‹ Que dira le monde: comédie en cinq actes et en proseChapitre 107 sur 111 · ACTE V, SCÈNE XV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE XV

sera désenchantée, tu craindras qu'Amélie ne lise dans ton cœur, tu te cacherts d'elle et de tous, et tu n'oseras même me confier tes tourments, à moi qui te fais entendre aujourd'hui ces dures vérités parce que je t'aime ; à moi qui t'aimerai plus encore, si c'est possible, par ce que tu seras malheureux !

HERMANN, dans un grand trouble.

Assez, assez ! je vous en conjure. Éloignez de mes yeux ces funestes clartés. J^aime mieux ne pas voir !...

LE GÉNÉRAL

Hermann, pour madame de Vemeuil comme pour toi, réflé" chis, attends encore..,

* Réfléobir ! attendre I Que me demandez-vous? Ne voyez-vous donc pas que je souffre ? Na« , il ne faut pas attendre un^n* stant, il faut m'engager pour la vie ! Une fois l'époux d'Amélie, je retrouverai nja tranquillité, j'oublierai, je redeviendrai moimême.

(il 86^ laisse tomber sur un ikuteuil, à droite.) LE GÉNÉRAL, allant à lui.

Allons, alloés, Hermann, sois honune...

(il s'arrête en apertevant Amélie , qui s'avance lentement vers eux« Elle est fort pâle.)

HERMANN, se levant.

Amélie î...^

AMÉLIE

Je puis vous dire à mon tour : J'étais là, j'ai tout entendu. Depuis quelques jours j'avais le pressentiment de ce que je viens d'apprendre. Vos colères, vos reproches m'avaient avertie : je désespérais du bonheur. Cependant, ce soir, j'ai eu encore un éclair de joie, je devrais dire d'orgueil, quand vous avez annoncé notre mariage. C'était plus que je ne méritais.

HERMANN

. Amélie, vous êtes à moi, vous m'appartenez...

AMÉLIE

Non, grâce au ciel, je%'appartiens encore. J'ai pu plonger l'oeil dans l'avenir que nous nous préparions l'un à l'autre; j'ai pu prévoir que vous vous feriez contre moi des armes de mon

amour même , que ce que j'ai fait pouî? vous serait justement mon crime, et que J'expierais chaque jour la faiblesse de vous avoir préféré à tout, même à mon bonheur. J'ai eu tort de consentir à ce mariage. Jamais une femme de cœur ne doit épouser l'homme dont elle fut la maîtresse. Tout est rompu entre nous^ vous êtes libre. Adieu ! . ..

HERMANR,

Cela n'est pas possible ! C'est un Hhre, un rêve affreux...

AMÉLIE

Non, c'est la réalité. Les rêves sont moins cruels.

HERMAMN, tombant à genonx.

Amélie, un mot encore ! Écoute-moi, je te supplie en grâce de m'écouter. Je ne saurais vivre sans toi. Veux-tu donc mon malheur ? Qu'ai-je dit, qu'ai-je fait qui ait pu provoquer cette détermination cruelle? La calomnie s'est dressée contre nous, ne Tai-je pas écrasée sous mes pieds? Va, leurs préjugés ne sont pas les miens ; leurs préjugés ne m^empêcheront pas de t'estimer, de te chérir. Tu es émue; oui, je vois des larmes dans te3 yeux. Amélie, vous m'avez proposé un jour de tout abandonner pour moi, patrie, amis, famille. Eh bien ! partons ensemble, acceptez mon nom : j'accepte, moi, votre sacrifice ; je l'ipijdore, à cette heure, non plus de votre açiour, mais de votre pitié !

AMÉLIE

Eh ! ce bonheur vous suffirait-il, Hermann!... Tout ce que vous ajouteriez serait inutile. Ces vérités terribles que je viens d'entendre m'ont frappée au cœur. Ma résolution est irrévocable.

HERMANN

Amélie !

AMÉLIE

On vient ( Apercetant Louise, elle dit vivement : ) Ah ! C'est elle !

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