‹ Quatrièmes mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur LuchaireChapitre 79 sur 79 · GUILLAUME DE PUYLAURENS · texte numérisé non relu

GUILLAUME DE PUYLAURENS

On ne connaissait encore, au moment où j’entrepris l’édition de la chronique de Guillaume de Puylaurens, que les deux manuscrits 5212 et 52i3 du fonds latin de la Bibliothèque nationale, signalés depuis longtemps par tous ceux qui avaient eu à s’occuper delà question. Ils étaient de valeur fort inégale. Tandis que le 5212, datant du xm® siècle, paraissait copié sur l’original et offrait un texte à peu près exempt de toute négligence, Ie52i3, écrit au xvi e siècle, était l’œuvre d’un copiste singulièrement maladroit ou ignorant. Les fautes y étaient si nombreuses et si graves qu’il me fut impossible de l’utiliser et que je dus me contenter de reproduire le texte du manuscrit 5212. Jusqu’à ces derniers temps, les seuls textes sérieux de la chronique étaient donc celui du manuscrit 5212, et celui, beaucoup moins sûr, que le premier éditeur, Gatel, avait eu sous les yeux.

Or, M. Luchaire m’a signalé récemment un nouveau manuscrit que des circonstances particulières avaient soustrait à toutes les recherches. La chronique forme, en effet, une sorte d’appendice à un ouvrage bien plus considérable : YHisloria Albigen sium de Pierre des Vaux de Cernay. Sur 217 folios que compte le manuscrit, ibÿ sont occupés par l’œuvre du moine cistercien et 57 seulement par notre chronique. C’est un manuscrit datant du commencement du xvm e siècle, cédé en 1702 par le duc de Coislin à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, et portant aujourd’hui le n° 12714 du fonds latin. Les deux œuvres sont écrites sur papier, de la même main, à l’encre noire, et semblent copiées avec beaucoup de soin.

Un examen superficiel révèle l’existence en marge d’un certain nombre de notes, parfois difficiles à lire et qui semblent toutes avoir pour raison d’être l’explication d’un mot difficile à com-

1. Parue dans les Troisièmes mélanges d’histoire du moyen âge t Bibliothèque de la Faculté des lettres, t. XVIII, p. 95 et suiv.

MÉLANGES d’hISTOIRE DU MOYEN AGE

prendre, ou la correction d’une faute par trop grossière. Ainsi, l’en-tête du prologue (P 161 r°) comprend ces mots: « Historia negocii a Francis Albigensibus vulgariter appellat. » — En marge l’annotateur corrige : « Albigensis, appellati », en inscrivant à côté de chacun de ces mots la mention : MS., et il ajoute : « vult dicere : historia negotii quod a Francis Albigense vulgariter appellatur ». — La mention MS. prouve que le lecteur a corrigé en connaissance de cause, d’après un manuscrit. Etait-ce simplement une mauvaise lecture du copiste ? C’est possible, car nous ne voyons nulle part ailleurs ces mentions de manuscrit à côté des corrections. Le même annotateur traduit l’expression: « principibus de Baucio » (chap. xu, f° 171 r°) par les mots français: Les Baux, princes d’Orange. A la dernière ligne du f° 168 r° (chap. vin), au lieu de « faventibus » que renferme le texte, il propose « fatentibus ». Ailleurs, il cherche à suppléer un mot qui lui semble manquer. En somme, ces remarques, d’ailleurs peu nombreuses, sont presque toujours des tentatives d’explication ou de traduction.

Quant au texte, il est identique à celui du manuscrit 5212. Tout au plus serait-il possible de relever quelques différences insignifiantes dans l’orthographe des noms propres. Dans tous les cas où le 5212 était en désaccord avec l’édition Catel, le nouveau texte rend plus évidentes encore les fautes de Catel. Au chapitre xli où l’expression « cornes Provinciæ », donnée par Catel et le 52i3, paraissait plus acceptable que la leçon « cornes provido » donnée parle 5212, le 12714 confirme cette dernière leçon. Bien plus, les en-têtes de chapitre n’offrent aucune variante et la numérotation est la même. Ce dernier fait a son importance si l’on songe que le manuscrit 52i3 donnait un chapitre, et l’édition des Historiens de France deux chapitres de plus que le 5212.

On peut conclure que si le nouveau texte n’a pas été copié sur le manuscrit 5212, il l’a été du moins sur un manuscrit de la même famille. Cette constatation prouverait que les manuscrits de la Chronique de Guillaume de Puylaurens étaient encore relativement nombreux au xvm e siècle. Il n’est pas impossible que l’on en retrouve encore quelques uns, mais il est douteux qu’ils apportent des révélations : la dernière découverte montre que nous devons posséder, quelques insignifiantes variantes mises à part, le texte définitif de la chronique.

J. Beyssier.

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