle, à Phidias Haphaël. Il fallait s'y tenir ; le Romantisme, en revenant soit au moyen âge, soit à l'Ecole du modèle, est un recul vers la barbarie. S'il y a évolution, c'est celle « qui fait prendre aux enfants pour du tout neuf ce que les pères ont dédaigné comme du vieux ^ )). Ce « vieux », c'est le naturalisme du xvin*' siècle, que le romantisme renouvelle. Grâce à ce préjugé Quatremère regarde l'école classique ou idéalo-antique comme la Gassandre du progrès, dont les ilotes étouffent la voix. Son second tort, c'est son intransigeance : il a essayé de fermer la route au génie quand celui-ci refusait de s'asservir aux disciplines qu'il prônait.

Retardataire obstiné, et dur aux artistes de bonne volonté qui cherchaient leur voie en toute indépendance, sa personnalité a porté ces défauts, qui sont inhérents à une mentalité éternelle, jusqu'à un relief puissant et magnifique. En sa présence, l'historien, après un instinctif et bref mouvement de recul, éprouve l'attrait austère qui en i835 amena David d'Angers devant cette ligure biutalement caractérisée. Pour emprunter une comparaison à l'un des arts qu'il a le plus aimés, il est la médaille la plus vigoureuse d'un type où se résume une innombrable famille d'esprits.

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