‹ Que dira le monde: comédie en cinq actes et en proseChapitre 17 sur 111 · ACTE I, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE X

AMÉLIE

Je t'assure que je n'ai pas entendu.

HERMANN

Ma chère et belle Amélie !

Ma main! Tu me demandes ma* main? (se levant.) La yoùk, monsieur. Elle est à yous, elle est à monsieur de Courtenay. Le cœur reste à mon Hermann.

HERMAÏtN^ soariant.

Aussi je ne vous Taipas demandé, madame. Depuis deux jours je voulais vous en parler, mais j'avais un scrupule. Il me semblait que la chose exigeait une démarche officielle. J'ai risqué la ■ démarche.

AMÉLIE

Et pourquoi, je vous prie, j^'avoir torturée ainsi? Pourquoi ne m'avoir pas dit cela tout de suite?

HERMANN

. C'était pour me venger de vos soupçons. N'avez-vous'pas cru que j'allais vous quitter?

AMÉLIE

Cher Hermann!

HERMANN

Personne ne connaît mes projets, pas même mon oncle. Gar • dez*moi le secret ^hinze jours encore. Aussitôt que vous serez de retour à Paris, plus de mystère, plus d'amour : le ipariage.

AMÉLIE

Je n'aime pas vos mots ironiques. Tolqours de l'amour.

HERMANN

, Je ne viendrai plus ici... que rarement. Je crains qu'on ne me voie. Nous nous rencontrerons sans doute, nous avons des amis communs autour d'ici. A propos, on court aujourd'hui à la Marche, je voudrais vous y voir.

Vous m'y verrez.

HERMANN

Je vous préviens que je ne m'arrêterai qu'un moment pour

vous saluer. Adieu. Je suis d'un déjeuner de garçons, à Paris , chez M. Alexandre Legrand, un jeune homme affligé de plusieurs millions, de beaucoup d'amis et de quelques ridicules. ( Allant prendre sou chapeau. ) Qui VOUS a douué CCS flcurs ? EUcs n'étaient pas là ce matin.

AMÉLIE

C^est mon voisin, ce jeune Moldave, le prince Téléski, qui me les a envoyées.

HERMANN

Ah!

AMÉLIE

N'est-ce pas qu'elles sont belles?

HERMANN

Superbes. Mais je vous ferai présent d'un autre vase. Celui-ci est aâreux.

AMÉLIE

Affreux! Je le trouve charmaiR.

HERMANN

Je maintiens qu'il est affreux.

Vous ne le voyez pas avec mes yeux, mon ami. C'est un cadeau de ce pauvre Nelvil.

HERMANN

Lord Nelvil? Ah! oui, je sais.

AMÉLIE

C'est luie relique, et j'y tiens beaucoiîp, plus qu'à ces fleurs, assurément. Voulez-vous que je vous décore? (eiic déiacUe une rose

du bouquet et la lui met à la b^onnièrc. ) Il faut qu^à mon tOUr je VOUS

fasse une coafidence. M. de Téléski est amoureux de moi , mais amoureux... Il a demandé ma main, il y a six mois. Je vous l'ai caché, Hermann, pour ne pas avoir l'air de provoquer la détermination que vous venez de prendre.

HERMANN

Bah ! Vraiment? Ce boyard sentimental ? 11 déjeune avec nous.

(L'embrassant sur le front. ) A bientôt.

AMÉLIE

Je vous reconduis.

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