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“ Les relations de la Grande-Bretagne et de ses colonies, en ce qui “ concerne la défense générale de l'Empire, doivent se modifier avec le “temps. Selon toute probabilité humaine, la richesse et la population “ des colonies vont croître plus rapidement, toute proportion gardée, “ que celles de ta Grande-Bretagne; et leur capacité d'assumer une part “équitable de la défense de l'Empire va aller en augmentant constam: “ment. Nous apprécions pleinement l'immense et croissante valeur des “colonies pour l'Empire: et nous prisons leur loyalisme et eur Patrio- “ tisme autant que nous les respectons. Rien n'indique qu'elles se refu- “ seront à assumer une part aussi considérable du fardeau de l'Empire “ que leurs forces leur permettront de porter. Les communications “libres et constantes qui sont entretenues avec les gouvernements res- “ponsables des colonies sur toutes les matières d'intérêt commun con- “tribueront puissemment à maintenir une notion d'association et de “ dépendance mutuelle, et à renforcer des liens d'amitié qui unissent Ja “ mère-patrie et son empire colonial.”
On voit déjà l’évolution qui se dessine, Ces rapports dormirent assez longtemps sous la poussière des archives du parlement, Le parti. cipation des colonies à l'expédition du Soudan fit entrevoir aux ministres britanniques la possibilité de hâter la réalisation des espérances de lord Carnarvon et de ses collègues. En 1887, l'Empire célébrait le cinquantième anniversaire du couronnement de la Reine Victoria. Les torys étaient alors au pouvoir, sous la direction de lord Salisbury. Ils décidèrent de profiter de cette occasion unique pour réunir en Congrès de l’Empire les représentants des grandes possessions autonomes, de quelques principautés de l'Inde et même de plusieurs colonies de la Couronne, Ce fut la première Conférence coloniale.
Première Conférence Coloniale, 1887
L'invitation aux Souvernements des colonies autonomes est contemue dans une dépêche, en date du 25 novembre 1886, de M. Edward STANHOPE, alors ministre des Colonies. J'en extrais les passages sui.
vants qui indiquent nettement le but que se proposaient les autorités impériales (1).
"heure actuelle, “est celle de l’organisation de la défense militaire. L'action patrioti-
“que des colonies qui ont offert des régiments pour prendre part à la “campagne d'Egypte a fait une impression profonde et durable sur “l'opinion publique: c'est le premier résultat pratique d'un travail très consciencieux poursuivi ces années dernières. Mais en conséquence s mesures prises
“dans chaque colonie, tan! pour l’organisation des forces locales que “pour la construction de travaux locaux de défense, ne sont pas encore “comprises ni appréciées dans leur pleine mesure, dans les autres pays “de l'Empire. Ea Commission Royale, présidée par le comte de Car-
(1) “Proceedi ef the Colonial Conference”’—1887, Vol. 1:—C, 5091. Les citations qui suivent portent l'indication des pages de ce volume. ‘Les documents soumis aux dé. bérations de cette nférence forment un volume à part: C. 5091-1.
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“ narvon, a fait une étude attentive et complète de tout le problème de “ Ja défense de l'Empire. Ce travail a cor duit à l'exécution, dans diver. “ses parties de l'Empire, de travaux de uéfense étendus et importants; “et la cordiate cocpération que les colonies ont offerte au gouvernement “de Sa Majesté pour l'exécutior, de cette politique marque leur désir “ d'arrêter, autant qu'il est possible de le faire maintenant, une base d'ac- “tion commune, Cette oeuvre se poursuit activement avec l’aide d’une
“commission permanente qui s'occupe sans relâche des questions rela. ‘lives à la défense des colonies,
“5. — Une autre question, qui ne le cède en importance qu'à ce “ grand probléme [de la défense], se rattache tout particulièrement aux “intérêts de l'Empire en temps de paix. Le développement des rela- “tions commerciges et sociales [des pays de l’Empire) par le dévelop- “pement de nos Communications postales et télégraphiques pourrait, “avec beaucoup d'avantages, faire l'objet des délibérations de la confé- “rence projetée...
