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8 heures et demie.— Déjeuner.
10 heures.— Réunion des confrères.
Midi.— Lunch.
Retour à Québec.
Nous voici réunis au parloir des élèves, endroit tout embaumé — sans ironie — des souvenirs du passé, car le parloir actuel c’est l'emplacement exact des classes qui allaient de l’humble neuvième à la sixième. Insouciants enfants d’il y a cinquante ans, nous voilà transformés en vieillards à tête blanche, aux épaules voñtées, au visage marqué par des rides profondes : “ Eheu, Posthume, Posthume, labuntur anni’’— nous redit le vieil Horace.
Nous nous comptons, un peu comme des vétérans qui se réunissent .u bivouac après le combat, alors que le rappel a sonné. Sont fidèles au rendez-vous :
ARTHUR AUDETTE, ÂÀÂLPHONSE GARNEAU, EpMmoxp BERNIER, ARTHUR GOUIN, WILLIAM BLAGDON, CHARLES GOUIN, ONÉSIPHORE CANTIN, ALEXANDRE LAFRANCE, Enouarp COUTURE, EusTACHE MAGUIRE, MaAxIME FiILLION, PHiLiPPEe PANET, HoNoRÉ FRÉCHETTE, Louis-Ap. PAQUET, Louis GAGNON, Louis-L. PARADIS,
OCcTAVE GAGNON, ARTHUR SCOTT,
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Les cris joyeux des réunions précédentes ne sont pas entièrement absents, mais l’âge y a évidemment mis une sourdine. Il y a moins d’exubérance qu’autrefois, mais on le sent bien, ce sont des frères qui se retrouvent. L’émotion est contenue, mais elle est sincère et bien réelle. Nous sommes donc dix-huit bien comptés avec l’espoir de recruter, chemin faisant, quelques confrères en retard.
Monseigneur le Supérieur du Séminaire nous | recoit avec la plus grande bienveillance unie à la plus sincère cordialité. Quittant le Séminaire, le cortège se forme à la porte cochère pour se rendre chez le phoiographe, et qui voit-on arriver, manifestement un peu essouflié mais de fort belle humeur? notre excellent ami GEORGES BELLERIVE, retardé par un accident de binocle et qui dut essuyer toute une salve de brocards pour lui faire expier son retard. Dix minutes chez le photographe et voici que nous détalons les pentes qui nous séparent de la gare du chemin de fer. La démarche est rapide, la conversation animée, chacun tient évidemment à oublier pour le moment ses soixante ans et ses rhumatismes naissants. Le convoi s’ébranle, — nous voici en route pour Ste-Anne de Beaupré,— première étape de notre voyage. Les cigares s’allument, la conversation devient plus intime ; les souvenirs d'autrefois
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surgissent, réveillés par le voisinage d’un compagnon de fauteuil que l’on a coudoyé autrefois sur les bancs du Séminaire. Un arrêt de la voiture — puis un regard jeté à la portière — et nous constatons avec bonheur que le sanctuaire de sainte Anne est à deux pas.
L’on nous fait un accueil des plus aimables : les cloches sonnent à toute volée, et sur le seuil du temple, un bon Père Rédemptoriste nous souhaite la bienvenue. Pendant la bénédiction du Très Saint Sacrement, que préside Mgr Pâquet, chacun prie pour les siens et pour les confrères présents ou absents. Au pied de la statue de sainte Anne l’un des nôtres est prosterné : “ Bonne et grande Sainte, accordez-lui “le miracle qu’il vous demande. Rien de trop “ bon au ciel ou sur terre pour le brave cœur qui ‘ vous supplie.”
Nous sortons de la basilique en coudoyant une double rangée d’Américains en quête d'émotions et qui sont visiblement intrigués par tout ce qui vient de se passer. Le wagon nous attend et notre voyage vers le Petit-Cap s’achève sans incident fâcheux. Chacun sait que la gare de St-Joachim n’est pas à proximité immédiate du Manoir seigneurial des Messieurs du Séminaire, but de notre voyage. Il y a entre ces deux endroits une distance de plus d’une
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lieue. Au deuxième conventum, il y a dix-neuf ans, alors que nous étions relativement jeunes, le parcours s'était fait allègrement à pied, mais nous nous sommes bien alourdis depuis et Mgr le Président avait eu la prudence de louer cinq voitures pour nous faire atteindre le bout du voyage sans trop de fatigue. Mais de voitures, point! Un espiègle d’écolier, pour jouer un malin tour aux cochers, leur avait fait croire que leurs services n'étaient pas requis. Que faire? Après avoir pictiné sur place et longuement interrogé l'horizon sans résultat utile, le juge Audette, en homme accoutumé à prendre et à rendre des décisions, a bientôt réglé la difficulté et pédestrement il se met en route pour le Petit-Cap, escorté des abbés Cantin et Lafrance. Les autres, gens prudents, enjambent philosophiquement les quelques arpents qui séparent la gare de St-Joachim de l’église paroissiale. Quelques abbés à tournure d’esprit pratique y entrent pour dire les heures canoniales, la plupart se contentent de brûler de l’encens de contrebande à la porte de l'édifice sacré. Enfin les voici... ces voitures, et en quelques quarts d’heure nous sommes au Château Bellevue.
Le Manoir des Messieurs du Séminaire occupe un site tout idéal, campé qu’il est sur un contrefort des
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Laurentides presque baigné par les ondes du grand fleuve et dominé par le massif du Cap-Tourmente. Jamais l'endroit ne nous parut aussi beau qu’au soir de ce premier septembre. C’est bien en effet le soir, car à notre arrivée il était près de cinq heures. Tout de même il fait un peu froid, et renonçant assez tôt aux attraits du dehors la plupart des confrères accordent leur préférence à la grande salle du Chäteau ou cherchent la solitude des cellules qui leur sont assignées. Quelques anciens, qui ont connu les douceurs des vacances passées au Petit-Cap, parcourent au débotté les allées du parc et les salles spacieuses de “ Liesse ”, la neuve tant différente de celle d’autrefois.
C’est bientôt l’heure du dîner, plutôt agréable pour des estomacs affamés et tout disposés à faire honneur à la table splendide pourvue par M. le Procureur du Séminaire. A-t-il été assez joyeux ce dîner de confrères? Quel écho lointain des beaux jours d’autrefois, où pour assaisonner le menu par trop frugal il y avait “ Deo gratias ”” à table.
Le temps s'écoule et presque au sortir de table c’est l'heure de la prière du soir. “ Ne pourrions- “ nous pas chanter quelque cantique d'autrefois ”, propose quelqu'un ? L’harmonium est là, mais qui va le toucher ? Notre cher Pâquin, qui se promettait