‹ Quatrième grossesse de la duchesse de BerryChapitre 5 sur 21 · L. C. DENEUX · texte numérisé non relu

L. C. DENEUX

Maître en chirurgie, Docteur en médecine et Professeur de clinique d’accouchements à la Faculté de médecine de Paris, ancien Médecin de la maison d’accouchements, Membre de l’Académie royale, de la Société de médecine et du Cercle médical de la ville de Paris, correspondant de l’Académie de médecine de Palerme, de l’Académie et de la Société médicale d'émulation de la ville d’Amiens, de la Société de médecine de Caen, de celle du département de l’Eure, etc., etc.

Accoucheur de S. A. R. la duchesse de Berry, Chevalier des ordres royaux de St-Michel et de la Légion-d Honneur, de l’ordre de Constantin des Deux—Siciles, etc.

Le manuscrit dont on vient de lire le titre, se compose de 40 cahiers fort bien conservés, formant 938 pages, in-4 0 . Il est écrit sur papier de luxe de l’époque. C’est une copie mise au net par une main calligraphe, qui n’était pas celle d’un médecin, mais cette copie a été faite du temps de Deneux qui y a corrigé quelques fautes d’orthographe, et y a signé de sa

mains diverses pièces d’abord, enfin il a signé le manuscrit à la dernière page.

Ce manuscrit est complet, suivi dans toutes ses parties, et se termine par un résumé général portant la date du 14 janvier 1839 à Nogent-le-Rotrou. Ce qui prouve que Deneux avait préparé, dès cette époque, tout son manuscrit avec l’intention évidente de le faire imprimer. Cependant on trouve page 860 une note qui porte la date de 1843. Cette copie mise au net est donc encore plus récente. Deneux a dû la faire faire peu de temps avant sa mort. Ses signatures en effet sont celles d’un homme qui a désormais la main lourde et presque tremblante. Elles contrastent avec l’écriture du manuscrit, et avec l’écriture d’autres manuscrits antérieurs, faits par Deneux lui-même.

Ce manuscrit commence par des préliminaires, où Deneux fait sa biographie, racontant ce qui lui est arrivé avant son établissement à Paris, puis vient un chapitre intitulé : Mes débuts , mes succès, où tout en faisant le récit des moyens à l’aide desquels il est parvenu à se faire une position dans le grand monde, il entre dans des détails historiques, inédits, sur la fin du premier empire, et le commencement de la restauration. Arrivé à ses désirs, Deneux fait un chapitre intitulé : On m'annonce que je serai l'accoucheur de S. A. R. Madame la duchesse de Berry ; circonstances qui me donnent cet espoir ; c’est ici que les intrigues de cour deviennent plus raffinées. Enfin Deneux entre dans l’exercice de ses fonctions d’accoucheur de la maison royale, et il commence le récit de la naissance des enfants de France.

Première grossesse de la duchesse de Berry, racontée dans ses plus grands détails, et autant en historien

qu’en homme de science. Son brevet d’accoucheur, le choix des nourrices, l’intervention de la Faculté, le * procès-verbal de la naissance d’une princesse, le choix de la garde, laprésentationauroi, l’ondoiement, la maladie et la mort de l’enfant nouveau-né, l’ouverture du cadavre devant la Faculté, tout est décrit avec des remarques aussi curieuses qu’instructives. Si Deneux y raconte ses rêves d’espérance, il y raconte aussi ses peines, car son ministère n’avait pas été heureux pour le premier accouchement.

Deuxième grossesse de la duchesse, terminée par la fausse couche d'un prince à quatre mois et demi, l'enfant avécuprès de deux heures, et la perte d’un héritier mâle pour la couronne fait encore plus parler la cour et les courtisans, la faculté comprise. Aussi Deneux s’arrête à tous les incidents pour justifier sa conduite, et quoiqu’on cherche à le supplanter, il reste l’accoucheur de la duchesse.

Troisième grossesse, où Deneux redouble d’attention et de soins pour sa malade et pour le fruit qu’elle porte, cherchant avec autant d’art médical que de savoir faire en cour à rester le maître delà situation.

En effet, la naissance d’un enfant à neuf mois et bien portant couronne ses efforts. Mais il s’agit d’une fille, et Deneux décrit ici la déception de la cour autant que la sienne. En attendant, il fait valoir le succès de ses soins, et fonde des espérances dans l’avenir, les promesses de la cour l’y engagent. La faculté est obligée de convenir du succès.

Ici comme ailleurs, Deneux ne donne pas seulement le nom des consultants, mais les détails de la consultation et sur diverses pièces, il signe le manuscrit comme il avait signé la consultation elle-

même. Ayant eu un enfant bien portant, le cérémonial de la naissance et des suites est décrit dans tous ses détails ; enfin Deneux ne s’oublie pas lui-même. Il raconte les faveurs dont il a été l’objet, et qui auraient été autre chose, s’il s’agissait de la naissance d’un prince.

Quatrième grossesse de la duchesse de Berry. C’est celle qui a donné lieu à tant de commentaires, et qui est reproduite tout au long dans ce volume. Le lecteur jugera par cette partie le restant du manuscrit.