“6. — Deux sujels principaux d'étude ont été suggérés. 11 n'est “pas impossible toutefois que, de l'avis général des &#ouvernements des “ colonies, d'autres questions importantes Pourraient être, en toute con- “venance et utilité, mises à l'étude. Mais Je déplorerais, à l'heure ac- “’tuelle, la discussir +: lout sujet se rallachant à ce qui est générale. “ment désigné sous le nbrique ‘ Fédération politique’, Aucune expres- “ sion favorable à une orientation de cette nature ne s’est encore ma- “nifestée aux colonies; et le 8#ouvernement de Sa Majesté est d'avis “qu'il n’y aurait aucun avantage à recueillir d’une discussion irrégulière “ (informal) de ce problème très complexe, avant que les gouverne-
on soumettait à
tion qui n’est pas “encore assez mûre pour appeler une décision pralique, on pourrait
“même nuire au succès ultime d’un système plus éaboré d'action com- “ mune.” — . VII-VII).
La Conférence s’ouvrit le 4 avril 1887 sous la présidence de sir Henry HOLLAND, secrétaire d'Etat pour les colonies (1).
Impérialisme allemand et Impérialisme anglais
Le premier ministre, fe marquis de SALISBURY, vint souhaiter Ja bienvenue aux délégués des marches de l'Empire, Son discours contient, quelques Passages intéressants :
“Les décisions de cette Conférence ne ser.
ont peut-être pas, pour “l'instant, d’une importance vitale.... Mais nous com
“que cette réunion est le commencement d'un état de choses dont les “ résultats à venir seront considérables. (Ecoutez! écoutez!) Elle sera
” (1) Il avait remplacé, en janvier 1897, M, Stanhope, permuté au ministère de la uerre, ,
“la mère de nombreuses générations; et, à une époque lointaine, quelque “Conseil de l'Empire se rémémorera l'assemblée réunie dans cette “Chambre et y verra fa source de toute sa grandeur et de toute son “action bienfaisante (Applaudissements).
rss J'ai du dans les journaux — je ne sais si c’est exact — que “quelques-unes des colonies les plus importantes avaient télégraphié à “leurs représentants [pour leur enjoindre] de ne prendre aucune part à “l'élaboration d'aucun projet de fédération impériale. S'il en est ainsi, “ces colonies, à mon avis, ne sont que sages. Cette question dépend de “l'avenir, plutôt que du présent...., Nous ne pouvons imiter l'empire “ d'Allemagne et gouverner toutes nos affaires impériales d'un seul point “central; et j'ignore si nous pourrons jamais le faire; ..... mais il “y a d’autres questions qui sont moins lontaines. Avant que l’Empire “ Germanique soit constitué comme il l’est aujourd’hui, il avait deux “formes d'union; et toutes deux pourraient, je pense, s'appliquer à un “empire comme le nôtre, bien qu'elles ne soient pas toutes deux, peut- “être, susceptibles d'une application immédiate. 11 y avait de zollverein, “lunion douanière; et le kriegsverein, l'union pour la guerre (for mi- “litary purposes). Nous devons pour l'instant, je le crains, reléguer “ dans le domaine lointain et nuageux de notre tâche et hors de sa “sphère pratique, tout espoir d'établir une union douanière entre les “ diverses parties de l'Empire. Je ne pense pas que cette union soit, de “sa nature, impossible; je ne pense pas que le seul fait de notre sépara- “tion par l'océan la rende impossible. L’Irlande est réunie à l’Angle- “terre par une union douanière: ceci démontre qu’il n’y a pas d’im- “possibilité [absolue à cette union]; mais la détermination prise ici, il “y a quarante ans, au sujet de notre politique fiscale, écarte entièrement “toute possibilité [d’accord immédiat]; et l’on ne saurait y songer avant “le jour où, d’une part ou de l’autre, prévaudront des notions très diffé- “rentes de celles qui prévalent aujourd’hui relativement à la politique “douanière, J'écarte donc