‹ Que devons-nous à l'Angleterre? [microforme]Chapitre 5 sur 120 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Ce volume n'est pas une œuvre de polémique. Il ne traite pas des causes de la guerre européenne. Il ne prétend pas à déterminer le degré de responsabilité de ses fauteurs et de ses acteurs. Il ne vise pas davantage à raviver le feu des querelles et des passions de parti, au Canada ou en Angleterre. °

C'est un simple exposé historique des origines et des péripéties de la révolution profonde, radicale, qui s’est opérée depuis qui::ze ans dans la constitution et le gouvernement de l'Empire britannique. Cette révolution a entraîné le Canada dans le “ gouffre du militarisme européen” (1).

Par quelle voie, sous quelle impulsion, les colonies autonomes de la Grande-Bretagne en sont-elles arrivées à prendre une si lourde part du fardeau impérial, exclusivement attribué au Royaume-Uni, jusqu'aux jours dela guerre d'Afrique? C’est la réponse à cette question que j'ai voulu donner.

Comment finira cette révolution? Quel ordre nouveau se substituera à celui que le triomphe de l'impérialisme a détruit? C’est ce que les gouvernants et les peuples des pays britanniques seront appelés à décider

. au lendemain de la guerre. La solution sera ce que dictera l'opinion prépondérante, dans chacun de ces pays. Qu’on aime ou qu’on abhorre le régime démocratique et représentatif que l'Angleterre a donné à toutes ses possessions autonomes, ou qu’on en prenne tout simplement son parti—c'est mon cas—rien, ni personne, n'empéchera que la révolution britannique se résoudra dans le sens des vœux de la majorité, apparente ou réelle, des peuples britanniques.

Le régime, forcément transitoire, qui domine aujourd’hui est l'impérialisme absolu, l'impérialisme intégral. L'impérialisme anglais, dans sa forme concrète et pratique, peut se définir en dix mots: la participation active des colonies aux guerres de l'Angleterre. C'est à peu près la définition que j'en donnais dés l’époque de la guerre d'Afrique (2). Elle reste juste. Envisagé sous un angle plus vaste, dans ses causes profondes et ses conséquences lointaines, l'impérialisme anglais appelle une définition plus ample: c’est l'organisation et la concentration de toutes les forces militaires de l'Empire — forces de terre et forces de mer — dans le but d'aider la Grande Bretagne à dominer le monde; c'est la suppression graduelle ou tout au moins l'asservissement de toutes les nationalités (3) distinctes qui composent l'Empire britannique, afin d'assurer

(1) Paroles de sir Wilfrid Laurier, en 1902. On les retrouvera à la page 141 et à la pièce justificative 63.

(2) “Grande, Bretagne et Canada’”’-1901. On trouvera cette définition avec commentaires à la page 135 et suiv.

} Qu'on ne confonde L’Angleterre a, depuis Mais, êm choses, la centratio: militur, de l'Enpi rs H con: n re teud à la suppression à l’unification des races.

la suprématie mondiale de la race anglo-saxonne, de sa pensée, de su langue, de ses conceptions politiques, de son commerce et de ses richesses. C’est l'écrasement de loutes les Concurrences, de toutes les rivalités, intérieures et extérieures. C'est l'idéal allemand, c'était l'idéal romain. C’est l'impérialisme de lous les pays, à toutes les époques, agrandi à la mesure des monstrueuses Drétentions du Pan-anglo-saxonisme Ce régime aboutirait fatalement à la conscription militaire, aux impôts forcés, à la restriction d'abord, puis à l'anéantissement des libertés coloniales. (1) Les peuples britanniques, ceux des colonies surtout, qui ont tout à y perdre et rien à y gagner, se soumettront-ils docilement à la perpétuation de l’état de choses créé par la révolution impérialiste ? C’est douse manifestent déjà en Australie, à la Nouvelle-Zélande et même au Canada, — sans parler des Indes, ce perpétuel et troublant inconnu de l'Empire britannique. Quel ils au régime désastreux qui menace ales les jeunes nationalités issues de

un radical, l'autre partiel et temporaire.

relour au nationalisme sain et bien ordonnt, la base des libertés coloniale:4 Chaque besoins de sa défense nationale. La Grande

sement; elle subit seule les c étrangère. Et ceci dure jusqu’ s'affranchir du joug et deveni

Le palliatif temporaire, c’est la particip | vernement de l'Empire; c’est leur représen seils qui décident la paix ou la guerre, gères et pourvoient à l'administration de ronne britannique.

ation des colonies au goutation effective dans les condéterminent les alliances étrans immenses domaines de la Cou-

Quelques-uns des apologistes les plus ardents de la révolution impérialiste affectent de croire que c’est cette association mé tuerait le véritable impérialisme.

