‹ Que devons-nous à l'Angleterre? [microforme]Chapitre 13 sur 120 · RS ED AS · texte numérisé non relu

RS ED AS

“gouvernement de $a Majesté pourrait aujourd'hui expédier, en douse “où quatorse jours, de Londres à Esquimau, des renforts de troupes et “ de munitions. La construction d'une voie ferrée qui renforce à ce “ point la puissance effective du gouvernement de Sa Majesté, constitue “ assurément une contribution considérable à la défense du pays, (Ecou- “tesl écoutez!). Peu de choses profitent davantage à la défense d'un “pays que la facilité des voies de communication. (Eccutez! écoutes!). “Tout cela nous l'avons fait sans réclamer le moindre secours pécu- “ niaire de la Couronne. Elle n'a rien donné au Canada pour la cons- “truction du chemin de fer du Pacifique Canadien. Nous aurions pu, en “toute équité, dire au Souvernement de Sa Majesté: : Voici une entre- “ prise considérable, d'une grande utilité pour l'Empire: vous devriez “y contribuer’, Mais nous n'en avons rien dit. La compagnie du che- “ min de fer du Pacifique Canadien a construit la voie avec un subside “ du gouvernement canadien: 825,000,000 en argent et vingt-cinq mil- “lions d'acres de terre, De Plus, le gouvernement a construit ou doit “ construire 627 milles de vole ferrée. Ceci coûtera encore de nombreux “ millions de dollars... .... Ces contributions accroissent la richesse “ du pays, ses ressources agricoles et industrielles de toutes sortes, et “ augmentent de toute manière sa force de résistance. Ce sont aussi des “ contributions à la richesse et à la force de résistance de l'Empire; et “le Canada les a faites sans aucune mesquinerie, Tous ces efforts, les “ Canadiens les ont faits volontiers, sans tirer en arrière: ils démontrent “la volonté du Canada de prendre et de maintenir avec joie l'attitude “ qui s'impose au sujet de la défense territoriale,”

C'est exactement l'argumentation que sir Charles TUPPER reprendra, en 1891, en 1892 et en 1893, contre les tentatives faites par les im- Périalistes pour induire le Canada à contribuer au soutien de la flotte et de l'armée impériales.

Il est intéressant de noter ici que M. STANHOPE, ministre de la Guerre, présent à la séance, ratifia entièrement l'opinion de M. Campbell sur la valeur inappréciable, pour la défense de l'Empire, de la construction du Pacifique Canadien.

Un ‘‘ cadeau ** de la mère-patrie

M. CAMPBELL n'oublie pas la question navale:

“Le problème de la défense navale intéresse Particulièrement les * délégués des autres colonies. Pour nous, nous avions établi dès le “ début une entente avec le Souvernement [britannique], qui s'était “ chargé de la défense navale. Ce n'était pas alors une obligation très “ onéreuse pour lui: Je ne crois pas qu'elle le soit davantage aujourd'hui. “ Pour les besoins de l'Empire, autant que pour les autres exigences, les “autorités britanniques maintiennent l’escadre nord-américaine ; et “ tant que cette escadre reste à nos portes, le Canada n'a besoin d'aucune “autre défense navale. Depuis que le ps Sa Majesté “ a souscrit à cel arrangement, \a colonie de la ombie Britannique est “entrée dans la Confédération. 11 y a done aujourd'hui une côte cana- “ dienne sur l'océan Pacifique. Cette côte est protégée actiellement par “l'escadre du Pacifique Nord, qui fait escale une fois par année à Es-

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

EEE

ee

Le Les Le & [rs

- APPLIED IMAGE Inc mme Rochester,

- ee = (716) 288 - 5989 -

creme ende éssenie

“ quimau, où elle stationne plus ou moins en permanence, comme l’esca- “ dre nord-américaine est presque toujours en mouillage à Halifax.

“ Bien qu’il n’existât aucune entente à ce sujet, ou plutôt qu’il y eût “entente contraire, nous étions disposés, il y a quelques années, à ouvrir “une école navale à Halifax. Nous en avons fait l’essai. Lord Lorne, “alors gouverneur-général, demanda une frégate à l’Amirauté. Les “autorités de l’Amirauté nous envoyèrent une vieille frégate. Je ne dis “ pas ‘ vieille” par mépris, mais en toute vérité. Cette frégate s’appelait “le Charybde..... Nous envoyâmes en Angleterre le capitaine Scott, “officier de la Marine Royale, en service au Canada, avec instruction “d'examiner ce vaisseau et de l’amener chez nous. (C’était en septem- “bre ou en octobre. Arrivé en Angleterre, cet officier nous fit rapport “ que le vaisseau était en fort mauvais état et qu’il ne serait pas prudent “ de lui faire traverser la mer. Il nous conseilla de ne pas le faire venir “à l’automne, ajoutant qu’il pourrait le ramener en juillet ou en août de “l’année suivante, mais qu’il faudrait un équipage de cent ‘trente-six “hommes, ce qui nous coûterait très cher. Néanmoins, comme nous “avions demandé ce navire, un refus nous aurait paru entaché d’ingra- “titude ou de manque de courtoisie, Nous le fimes donc venir et mouil- “ler à Saint-Jean du Nouveau-Brunswick. Nous envoyâmes à bord des “officiers et des marins, et ils constatèrent qu’il était impossible d’en “faire quoi que ce soit. C’était une grande et vieille frégate, d’ancien ‘“ modèle; ses chauaïères étaient ravagées; elle ne pouvait tenir la mer; “en un mot, elle ne pouvait marcher ni à la vapeur ni à la voile. Il “était donc inutile d’en tirer le moindre parti. Cette expérience dé- “ couragea complètement nos efforts.”

