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FRANÇAISE, UNE ET INDIVISIBLE. COMITÉ DE SALUT PUBLIC

Cimourdain continua :

— Oui, j’accepte. Terrible contre terrible. Lantenac est féroce, je le serai. Guerre à mort avec cet homme. J’cn délivrerai la République, s’il plaît à Dieu.

Il s’arrêta, puis reprit :

— Je suis prêtre; c’est égal, je crois en Dieu.

— Dieu a vieilli, dit Danton.

— Je crois en Dieu, dit Cimourdain impassible.

D’un signe de tête, Robespierre, sinistre, approuva.

Cimourdain reprit :

— Près de qui serai-je délégué?

Robespierre répondit :

— Près du commandant de la colonne expéditionnaire envoyée contre Lantenac. Seulemeni, je vous en préviens, c’est un noble.

Danton s’écria :

— Voilà encore de quoi je me moque. L’n noble? Eh bien, après? 11 en est du noble comme du prêtre. Quand il est bon, il est excellent. La noblesse est un préjugé; mais il ne faut pas plus

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l’avoir dans un sens que dans l’aulre, pas plus contre que pour. Robespierre, est-ce que Saint- Just n’est pas un noble? Florelle de Saint-Just, parbleu! Anacbarsis Cloots est baron. Notre ami Charles Hesse, qui ne manque pas une seance des Cordeliers, est prince et frère du landgra\e régnant de Hesse-Rothenbourg. Montant, rinlime de Marat, est marquis de Montant. Il y a dans le tribunal révolutionnaire un juré qui est prêtre, Vilate, et un juré qui est noble. Leroy, marquis de Montflabert. Tous deu.v sont sûrs.

— Et vous oubliez, ajouta Robespierre, le cliel du jury révolutionnaire...

— Antonelle?

— Qui est le marquis Antonelle, dit Robespierre.

Danton reprit :

C’est un noble, Dampierre, qui vient de se faire tuer devant Condé pour la République, et c’est un noble Beaurepaire, qui s’est brûté la cervelle plutôt que d’ouvrir les portes de Verdun aux Prussiens.

— Ce qui n’empêche, pas grommela Marat, que le jour où Condorcet a dit : Les Gracqucs Haient des nobles, Danton n’ait crié à Condorcet : Tous

les nobles sont des traîtres, à commencer par Mirabeau et à finir par loi.

La voix grave de Cimourdain s’éleva.

— Citoyen Danton, citoyen Robespierre, vous avez raison peut-être de vous confier, mais le peuple se défie, et il n’a pas tort de se défier. Quand c’est un prêtre qui est chargé de surveiller un noble, la responsabilité est double, et il faut que le prêtre soit inflexible.

— Certes, dit Robespien’è.

Cimourdain ajouta :

— Et inexorable.

Robespierre reprit :

— C’est bien dit, citoyen Cimourdain. Vous aurez afl'aire à un jeune homme. Vous aurez de l’ascendant sur lui, ayant le double de son âge. Il faut le diriger, mais le ménager. Il parait qu’il a des talents militaires, tous les rapports sont unanimes là-dessus. Il fait partie d’un corps qu’on a détaché de l’armée du Rhin pour aller en Vendée. 11 arrive de la frontière où il a été admirable d’intelligence et de bravoure. Il mène supérieurement la colonne expéditionnaire. Depuis quinze jours, il tient en échec ce vieux marquis

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de Laiiteuac. II le réprime et le chasse devant lui. II finira par l’acculer à la mer et par l’y culbuler. Lantenac a la ruse d’un vieux général et lui a l’audace d’un jeune capitaine. Ce jeune homme a déjà des ennemis et des envieux. L’adjudant général Léchelle est jaloux de lui...

— Ce Léchelle, interrompit Danton, il veut être général en chef! il n’a pour lui qu’un calembour ; Il faut Léchelle pour monter sur Charctie. En attendant Charette le hat. •

— Et il ne veut pas, poureuivit Rohespierre, qu'un autre que lui hatle Lantenac. Le malheur de la gueiTC de Vendée est dans ces rivalités-là. Des héros mal commandés, voilà nos soldats. Un simple capitaine de hussards, Chérin, entre dans Saumur avec un trompette en sonnant Ça ira; il prend Saumur ; il pourrait continuer et prendre Cholet, mais il n’a pas d’ordres, et il s’arrête. Il faut remanier tous les commandements de la Vendée. On éparpille les corps de garde, on disperse les forces ; une armée éparse est une armée paralysée ; c’est un hloc dont on fait de la poussière. Au camp de Paramé il n’y a plus que des lentes. Il y a entre Tréguier et Dinan cent petits