Inutile de dire ici à quelle ens

donald, je vois dans la pratique intégrale du nationalisme la seule garantie de la grandeur, de la prospérité, de l'existence même de la nationalité canadienne. Comme Laurier, avant la guerre d'Afrique, je crois Ï que l'indépendance absolue est la fin naturelle et légitime de l'oeuvre 1 féconde poursuivie par les Pères de la Confédération. Je regretle seu-

(1) Le général Homer LEA a fort b'en développé cet aspect de la question, dans son remarquable ouvrage, tout sYmpathique à 1”

’mpérialisme anglais: “The Day of the Saxon”—New York and London, Harper and Brothers, 1912. :

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lement que la révolution impérialiste force les Canadiens à faire trop brusquement le choix de leur destinée. Jusqu'au jour où ce choix sera fait je lutterai pour l'application du remède radical, pour le retour vers le nationalisme intégral,

D'autre part, si la majorité du peuple canadien, si la plupart des colonies autonomes, écarient pour l'instant la solution nationaliste—et tout indique qu'elles y sont décidées — il me parait opportun de rechercher loyalement les avantages du palliatif, de réclamer la représentation effective du Canada dans le gouvernement de cet Empire qu'on nous force aujourd'hui à défendre aux frontières des Flandres, aux Dardanelles, en Egypte, — qu'on nous obligera peut-être demain à défendre aux Indes ou en Chine.

L'impérialisme actuel, sous sa forme la plus brutale qui est le militarisme anglo-saxon, entraînera fatalement l'amoindrissement puis l’ex- FN clusion des libertés coloniales, dans l’ordre extérieur et dans l’ordre inté- re rieur. Par le jeu renversé des mêmes causes, la représentation des colonies na tendrait à réprimer la soif de conquêtes, d'accaparement, de domination, qui fait le fond de l'impérialisme anglais. Cet orguetl insupportable s'est développé chez les impérialistes d'Angleterre en raison directe de la complaisance qu’ils ont trouvée aux colonies, de la disposition croissante des coloniaux à servir leurs desseins, à remplir leurs légions, sans réclamer le partage des responsabilités suprêmes. Le jour où les représentants des colonies siègeront dans les Conseils de l'Empire,—pourvu bien entendu qu'ils exercent véritablement leurs fonctions, qu'ils réclament tous leurs droits et accomplissent tous leurs devoirs—Britanniques et Coloniaux y regarderont à deux fois avant de précipiter les pays d'Empire dans de sanglants et interminables conflits. Ils réfléchiront davantage aux conséquences de leurs actes intérieurs et de leurs alliances étrangères.

C'est ce qui explique que la plupart des impérialistes anglais ne veulent pas de l'association impériale. Ils préfèrent laisser aux coloaiaux le rang inférieur d'esclaves volontaires, de légionnaires dociles, préts à verser leur sang, à prodiguer leur or, pour soutenir l'Angleterre dans toute guerre où ses gouvernants jugeront à propos de la précipiter vour le seul avantage de sa gloire, de sa puissance, de ses capitaux et de son commerce. C'est pour le même motif qu'à défaut de la solution nationaliste, les Coloniaux doivent, à mor avis, réclamer le droit de représentation. Si les Canadiens-français n'en veulent pas, les Anglo-Canadiens le réclameront tout de même. Si la majorité des Canadiens de doutes races préfèrent rester dans la situation “intolérable” (1) où l'im- @érialisme les a conduits, les Australiens l'exigeront {mpérieusement. Le changement s'opérera au bénéfice de ceux qui en arréteront les con-

ditions.

Ce volume n'a pas pour objet d'établir les avantages et les inconvénients de ces deux solutions. Il n’a d'autre but que de mettre es :

Canadiens qui me feront l'honneur de me lire en état d'éclairer et de

(1) Le mot est de M. BORDEN, dans

son discours sur l'amendement à l’Adresse, probosé par M. Monk, le 24 novembre 1910.

à — VII —

fortifier leur opinion pour le jour très prochain où ils seront appelés à décider du sort de la nation.

Un peu Partout, mais principalement dans les pays affligés ou avantagés du régime démocratique, la solution des problèmes vitaux de la nation est bonne, médiocre OU mauvaise, dans la mesure où l'opinion publique agit sur les Souvernants avec plus ou moins d'intelligence et de patriotique énergie. Et, Pour se guider sur la route de l'avenir, l'opinion publique doit jeter un regard vers le passé. Toutes les évolutions d’un peuple sont la résultante, harmonieuse ou incohérente, de ses mouvements antérieurs, de ses instincts alaviques. Toute institution nouvelle

, Ü doit se rendre un compte le renversement com-

de laborieux efforts. Il doit se retremdes hommes d'Etat qui avaient

Dès l'époque de la guerre d'Afrique, j'a des leçons du Passé, de cette singulière ignorance des principes fonda-

anniques.

celte ignorance et cet oubli ont atteint

‘-gne ont cessé d’être apprises depuis . C’est pour suppléer à cette lacune confesse — que j'ai entrepris ce travail