ce sujet et je me borne à appeler votre atten- “tion sur le kriegsverein, c'est-à-dire sur l'union pour la défense mutu- “elle: c’est, je crois, la véritable question et la plus importante que vous “serez appelés à étudier (Applaudissements), c’est la question qui se “pose maintenant devant vous. Evideniment, il est inutile de faire ob- “server que la défense de l'Empire exige l'effort de quelqu’un—effort de “la mère patrie, effort des colonies. Nos intérêts sont communs; et c'est “ principalement dans le but de nous concerter sur la direction qu’il faut “donner à nos communs efforts afin d’en obtenir les résultats les plus ‘“salutaires et les plus efficaces, pour les besoins de la défense, qu’il est “si nécessaire d'entretenir des communications et des consultations “constantes entre les divers pays de l’Empire...... Je crois avoir “observé l'impression tendancieuse que la défense des colonies “devrait relever exclusivement du gouvernement impérial, parce “que tout péril que les coloniaux peuvent courir serait le résultat “exclusif de l'action et de la politique impériales. Je ne songe “pas à contester qu’en fait l'expansion de l'Empire peut, de temps “à autre, mettre en péril certains des pays qui le composent, en “raison d'intérêts qui ne sont pas les leurs, en d’autres termes,
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“en raison des intérêts d'autres pays de l'Empire... Je ne crois pas “ qu'aussi longtemps que l’Empire se tiendra uni, les colonies courent le “ moindre risque d’être entrainées dans une guerre quelconque. La po- “litique de l'Empire est essentiellement pacifique; elle l’a été depuis “un grand nombre d'années; et Le danger d'une guerre résultant de la “ polilique de la mère-patrie n'est Pas, à mes yeux, le motif qui devrait “induire les colonies à mettre leur défense sur un pied d'efficacité.” —(p. 5 et 6).
Il s'efforce ensuite de démontrer que les colonies ont un intérêt croissant à organiser leurs moy ns de défense et à compter sur leur appui mutuel et sur celui de l'Angleterre. Leur développement matériel éveille la cupidité des nations étrangères. La rapidité des communications les met à fa portée des flottes et des armées de l’Europe.
“ Réunissez tous ces faits, et vous constaterez que les colonies ont “un intérêt immédiat et très réel à conserver la protection que le lien “impérial leur apporte, el qu’elles y trouvent de motif de s’unir à nous “ pour assurer l'efficacité de la défense de l'Empire. Ce motif n'est pas “ purement idéal (sentimental); il ne s'inspire pas seulement de l’atta- “ chement des colonies à la mère-patric: il repose sur les bases les plus “ solides et les plus raisonnables de l'intérêt et de la sécurité [de cha- “cune des colonies]. (Ecoutez! écoutez!)
Shi Ne croyez pas que ce projet de défense impériale est un “ simple prétexte que nous invoquons pour alléger notre fardeau, ou “qu’il résulte d’un sentiment d’indolence ou d'égoïsme. Ce que nous “ désirons, c’est que tous les pays de l’Empire jouissent d’une égale sécu- “ rité, qu'ils soient également prospères, également glorieux; et pour “atteindre cet objet, nous désirons que tous assument une part équitable “et légitime de da tâche dont tous devraient s’enorgueillir. (Applaudis- “sements), [Cette tâche] ne consiste pas seulement à fournir de l'argent ” mais aussi à fournir des hommes. J'espère que l’expérience du passé “nous permet de prévoir qu'avec le progrès des temps, un nombre croissant de ceux qui ont vu le jour aux colonies prendront une part Personnelle à la défense de l'Empire dans chacune de ses parties et s’enrüleront en nombre plus considérable que par le passé sous l’éten- “dard de la Reine ” (Applaudissements) — (p. 6 et 7).
