MARAT DANS I.A COUI.ISSE
Ils levèrent la tète.
' — Bonjour, Marat, dit Chabot, tu assistes rare-
ment à nos séances.
— Mon médecin me commande les bains, répondit Marat.
— Il faut se défier des bains, reprit Chabot; Sénèque est mort dans un bain.
Marat sourit :
— Chabot, il n’y a pas ici de Néron.
— Il y a toi , dit une voix rude.
C’était Danton qui passait et qui montait à son banc.
Marat ne se retourna pas.
Il pencha sa tête entre les deux visages de Montaut et de Chabot.
— Écoutez, je viens pour une chose sérieuse, il faut qu’un de nous trois propose aujourd’hui un projet de décret à la Convention.
— Pas moi, dit Montant, on ne m’écoute pas, je suis marquis.
— Moi, dit Chabot, on ne m’écoute pas, je suis capucin.
— Et moi, dit Marat, on ne m’écoute pas, je suis Marat.
QUATREVINGT-TREIZB.
Il y eut entre eux un silence.
Marat préoccupé n’était pas aisé à interroger. Montaut pourtant hasarda une question.
— Marat, quel est le décret que tu désires?
— Un décret qui punisse de mort tout chef militaire qui fait évader un rebelle prisonnier.
Chabot intervint.
— Ce décret existe, on a voté cela fin avril.
— Alors c’est comme s’il n’existait pas , dit Marat. Partout dans toute la Vendée, c’est à qui fera évader les prisonniers, et l’asile est impuni.
— Marat, c’est que le décret est en désuétude.
— Chabot, il faut le remettre en vigueur.
— Sans doute.
— Et pour cela parler à la Convention.
— Marat, la Convention n’est pas nécessaire; le Comité de salut public suffit.
— Le but est atteint, ajouta Montaut, si le Comité de salut public fait placarder le décret dans toutes les communes de la Vendée, et fait deux ou trois bons exemples.
— Sur les grandes têtes, reprit Chabot. Sur les généraux.
Marat dans la coulisse.
— Marat grommela : — En effet, cela suffira.
■ — Marat, repartit Chabot, va toi-même dire
cela au Comité de salut public.
Marat le regarda entre les deux yeux, ce qui n’était pas agréable, même pour Chabot.
— Chabot, dit-il, le Comité de salut public, c’est chez Robespierre ; je ne vais pas chez Robespierre.
— J’irai, moi, dit Montant.
— Rien, dit Marat.
Le lendemain était expédié dans toutes les directions un ordre du Comité de salut public enjoignant d’afficher dans les villes et villages de Vendée et de faire exécuter strictement le décret portant peine de mort contre toute connivence dans les évasions de brigands et d’insurgés prisonniers.
Ce décret n’était qu’un premier pas ; la Convention devait aller plus loin encore. Quelques mois après, le 11 brumaire an II (novembre 1793), à propos de Laval qui avait ouvert ses portes aux Vendéens fugitifs, elle décréta que toute ville qui donnerait asile aux rebelles serait démolie et détruite.
Dp leur côté, les princes de l’Europe, dans le
QUATREVINOT-TREIZE.
manifeste du duc de Brunswick, inspiré par les émigrés et rédigé par le marquis de Linnon, intendant du duc d’Orléans, avaient déclaré que tout Français pris tes armes à la main serait fusillé, et que, si un cheveu tombait de la tête du roi, Paris serait rasé.
Sauvagerie contre barbarie.
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