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postes inutiles avec lesquels on pourrait faire une division et couvrir tout le littoral. Léclielle, appuyé par Parrein, dégarnit la cote nord sous prétexte de protéger la côte sud, et ouvre ainsi la France aux Anglais. Ln demi-million de paysans soulevés, et une descente de l’Angleterre en France, tel est le plan de Lanlenac. Le jeune commandant de la colonne expéditionnaire met l’épée aux reins à ce Lantenac et le presse et le bat, sans la permission de Léclielle; or Léclielle est son chef; aussi Léclielle le dénonce. Les avis sont partagés sur ce jeune homme. Léclielle veut le faire fusiller. Prieur de la Marne veut le faire adjudant général.

— Ce jeune homme, dit Ciniourdain, nie semble avoir de grandes qualilés.

— Mais il a un déiaiit!

L’interruption était de Marat.

— Lequel? demanda Ciniourdain.

— La clémence, dit Marat.

Et Marat poursui\il :

— C’est ferme au combat, et mou après. Ça donne dans l’indulgence, ça pardonne, ç^ fait grftce, ça protège les religieuses et les nonnes.

ça sauve les femmes et les filles des arislocrales, ça relâche les prisonniers, ça met en liberté les prêtres.

— Grave faute, murmura Cimourdain.

— Crime, dit Marat,

— Quelquefois, dit Danton.

— Souvent, dit Robespierre.

— Presque toujours, reprit Marat.

— Quand on a affaire aux ennemis de la pall ie, toujours, dit Cimourdain.

Marat se tourna vem Cimourdain.

— Et que ferais-tu donc d’un chef républicain qui mettrait en liberté un chef royaliste?

— Je serais de l’avis de Léchclle, je le ferais fusiller.

— Ou guillotiner, dit Marat.

— Au choix, dit Cimourdain.

Danton se mit à rire.

— J’aime autant l’un que l’autre.

— Tu es sûr d’avoir l’un ou l’autre, grommela Marat.

Et son regard, quittant Danton, revint sur Cimourdain.

— Ainsi, citoyen Cimourdain, si un chef répii-

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blicain hioncliait, tu lui ferais couper la tête?

— Dans les vingt-quatre heures.

— Eh bien, repartit Marat, je suis do l’avis de Hohespierre, il faut envoyer le citoyen Cimoui’dain comme commissaire délégué du Comité de salut public près du commandant de la colonne expéditionnaire de l’armée des côtes. Comment s'appelle-t-il déjà, ce commandant?

Robespierre répondit :

— C’est un ci-devant, un noble.

El il se mit à feuilleter le dossier.

— Donnons au prêtre le noble à garder, dit Danton. Je me défle d’un prêtre qui est seul; je me déûe d'un noble qui est seul; quand ils sont ensemble, je ne les crains pas; l’un surveille l’autre, et ils vont.

L’indignation propre au sourcil de Cimourdain s’accentua, mais trouvant sans douté l’observation juste au fond, il ne se tourna point vers Danton, et il éleva sa voix sévère.

— Si le commandant républicain qui m'est confié fait un faux pas, peine de mort.

Robespierre, les yeux sur le dossier, dit :

— Voici le nom. Citoyen Cimourdain, le com-

mandant sur qui vous aurez plein pouvoir est un ci-devant vicomte, il s’appelle Gauvain.

Cimourdain pâlit.

— Gauvain! s’ccria-t-il.

Marat vit la pâleur de Cimourdain.

— Le vicomte Gauvain I répéta Cimourdain.

— Oui, dit Robespierre.

— Eh bien? dit Marat, l’œil fixé sur Cimourdain.

Il y eut un temps d’arrêt. Marat reprit :

— Citoyen Cimourdain, aux conditions indiquées par vous-même, acceptez-vous la mission de commissaire délégué près le commandant Gauvain? Est-ce dit?

— C’est dit, répondit Cimourdain.

Il était de plus en plus pâle.

Robespierre prit la plume qui était près de lui, écrivit de son écriture lente et correcte quatre lignes sur la feuille de papier portant en tête : Comité de salut public, signa, et passa la feuille et la plume à Danton ; Danton signa, et Marat, qui ne quittait pas des yeux la face livide de Cimourdain, signa après Danton.

Robespierre, reprenant la feuille, la data et la remit à Cimourdain qui lut :

QUATRE VIN GT-TKEIZE.

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