‹ Quatrième grossesse de la duchesse de BerryChapitre 1 sur 21 · QUELQUES MOTS AUX LECTEURS · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS AUX LECTEURS

Comme accoucheur, j’ai réuni, je réunis encore, le plus que je puis, de documents concernant la science et l’art des accouchements. Après avoir trouvé les choses communes, je suis arrivé aux raretés ; après les imprimés, je suis arrivé aux manuscrits.

Ces documents se trouvent naturellement de préférence dans les bibliothèques des accoucheurs qui ont précédé, surtout quand il s’agit de manuscrits ; la trouvaille que je viens de faire en est un nouvel exemple. C’est un des derniers restes de la riche bibliothèque de Deneux.

Le docteur Deneux a joui à Paris, dans le commencement de notre siècle, d’une grande réputation comme accoucheur ; pour en avoir la preuve

il suffira d’apprendre qu’il a assisté la duchesse de Berry à tous ses accouchements, c’est-à-dire la Princesse qui devait donner des héritiers à la branche aînée des Bourbons, alors régnante en France.

. Les trois premiers accouchements n’ont rien offert de particulier, il ne s’est agi que de filles et d’un garçon non viable. On attendait un héritier pour continuer la dynastie, quand la main homicide de Louvel frappa de mort le duc de Berry.

Louis XVIII, alors régnant, ne laissait pas d’enfants; son frère, le comte d’Artois, n’avait plus qu’un fils sans héritiers, de sorte que la branche cadette d’Orléans espérait arriver un jour ou l’autre sur le trône par droit de succession, lorsqu’on annonça que le duc de Berry avait laissé sa femme enceinte, et c’est de cette grossesse que serait né le duc de Bordeaux, 228 jours après la mort de son père.

Les circonstances dans lesquelles ce fait s'accomplit, jetèrent sur sa réalité des doutes qui portèrent le duc d’Orléans à protester immédiatement, et laissèrent des incrédules dont le nombre n’est pas encore dissipé complètement.

Deneux, qui a été le principal acteur dans ce drame, et sur lequel les incrédules n’ont pas manqué de faire tomber du blâme, Deneux a écrit très au long les accouchements de la duchesse de Berry, et par conséquent celui qui aurait mis au monde le duc de Bordeaux.

Ces récits sont consignés dans un manuscrit intitulé : La naissance des Enfants d,e France, dont je me suis rendu acquéreur dans une vente publique, récits qui sont une des pages les plus curieuses à la fois pour la science et l’art des accouchements, pour les accoucheurs de princesses, ' pour la connaissance des intrigues et des chuchottements des cours monarchiques, enfin pour l’histoire des rois de France.

Je me contente de publier, pour le moment, la partie de ce manuscrit qui décrit la naissance du duc de Bordeaux avec tout ce qui a précédé, accompagné et suivi de près cet évènement, c’està-dire la grossesse et l’accouchement de la duchesse de Berry, sur lesquels on est le moins d’accord.

Je diviserai ce petit volume en trois parties : 1° Une notice biographique sur le docteur Deneux, lequel, en dehors de ce que l’on peut dire à propos de la naissance du duc de Bordeaux, était un homme de valeur ;

2° Un coup d’œil rapide sur tout le manuscrit, mais ceux qui voudraient en avoir une connaissance détaillée, peuvent satisfaire leur désir, en venant lire l’original dans mon cabinet ;

3° La reproduction, sans y changer une virgule* de la partie du manuscrit concernant la quatrième grossesse de la duchesse de Berry, l’accouchement et les suites, c’est-à-dire tout le récit concernantla naissance du duc de Bordeaux»

Je pourrais ici interpréter à mon tour le récit ie Deneux, en y ajoutant ce que peuvent fournir les documents de l’époque, car les témoins oculaires de ces faits sont déjà morts. Je discuterais ainsi un cas de médecine légale pour me demander s’il y a eu ou non simulation de grossesse, substitution de part, comme quelques-uns ont voulu le dire; mais on pourrait croire que je veux soulever des questions politiques, et aujourd’hui que la France est en République, aujourd’hui que la branche cadette, en voyant la branche aînée sans héritiers mâles et directs a fait sa soumission, la chose n’en vaudrait pas la peine. On fera le cas qu’on voudra du nouveau document qu’apporte Deneux pour décider la question.

Je dois, en finissant ces quelques mots, avertir le lecteur que s’il n’est pas médecin, il doit s’attendre à trouver les choses appelées par leur nom scientifique; et comme il s’agit de grossesse, d’accouchement, de délivrance, etc., il ne doit pas en être surpris. C’est dire que Deneux n’a pas écrit sa notice pour l’instruction des pensionnats de demoiselles, mais bien dans un but historique et scientifique.

Docteur Antoine Mattéi.

Paris avril 1880 .

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