Contemporains, et jalonner de ada a parcourue depuis la Conses obligations coloniales, La justifient des pièces originales,

autres portent l'indication précise de la source où ils ont été puisés. J'ai donc le droit de dire que c’est une œuvre Consciencieuse, qui invite une discussion loyale. Les recherches considérables qu’il m'a fallu faire, le soin méticuleux apporté à la compilation des matériaux, à la vérification des lextes, à l'indication des sources, m'ont fai’ égliger la tenue littéraire de l'œuvre. Ce que j'ai pu consacrer de ter ” Vefforts à la Composition de l'ouvrage, je l'ai employé à rendre mu 1. aussi claire que possible, à serrer la trame et l'agencement des Preuves, à faire ressortir nettement les leçons qui se dégagent des paroles, des attitudes et des actes des constructeurs ow des démolisseurs de l'ordre national. Le lecteur pardonnera, j'espère, les négligences de slule' et la lourdeur Presque inévitable du récit. Du reste, je n'ai nulle prétention 4 la facture littéraire.

Telle quelle, cette œuvre modeste apportera, je pense, quelque réconfort à ceux de mes compatriotes qui m'ont fait l'honneur de me conserver leur confiance à travers toutes les péripéties d’une lutte déjà vieille de quinze ans contre l'impérialisme envahisseur. C'est le second objet de ce travail,

Depuis le jour où le Canada a, pour la première fois, prêté mainforte à l'Angleterre dans une guerre étrangère à la défense du Canada, nous avons soutenu, en face des impérialistes de toute nuance, les propositions suivantes:

1° Les obligations coloniales du Canada, en matière de guerre et de défense, ont été rigoureusement définies par des traités, après de longues et consciencieuses délibérations entre les autorités impériales et les gouvernants de la colonie.

2° Ces obligations se réduisent à la défense du territoire canadien. Elles excluent la participation à toute guerre de l'Angleterre qui ne menace pas immédiatement et directement le territoire canadien.

3° Le Royaume-Uni, seul maître des relations étrangères de l'Empire, doit porter seul le poids de la défense navale de l'Empire et le fardeau de toutes les guerres extérieures où il s'engage de son seul chef.

4° Ces accords s’inspirent des principes fondamentaux de la constitution anglaise et des traditions britanniques les mieux établies. Ils ont été mis à la base de la Constitution canadienne, qui en est à la fois la résultante et la sanction. Ils ont inspiré toutes nos lois de la milice, depuis les premiers jours de la Conquête jusqu'à l'heure actuelle. Its ont guidé l'action de nos gouvernants, depuis l'établissement du gouvernement responsable jusqu’à la guerre d'Afrique. Ils ont été acceptés, pendant plus d'un demi-siècle, par tous les chefs de la nation — chefs laïques et chefs religieux — comme l'entière expression et la pleine mesure des devoirs respectifs de la métropole et de la colonie.

5° Tant que ces accords n'auront pas été rompus de consentement mutuel, tant que la Constitution canadienne et la Loi de la milice n’auront pas été modifiées, l'Angleterre n’a pas le droit d'imposer au Canada des obligations additionnelles, contraires à l’ordre établi et aux principes d'équité qui lui servent de base.

6° L'expédition d'Afrique, la Loi navale votée en 1910, la contribution d'urgence proposée en 1912, la participation du Canada à la guerre actuelle, comme dépendance de l'Angleterre, sont autant de brèches faites dans l’ordre établi, autant de coups de canif dans les “chiffons de papier” sur lesquels sont inscrits les principes de la Constitution canadienne et les traités conclus entre la Grande-Bretagne et le Canada.

De la rigoureuse vérité de ces propositions, on trouvera dans ces pages des preuves multiples et incontestables. Les plus fortes sont fournies par les textes d’abord, et par les hommes d'Etat les plus autorisés de la Grande-Bretagne et du Canada.

Sans doute, le Canada a la faculté de renoncer à ses libertés, d’assumer de nouvelles obligations. Le parlement de Dublin avait plein pouvoir, en 1798, de vendre à Castlereagh les libertés de l'Irlande. Mais tant que la trahison n'est pas consommée, tant qu’il n'existe aucune preuve que le peuple du Canada acquiesce au sacrifice de sa paix et de

l reste permis de combattre la révolution légitimes

L'exacte vérité, c'est que les “rebelles”, les “déloyaux”, Les “traîtres”, ce sont les Canadiens qui ont commis celte série d'attentats contre la Constitution et les traités. Les

théoriciens “pervers” et “dangereuz”, ce | sont les publicistes qui se constituent des {

Panégyristes et les complices des Perturbateurs de l'ordre établi, Ceux au contraire qui bersistent à dire que le Canada, comme dé.

sa liberté, d Par tous les moyens

À sauf quand le territoire canadien est attaqué

— Ceux-là sont dans la véritable trat canadienne, ils respectent la “sainteté des traités”,

tre les entreprises destructrices des révolutionnaires de l'Empire.

À ceux-là qui ont eu le Courage

ces pages sont cordialement dédiées.

ë, elles sont loyalement ouvertes.

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