‹ Que devons-nous à l'Angleterre? [microforme]Chapitre 17 sur 120 · HORS · texte numérisé non relu

HORS

Prodromes de la Révolution impérialiste

Si l'Angleterre s'en était tenue là, si elle avait loyalement accepté les conséquences du “contrat solennel” qu’elle avait conclu en 1854 avec l’ancienne province du Canada et renouvelé en 1865 avec les fondateurs de la Confédération, l'accord se serait facilement maintenu et Punité morale de l’Empire britannique serait infiniment mieux assurée qu’elle ne l’est aujourd'hui.

gouvernement britannique, je l’ai rappelé dans la première partie de cette étude, avait conclu une entente similaire avec les colonies australasiennes. :

Pour atteindre leur but et amener toutes les colonies à prendre une part des charges impériales, les hommes d'Etat anglais avaient donc de sérieux obstacles à réduire. Il leur fallait non seulement renverser un principe bien établi et conforme aux traditions les Plus anciennes de

Ja race, mais de plus rompre toute une série d'accords conclus à la suite de longs et multiples pourparlers.

C'est à cette tâche immense et difficile que s’attachèrent les précurseurs et les protagonistes du nouvel impérialisme britannique. Fidèles à la coutume séculaire qui fait la force et l’élasticité de la politique an: glaise, les gouvernants laissèrent ‘le mouvement naître et grandir en dehors de l’action parlementaire. Du reste, la majorité des hommes Publics, dans le parti libéral surtout, répugnaient trop à la nouvelle doctrine pour qu’il fût possible d’en faire au début l’un des articles du programme d’un parti, Le néo-impérialisme anglais a suivi la même route que le Cobdenisme et la doctrine manchestérienne, dont il est la contrepartie, Promulgué par quelques personnalités isolées, repoussé ou dédaigné au début par les deux partis, il a réussi à s’introduire dans une faction du parti tory-unioniste, puis il a envahi peu à peu toute la politique anglaise et finalement conquis les colonies. Il règne aujourd’hui en maitre, dans tout l’Empire, sous sa forme la plus brutale et la plus opposée à la liberté d'action des colonies comme à leurs véritables intérêts. Il n’a fallu qu’une vingtaine d’années pour détruire l’oeuvre d’un siècle et amener les possessions autonomes, les “nalions soeurs” de la Grande- Bretagne, à prendre sur le

n’en peut douter, l'expansion monstr

tage de ses capitalistes, de ses industriels et de ses négociants. C'était donc besogne difficile ens et aux Australiens qu'ils l'intérêt le plus lointain à de cette eXpansion et à en ale est de soutenir le choc des armées et des flottes du reste de l'univers. Car c'est, nul

ueuse de l’Empire britan-

nique et la prétention de la Grande-Bretagne de dominer les mers afin de conserver ses multiples possessions, qui constituent le principal obstacle à la paix du monde et l’une des causes profondes du conflit

qui ravage l’Europe en ce moment,

Ligue de la Fédération Impériale--Sir Charles Tupper et M. Tarte

Comment amener les colonies autonomes à se prendre les doigts

dans ce formidable et mortel engrenage?

nouvel évangile impérialiste se rendaient ct des difficultés de leur tâche, Afin d’a

Les premiers apôtres du bien compte de la grandeur mener les barbares des colo-

cies à verser leur sang et leur or pour assurer à l’Angleterre la posses-

sion de son empire, ils résolurent de sédui

re leurs chefs par l’appât des

honneurs impériaux et le Partage de la souveraineté impériale, Ils fondèrent, en 1884, l’Imperial Federation League, dont Je pro-

gramme comportait toute la réorganisatio

nomique de l’Empire. Afin d’assurer à l’Angleterre le Concours des colonies dans les Buerres qu’elle serait forcée de subir ou qu’elle voudrait provoquer, ils suggérèrent de faire place aux coloniaux dans les conseils de l’Empire et de les appeler à prendre leur part de la direction des intérêts généraux de l'Empire, sources et Conséquences à la fois

de sa politique étrangère et de ses prépara

mer, Afin de donner à l'association une base et un intérêt pécuniaires, — Condition essentielle de toute entreprise anglaise, — ils proposèrent

d’unir tous les pays d’Empire par une un

dont le double objet serait d'assurer à l’Empire reconstitué des revenus impériaux, destinés au soutien de la diplomaiie, de la flotte et de l’armée impériales, et de stimuler la production et l’échange inter-impérial

des produits des divers pays de Empire

par l'exclusion proportion-

nelle et grandissante des produits étrangers.

