VIS ET VI R. .VJ
les rouleaux de cordages, les sacs d’équipage, et les ballots de faux assignats dont la corvette avait tout un chargement, cette infamie anglaise étant regardée comme de bonne guerre.
Mais que pouvaient faire ces chiffons? Personne n’osant descendre pour les disposer comme il eût fallu, en quelques minutes ce fut de la charpie.
Il y avait juste assez de mer pour que l’accident fût aussi complet que possible. Une tempête eût été désirable; elle eût peut-être culbuté le canon, et, une fois les quatre roues en l’air, on eût pu s’en rendre maître. Cependant le ravage s’aggravait. Il y avait des écorchures et même des fractures aux mâts, qui, emboîtés dans la charpente de la quille, traversent les étages des navires et y font comme de gros piliers ronds. Sous les frappements convulsifs du canon, le mât de misaine s’était lézardé, le grand mût lui-même était entamé.
La batterie se disloquait. Dix pièces sur trente étaient hors de combat; les brèches au bordage se multipliaient et la corvette commençait à faire eau.
00 QU ATREVINGT-TREIZE.
Le vieux passager descendu dans l’enlre-pont semblait un homme de pierre au bas de l’escalier, Il jetait sur cette dévastation un œil sévère. Il ne bougeait point. Il paraissait impossible de faire un pas dans la batterie.
Chaque mouvement de la caronade en liberté ébauchait l’effondrement du navire. Encore quelques instants, et le naufrage était inévitable.
Il fallait périr ou couper court au désastre ; prendre un parti, mais lequel ?
Quelle combattante que cette caronade I
Il s’agissait d’arrêter cette épouvantable folle.
Il s’agissait de colleter cet éclair.
Il s’agissait de terrasser cette foudre.
Boisberlhelot dit à La Vieuville :
— Croyez-vous en Dieu, chevalier?
La Vieuville répondit :
— Oui. Non. Quelquefois.
— Dans la tempête?
— Oui. Et dans des moments comme celüi-ci.
— Il n’y a en effet que Dieu qui puisse nous tirer de là, dit Boisberthclot.
Tous se taisaient, laissant la caronade faire son fracas horrible.