Après la description de ces quatre grossesses, qui paraît avoir été faite dès l’année 1822, Deneux, a ajouté à son manuscrit un supplément au journal historique de la naissance des enfants de France , supplément qui a été fait bien plus tard, et où l’auteur finit pour ainsi dire sa biographie en racontant avec autant de détails sa disgrâce, qu’il avait mis de complaisance à raconter ses succès. Les évènements politiques de i 83 o changent la position de Deneux, lequel, il faut le dire à sa louange, n’abandonne pas pour cela la duchesse de Berry, et ici comme ailleurs, il fait des récits presqu’intimes qui ont une grande valeur historique.

Ce supplément est en quelque sorte le récit des péripéties par lesquelles a passé Deneux, année par année depuis i 83 o. Après avoir raconté ses voyages auprès de son ancienne cliente, il parle de sa retraite à Nogent-le-Rotrou, et en véritable philosophe, il se console de la position modeste où il passera le restant de ses jours. On trouve même ici les récits des indispositions que l’âge et les chagrins lui avaient causées, sans avoir nullement abattu son intelligence et son énergie. Les annuités s’arrêtent à

1 836 , mais, comme nous l’avons dit, Deneux y a ajouté jusqu’en 1843. Il est difficile de dire quand a été écrit le résumé qui termine le manuscrit, portant pour titre : Résultats des vingt années passées à Paris après avoir quitté la bonne ville d'Amiens . Suivent la liste de ses titres scientifiques , la liste de ses écrits qu’on a lue plus haut, et la liste de ses titres honorifiques. Enfin, un résumé général termine le manuscrit, voici la reproduction de ce dernier résumé.

RÉSUMÉ GÉNÉRAL (Textuel).

« Terminons ce récit historique par dire, qu’après avoir exercé l’art de guérir pendant plus de quarante ans, notamment dans la ville d’Amiens et dans Paris, où je suis dans l’une et dans l’autre parvenu au premier rang comme praticien, je possède :

« i° Dans le lieu de ma naissance, une propriété en terre labourable, et en prairie de quinze arpents, que mes sœurs cultivent et dont elles jouissent depuis 1820, que j’en ai fait l’emplette ;

« 2 0 Une assez belle habitation (1), avec un jardin qui, quoiqu’il ne soit que d’un demi-arpent, et qu’il n’ait été planté qu’en i 836 et 1837, nous fournit des légumes et des fruits de toutes espèces en abondance ;

« 3 ° Un mobilier qui rend notre maison assez confortable ;

« 4 0 Une bibliothèque de huit à neuf mille volumes,

(0 Plusieurs de nos amis ont surnommé cette habitation la retraite du sage; on pourrait le croire peut-être, si le picard, en retraçant plusieurs épisodes de sa vie, eût été moins franc. (Note du manuscrit).

riche en collections, et surtout en ouvrages sur les accouchements ;

« 5 ° Trois mille francs de rentes viagères réversibles sur la tête de ma femme. Enfin une pension viagère de 1,200 francs que me fait S. A. R. Madame la duchesse de Berry, depuis l’accident que j’ai éprouvé aux portes de Landsberg, en janvier i 836 , porte mon revenu annuel et viager à 4,200 fr.

« C'est avec ce modique revenu que, par son économie, celle que j’ai toujours appelée mon bon ange, trouve le moyen de suffire à tous nos besoins, et de procurer à son vieil ami le bonheur de passer des jours tranquilles, auprès d’elle, au milieu des fleurs, des amis de toute sa vie, et de ses anciens souvenirs, en secourant les malheureux, et en pratiquant les vertus chrétiennes. »

Nogent-le-Rotrou, le 14 janvier 1839.

(Signature de sa main paraphée)-.

DENEUX, D. M. P.

J’aurais voulu, pour terminer ce que j’avais à dire sur le manuscrit des enfants de France , considéré dans son ensemble, pouvoir faire son historique ; mais la chose ne m’a pas été facile. Il n’en est pas explicitement question dans les deux catalogues que je possède delà vente de la bibliothèque Deneux, mais on sait que dans ces sortes de vente, on fait des lots de toute chose, et les libraires mêmes qui les achètent, ne savent pas tout ce que ces lots contiennent, surtout quand il est question de paperasses manuscrites à la suite d’une grande vente d’imprimés.

Il y a déjà sept à huit ans au moins, que dans une vente publique, j’ai acheté les manuscrits de Deneux, formant le commencement du traité d’accouchements, les notes sur sa thèse, et autres papiers séparés, preuve évidente que cette partie de la bibliothèque Deneux déjà avait été distraite des ventes 1844 et 1847, ou avait été comprise dans des lots.

Enfin, le premier mars 1880, a été mis en vente par M. Voisin, le manuscrit des enfants de France , et je m’en suis rendu acquereur pour compléter ce que j’avais déjà du médecin Deneux.

Ayant demandé au vendeur d’où provenait le manuscrit, il m’a répondu qu’il venait d’un ancien libraire, lequel l’avait chargé de le vendre avec d’autres livres, n’ayant aucun rapport, ni avec Deneux, ni avec les enfants de France.

J’ai prié M. Voisin de demander au propriétaire de la librairie en vente, s’il connaissait comment ce manuscrit était arrivé de la maison Deneux jusqu’à lui, et il a répondu qu’il n’en savait rien. Du reste, la provenance importe peu ici, soit que le manuscrit ait passé par plusieurs mains avant d’arriver dans les miennes, soit même que le confrère, qui a fermé les yeux à Deneux, ait reçu ce manuscrit de la veuve. L’essentiel, c’est qu’il offre toutes les marques de l’authenticité par les récits comme par les signatures de Deneux, lui-même.

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