Les esprits dirigeants de la Ligue commencèrent Par mettre en relief la partie de leur Programme qui devait séduire davantage les habitants des colonies: la fédération politique, qui les appelait au Partage

de la souveraineté impériale, et, surtout, répondu — du moins les impérialistes le économiques et au régime protecteur que nomes avaient adopté

l'union douanière qui aurait croyaient — à leurs besoins la plupart des colonies auto-

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Cette partie du Programme lui valut tout d'abord des adhésions relentissantes aux colonies. L'une des plus enthousiastes fut celle de sir Charles Tupper, haut-commissaire du Canada à Lonäres, C'est dans le même esprit que M. Tarte, futur lieutenant de M. Laurier et ministre des Travaux Publics dans le cabinet libéral de 1898, entra dans les rangs de la Ligue (1).

Mais dès que les chefs du mouvement commencèrent à dévoiler toute leur pensée et à parler de la fédération militaire, complément de la fédération politique et économique, dès qu'ils abordèrent le chapitre des contributions des colonies autonomes à la défense générale de l’Empire, le désaccord éclata,

Nineteenth Century, en

sa vigueur coutumière

se générale de l’'Empire. En avril 189 À dans la même revue, l'une des plus répand L'année suivante, 1] profita de son Passage au Canada pour traiter cette question de nouveau, Dans un discours qu'il prononça à Winnipeg, le 21 septembre 1893, il s’appliqua à détruire de fond en comble l’argumentation des protagonistes de l'impérialisme militaire. Toute sa thèse peut se résumer en quelques propositions: Le Canada n'est pas un fardeau pour la métropole; par la construction et l'établissement de ses voies de communication intérieures, par le peuplement de son territoire et l’accroissement de sa production agricole, il apporte à la défense militaire de l’Empire et de l'Angleterre elle-même une contribution beaucoup plus efficace que ne pourraient l'être une flotte et une armée coloniales mises au service de la mère-patrie. Ces projets de contribution, il les qualifie de “politique fallacieuse et erronée, propre à détruire l'unité de l’Empire et non à la consolider ” (2).

Cette résistance énergique força les chefs de la Ligue à modifier leurs tactiques. Ils se remirent à faire miroiter aux yeux des coloniaux les honneurs du partage de la souveraineté impériale et les avantages de l'union économique. Ce fut alors d'Angleterre même que les objections s’élevèrent. Les Anglais voulaient bien accepter les secours militaires des colonies; ils consentaient volontiers à se décharger, aux dépens des bloated colonials, d’une partie de leur budget de la flotte et de l’armée; mais ils n’entendaient pas se départir de leur autorité impériale, ni même la partager, ni renoncer à leur régime fiscal qui leur permet de trafiquer avec toutes les nations du monde, dont ils sont devenus les convoyeurs, les agents de commerce et, dans une large mesure, les banquiers et les agents de change.

Les pontifes de l'impérialisme s’aperçurent de l'erreur qu’ils avaient commise en exposant leur doctrine dans son entier et en posant toutes les données d’un problème dont la solution proposée violentait trop

(1) Je tiens de M, Tarte lui-même que lorsqu'il se fit inscri Lieue de la Fédération Impériale, il ne visait qu'à l'union doua:

ni repoussait avec autan orce que les nationalistes d'aujourd'hui tout tribution des colonies à la défense générale de l'Em ire l'Angleterre. Son attitude au moment de la guerre d’ frique l'a

(2) Pièce justificative 55.

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