Cf. no LXI
142 MÉLANGES d’hISTOIRE DU MOYEN AGE
se faisait alors dans la nuit de Pâques. Le rituel de Nivelon *, qui est dans sa plus grande partie de la fin du xn e siècle, nous apprend que c’était le Grand-Chantre, l’un des dignitaires de la cathédrale, qui était chargé de l’y faire graver : « Cantor de anno lncarnationis Dotnini provideat. » Assurément cet usage ancien de l’Eglise de Soissons devait aussi exister ailleurs. Et cette coutume explique assez bien comment s’établit dans un bon nombre de chancelleries, l’usage de commencer l’année à Pâques 2 . Nous concluerons simplement que tout au moins dans une charte la chancellerie de Joscelin a fait commencer l’année au 25 décembre ; rien d’ailleurs ne s’oppose dans les autres chartes émanant de la chancellerie de Joscelin, h ce que l’année ait toujours été comptée à partir du 25 décembre.
Une seconde preuve en est fournie par un acte daté du 25 décembre n 35 [Restitution à Saint-Paul de l’autel de Tcrgny, Cf. n° LVI] et que les autres dates obligent a dater, en style du I er janvier, de l’année n 34 .
A la date de l’année de l’Incarnation, est jointe habituellement une seconde date : celle de l’année du règne du- roi. L’année du règne de Louis VI est comptée comme dans la chancellerie de ce roi à partir du 3 août no8. Une ou deux chartes portent déplus la date de l’association au trône de Louis le Jeune. Quant aux chartes données après le i or août 1137, la chancellerie de Joscelin ne connaît pas comme le nouveau roi le souci d’assurer à l’avance la stabilité de sa couronne et d’en masquer la transmission par un procédé de chancellerie. C’est pourquoi la date du règne de Louis VII est toujours calculée h partir du jour de son avènement réel au trône, c’est-à-dire a partir du I er août 1137.
Enfin les chartes rédigées de 1126 à ii52 par la chancellerie de l’évêché de Soissons sont datées par l’année de l’épiscopat de Joscelin. — Ici se pose tout naturellement la question de la date de son élection au siège de Soissons. Il est d’ailleurs assez facile de la résoudre d’une façon satisfaisante* en comparant les différentes dates des chartes de l’évêque.
Mabillon place en l’année 1128 l’élection de Joscelin 3 . Mais on ne trouve plus trace après l’année 1126 de l’évêque Lisiard de Crépy, son prédécesseur ; et avant le 3 août 1127, Joscelin paraît
1. Bill, nat.y latin 8898. Édité par l’abbé Poquet, i 856 , Didron.
2. Ledouble, Traité élémentaire , historique et pratique du calendrier , Soissons, 1887, p. 73.