ACTE I, SCÉN&X
HERMANN
AMÉLIE
HERMATïN.
Votre thé sera froid, et je l'aime très-chaud.
AMÉLIE
Je vous sers, et je me résigne. Il vous ^ilaît d'éprouver ma patience, mais vous n'aurez pas le plaisir de me voir inquiète.
HERMANN
Je vous demanderai un peu de crème.
AMÉLIE
Volontiers. Prenez- vous de ces gâteaux?
HERIÏANN.
Merci, (il boit son thé.) Vous voilà silencieuse.
AMÉLIE
J'attends.
HERMANN
Amélie, je vous ai ^^ venue qu'il s*agit de choses sérieuses. J'ai vingt-huit ans passés, je ne suis plus, un jeune homme. (Elle écoute avec attention ) Il y a quelques mois encore, je ne songeais qu'à mes plaisirs, à mon bonheur : je songe maintenant qu'à côté des plaisirs il y a des devoirs. Devoir est un bien grand mot, mais je n'en sais pas d'autre. Il me pèse d'être inutile à tous et à moi-même, de rester oisif, quand j^ai tous les moyens de devenir quelque chose, moyens dont sont privés tant de pauvres diables qui n'ont que du talent et de la bonne volonté. Mon oncle m'a, l'autre jour, entretenu de cela. J'en ai ri devant lui, mais, une fois seul, je n'ai pu m'empêcher d'y réfléchir. Le jeune homme est mort en moi, il est temps que l*homme commence.
AMÉLIE
Mon Dieu î C*est une rupture que vous venez m'annoncer, c'est une séparation que vous voulez? Oui, c'est là cette pensée qui vous poursuit depuis quelques jours, et que vous n'osiez exprimer. Je ne veux point de préparations, parlez tout de suite. Ne m'aimez-vous plus?
^ HERMANN
. Que voilà bien votre tête ï Vous devancez mes idées, vous les
discutez avant de les connaître. Je vous parle comme à un ami^ ne m'écoutez pas avec ce trouble croissant. Je vous aime^ Amélie^ ah! plus tendbemcnt^ plus profondément que jamais I
AMÉLIE
Cher Uermann!
HERMANN
Mais notre liaison, quoique vous soyez libre à présent^ n'en est pas moins une liaison en dehors des lois du monde. Je sais qu'elle est restée secrète. Mais il ne faut que la plus Mvole chxonstance pour la révéler, pour vous compromettre, et je serais au désespoir qu'on se permît le moindre propos sur votre compte.
AMÉLIE
Vous voulez quitter Paris. Pourquoi tous ces détours? N'avons* nous pas l'Italie, la Suisse? Vous n'avez qu'à dire : où vous irez, j'irai.
HERMANN
Non, je ne veux point quitter Paris. Amélie, l'amour ne peut remplir la vie d'un homme. Il me faut l'amour avec tout ce qui lui aide, avec tout ce qui l'appuie, avec la famille, avec la position, avec Testime publique enfin, (Amélie baisse la tète.) Jusqu'ici je n'avais pu songer à réaliser mon vœu le plus cher. J'étais sans fortune, et je n'aurais jamais voulu devoir ma fortune à un mariage. Aujourd'hui, je me trouve à la tête d'un assez joli revenu; ma pauvre tante m'a laissé de quoi être heureux, de quoi me marier à mon goût, et c'est votre main, madame, que je suis venu vous demander.
AMÉLIE, se jetant dans les bras d'Hermann.
Ah! cruel!
(tl la fait asseoir sur le fkuteuil quUl Yient de quitter.) HERMANN.
Amélie, mon Amélie, qu'as-tu donc? Reviens à toi!
AMÉLIE
Ce n'est rien, c'est la joie, la surprise. .. —Tiens, me voilà revenue et j'écoute. Répèle-moi...
HERMANN
Chère Amélie!