Ce discours, excclent par la forme, est remarquable à plus d’un litre, Il démontre la communauté d'inspiration de l'impérialisme an- 8lais et de l'impérialisme allemand. Avec la franchise qui fait la noblesse des hommes d'Etat britanniques de la grande tradition, lord Salisbury exprime nettement la pensée de ses compatriotes: prêts à accepter l'appui des colonies, et même à le solliciter, ils n’entendent nullement compenser les sacrifices des “’nations-soeurs’” par la concession d’avanages commerciaux ou le partage de la souveraineté impériale,
Lord Salisbury et ses Contemporains savaient au moins corriger ce
verrons bientôt même égoïsme
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anglais sous une forme plus brutale et plus contraire encore aux intérêts des colonies. Ils ont révolutionné fa politique extérieure de l'Empire: de “pacifique” qu’eile était, ils l’ont faite essentiellement agressive et spoliatrice; et ils ont exploité la jobaräerie des coloniaux, non plus pour assurer la défense de l’Empire, inais à l’appui de leurs provocations et au profit de leurs conquêtes. Pas plus que lord Salisbury, sauf Chamberlain, ils n’ont offert aux colonies de compensations dans l'ordre politique ou commercial. :
L’impérialisme militaire au premier plan Le président de la Conférence, sir Henry HOLLAND, ministre des
Colonies, fait ensuite un long exposé, très précis, de toutes les questions que les délégués peuvent être appelés à discuter. A ceux qui veulent étudier à fond les conditions générales de l'Empire britannique et la nature particulière de chacun des principaux éléments qui le composent, ce discours offre plus d’un point intéressant, Mais il n’ajoute rien aux principes généraux posés par lord Salisbury. Sur le problème de la Défense, le ministre fait observer que son prédécesseur, M. Stanhope, “était justifiable de dire que cette question est à la fois urgente et digne “d’une étude fructueuse. our ma part, ajoute-t-il, je considère que “ cette conférence n’aura pas failli à son objet si elle ne fait rien autre “ chose que de placer la défense militaire et navale sur une base solide ”
Il relate succinctement les travaux poursuivis par les diverses com-
œissions parlementaires qui se sont occupées de ce problème depuis une dizaine d’années, et particulièrement celle présidée par ford Carnarvon, dent les trois rapports sont annexés au dossier de la Conférence (Vol. II, p. 299-338), “En se basant sur ces données, ajoute-t-il, ‘“’le gouvernement impérial a invité certaines colonies où les intérêts “impériaux et les intérêts coloniaux se confondent, à partager le coût “ des mesures nécessaires de défense ” (p. 11). Plusieurs de ces colonies, Hong-Kong, Singapour, Maurice et Ceylan ont répondu à l’appel. Il indi-
tiee, définitivement conss attributions sont encore ements et à les communi-
tion britannique, qui ont charge, directement ou indirectement, de la défense de l’Empire (1).
La plupart des séances de la Conférence furent consacrées à la déaux comemunications télégraphiques entre toutes les possessions britanniques. Il en résulta, entre le gouvernement britannique et les représentants des diverses colonies australicnnes, non encore fédérées, l’accord dont j'ai indiqué la substance précédemment,
C’est à l’une de ces séances, le 22 avril, que sir Alexander CAMP- BELL relata les conditions de l’accord conclu, en 1865, entre la Grande- Bretagne et le Canada (p. 271-276) —— (2).
A. : Etcheners Pom Holland à re gs en entier au Ve vod IF du mg port de la Conférence, C. avec une série de tableaux comparatifs travaux de défense exécutés dans chacune des colonies (pb. 7 à 22).
(2) Voir pages 71 à 78, et pièce justificative 54.