CCV 1 I
n 48 . — Reims.
L’abbaye de Saint-Vincent de Laon et celle de Saint-Martin de Laon étaient depuis longtemps en désaccord. L’abbaye de Saint- Vincent avait déplacé les moulins de Nouvion-le-Vineux et les avait rétablis plus haut sur la rivière : il en résulta que les champs et les pâtures de l’abbaye de Saint-Martin furent inondés. L’abbé de cette dernière abbaye en appela au pape qui délégua l’archevêque Samson et l’évêque d’Amiens pour se rendre sur les lieux constater le dommage causé, recueillir le témoignage des riverains et enfin terminer le différend. Les évêques vinrent donc au diocèse de Laon ; ils entendirent les témoins venus de Saint- Martin, de Saint-Jean, de Saint-Nicolas-au-Bois ; ils entendirent une foule de riverains, cc pauvres et riches. » L’évêque de Laon lui-même porta plainte : il assurait que le déplacement des moulins lui avait causé un dommage dont le chiffre s’élevait à cent livres.
Un jour fut fixé pour le prononcé de la sentence, au tribunal de l’archevêque, a Reims.
Samson appela pour la circonstance, putre l’évêque d’Amiens, Joscelin, évêque de Soissons, et Milon, évêque de Térouanne ; il leur adjoignit un certain nombre de dignitaires de son église ; chaque partie amena ses témoins. Comme l’abbé de Saint-Martin voulait appeler ses témoins, l’abbé de Saint-Vincent accorda qu’il avait pu y avoir quelque dommage causé ; mais il affirma que les moulins n’occasionnaient pas un moindre dommage lorsqu’ils occupaient leur ancien emplacement.
Après avoir pris l’avis de ses assistants, Samson décida que l’abbaye de Saint-Vincent devait faire rétablir les moulins en leur ancien emplacement, en veillant à ne pas empiéter sur les terrains voisins. Si les prés de l’abbaye de Saint-Martin en reçoivent quelque amélioration, l’abbé de Saint-Vincent paiera à l’abbé de Saint-Martin les dommages-intérêts justement dus. Si l’état des prés ne se modifie pas et si l’eau ne baisse point, l’abbé de Saint-Martin paiera les frais de reconstruction des moulins en leur
emplacement primitif, à l’abbé de Saint-Vincent qui sera libre de les rétablir, s’il le juge bon, sur le cours supérieur de la rivière, mais aux frais de son monastère.
L’acte a été souscrit par Joscelin, évêque de Soissons ; Thierri, évêque d’Amiens ; Milon, évêque de Térouanne ; les dignitaires du chapitre de Reims.
Cop. Bibl. municip. Laon, Cartulaire ancien de Saint-Martin, n° 532 , f° 161. Cette copie date l’acte de Reims, ii48, ind. u, i 4 e année du règne de Louis Vil (il faut lire 11 e ou 12 e ), 8 e année de l’épiscopat de Samson.
Cop . Arch. dép. Aisne, H. 871, Cartulaire moderne de Saint-Martin, f° 271.
Cette copie n’indique que les signatures des trois évêques ; de plus elle ne donne pas de dates.
Vers n 48 .
Joscelin, évêque de Soissons, accorde à l’abbaye de Saint-Crépin-en-Chaie, confirmation des biens qu’elle a reçus ou recevra de la libéralité des rois, des princes et seigneurs, des fidèles. Il confirme notamment la possession.
i° De deux moulins près de Bray payant des cens l’un aux chanoines de Sainte-Sophie, l’autre à Robert du Marché et à l’abbaye de Saint-Médard ;
2° D’un moulin près de Millancourt ; d’un autre dans le val de Chavigny (in valle ville que dicitur Cavenni)\
3 ° De trois pressoirs de l’autre côté de l’Aisne, et d’un autre sur le bord de la rivière ;
4 ° D’une vigne dite Agnelet ;
5 ° De la terre de Pouilly et de celle de Beaumont qui lui est contiguë ;
6° De la ferme de Vaurins avec la terre y attenant ;
70 De toute la terre « a via veniente de Suppi ad tauruli montent » [de Soupir à ...?]
8° Du tiers de la dîme de Nampcel ;
9 0 De la ferme de Lionval ;
io° De la terre de Vaux et Millancourt, et de tout ce que Saint- Frambaud de Senlis possédait en territoire soissonnais;
122 MÉLANGES d’hïSTOIRE DU MOYEN AGE
il 0 De quelques biens donnés par des bourgeois.
Orig. Arch. Nat., L. 1006.
Cet acte n’est connu que par l’exemplaire original des Archives Nationales. L’abbé Pécheur, II, 376, l’a indiqué d'après la mention qu'en fait le Gallia, IX, 465 . Il n’est point daté : le Gallia le rapporte à l’année ii 46 . — Il est postérieur à la fin de l’année u 4 a, date de la donation de Vaux et de Millancourt [Cf. n° CXLIV]. — Il paraît être à peu près de la même époque que l’acte de confirmation donné en ii 48 par Eugène III. Il est remarquable que l'acte de Eugène III suit exactement le même ordre que l’acte que nous venons d’analyser, mais qu’il ne mentionne pas le 7 0 . — Gomme d’autre part la terre de Beaumont fut donnée à Saint-Crépin en 1148 par Gui de Guni (Cart. de S i -Crèpin, B. N le , Latin, 18372, f° 24), il semble bien que l’acte de Joscelin est postérieur à celui de Eugène III (Cart . de S^C, f° i 4 ; Jaffé~Lœw., n° 93 io), bien que peut-être de la même année n48.
Fin n 48 ou ii 49 -
Suger écrit au pape Eugène III au sujet de l’affaire des chanoines de Sainte-Geneviève, encore pendante depuis le concile de Reims qui avait décidé le remplacement des séculiers pardçs réguliers.
Suger prévient le pape que les chanoines séculiers qui se rendent à Rome pour le circonvenir, ont méconnu les ordres du Saint-Siège. En la présence de Samson, archevêque de Reims, et de Joscelin, évêque de Soissons, Suger leur a montré les lettres du pape; mais ils ont refusé de s’y soumettre ; l’abbé appelle sur eux un châtiment canonique et demande que l’église de Sainte-Geneviève et ses dépendances soient exclusivement réservées aux chanoines réguliers.
Éd. HF., XV, 5 o 5 (Sugerii ep. 47). — Dubois, Hist. eccles. Paris.,
II, p. 98. — Lecoy de la Marche, Œuvres de Suger, p. 252 . —
Cartellieri, Aht Suger, n° 206.
u 49 - — Mars.
Raoul, comte de Vermandois, raconte à Suger, abbé de Saint-
Denis, comment en se rendant auprès de lui, il a été arrêté par la maladie à Crépy. Pendant le séjour forcé qu’il fit dans cette ville et où il vit la mort de très près, Raoul fut visité par Samson, archevêque de Reims, et Joscelin, évêque de Soissons. Les évêques arrêtèrent avec lui un jour pour une entrevue avec son frère [< diem ... ab instanti die martis in quindecim dies... constitué mus...]. Dans cette entrevue qui aurait lieu à Coucy, Raoul et Simon s’accorderaient au sujet de la tour que le comte construisait à Lagny : il demande instamment à Suger d’être présent à cette réunion pour appuyer ses droits.
Éd. H F. y XV, 517. — Lecoy de la Marche, op. cit. y p. 307.
[Une charte de l’archevêque Samson, datée de Reims, termina en n 5 o l’affaire de Lagny.]
Cf. n° CCXX 1 I.