Cette description pittoresque, faite en présence des plus hautes autorités de tous les pays britanniques, coupa court à toute suggestion de faire contribuer le Canada à la défense navale de l'Empire. M. Laurier et les protagonistes de la loi navale, M. Borden et les partisans de Ja contribution d’urgence auraient dû relire cette page savoureuse avant de nous entraîner dans les aventures impérialistes, au nom de la reconnaissance que le Canada doit à l'Angleterre pour les immenses services qu’elle lui a rendus.

On ne me reprochera pas, j'espère, d’avoir cité trop longuement ce discours de sir Alexander Campbell. Il est d’une importance capitale. Celui qui l’a prononcé était, je le répète, l’un des témoins vivants, et l’un des mieux renseignés, du traité de 1865. Ce traité, il en relate l’origine et les données avec une remarquable précision. A quinze ans de distance, il réitère et confirme l'affirmation formelle de CARTIER, “qu’en cas de guerre, ce sera le devoir du gouvernement impérial d’entreprendre la défense navale du pays” (1). Cette affirmation, on s’en souvient, Cardwell l’avait contredite. (Cartier et ses collègues avaient rejeté l'interprétation du ministre anglais. Campbell revient à la charge: à trois reprises, en présence des ministres britanniques, il affirme catégoriquement que, par le traité de 1865, le gouvernement britannique s’est “ chargé de la défense navale du Canada” et que “ le gouvernement

… Q Dens la lettre du major FUTVOYE, en date du 3 juin 1870. — Pièce justificave 46.

Tr

local ne se chargeait que de la défense du territoire” canadien. 11 affirme avec une égale assurance que ce contrat fut la base même de la Confédération. Et Personne ne contredit cette double assertion.

Les colonies stélninss et la défense navale

Cc n’est pas seulement au Canada que le droit public des colonies ‘autonomes’ de la Grande-Bretigne, en matière de guerre et de défense nationale, s'était affermi aec le développement et l'application des principes du gouvernement responsable. La démarche de la Nouvelle Galles du Sud, lors de l’expédition du Soudan, était une innovation. En Australasie, comme au Canada, les ohliguticas réciproques de la métropole et des colonies avaient fait l’objet de maintes discussions entre Jes autorités impériales et coloniales; elles s’étaient enfin fixées sur les mêmes bases qu’au Canada. On a vu, du reste, que les principes posés par lord Grey, p&r le duc de Newcastle, par la commission parlementaire de 1860-61, s’appliquaient à toutes les colonies jouissant du self-government. Ea Australie et à la Nouvelle Zélande, la défense nationale posaii avant tout un problème de défense navale ; ce qui explique, pevt-être, pourquoi les gouvernants de la Nouvelle Galles ne se rendirent pas compte de la grave portée de leur démarche de 1885. L'organisation d’une armée de terre n’avait jamais été Pour eux le problème essentiel qu'il était et qu’il est resté pour le Canada.

Les théoriciens de l'impérialisme, qui dédaignent les faits, et nos politiciens opportunistes, aussi dénués de doctrine que de connaissance précise des réalités de l'Empire, ne tiennent nul compte des différences essentielles qui résultent des conditions géographiques des diverses colonies. Ils l’ont prouvé lorsqu'ils ont si absurdement invoqué l’exemple de l’Australie et celui de la Nouvelle Zélande à Pappui de leurs projets insensés de flotte “canadienne en temps de paix, impériale en temps de guerre”, et de contribution du Canada au budget de Ja marine anglaise.

Les hommes d'Etat du siècle dernier étaient à la fois ‘plus éclairés et plus pratiques. Ils organisèrent la défense navale des colonies australasiennes selon les mêmes principes qui les avaient guidés dans l’établissement de la milice et de la défense territoriale du Canada. Après maints pourparlers, ils établirent une entente basée sur l'obligation réciproque de la Grande Bretagne de pourvoir seule à la défense navale de tous les pays d’empire et des colonies d’aider PAngleterre à protéger leur côtes et leurs ports de mer. C’est, on s’en souvient, le principe posé par Cardwell, dans la dépêche de sir Edward Lugard au général Lindsay, en date du 24 septembre 1870. L’équité de tte politique, justement contestée par Cartier lorsque l’Angleterre voulait l’appliquer à Un pays continental comme le Canada, était indéniable pour des pays maritimes comme l’Australie, la Nouvelle Zélande et la Tasmanie, exposés aux attaques de toutes les flottes de l’univers. Contrairement à ce que prétendent nos navalo-maniaques, les colonies australasiennes n’ont jamais payé tribut à l’Angleterre pour l'entretien de la flotte impériale : elles ne défrayaient même qu’une partie du coût de la défense de leurs

Page 1