ACTE II, SCÈNE III
Figure-toi, mon garçon, que j'ai tenu jusqu'à cinquante-cinq ans le même langage <|M toi. J'avais le temps. Qu'est-il arrivé? J'ai demandé une demoiselle mûre qui s'est empressée de m'accepter, mais qui m*en a fait voir de grises. Dans le militaire il n'y a pas de milieu, les maris mènent ou sont menés, on est offîcier ou soldat. Je n'étais que soldat dans mon ménage, et j'avais une patience ! Ah ! j'ose espérer que les six années que • j'ai passées auprès de mon Élise me seront comptées un jour. Elle prétendait que je n'avais pas de poésie dans l'âme. Pas de poésie ! Je le crois bien, moi qui déteste les vers. Et elle avait mal aux nerfs, et c'était là qu'elle voulait aller, et demain là- , bas, et après-demain ici. Juge comme c'était régalant avec ma goutte. Tout cela, vois-tu, parce que j'avais cinquante-cinq ans. Elle prétendait <^^e j'aurais dû l'épouser vingt ans plus tôt, quand je ne soupçonnais même pas qu'elle fût au monde. Enfin, le ciel me l'a prise. Je croyais n'avoir plus qu'à jouir en paix de ce que j'avais si légitimement conquis. Ah ! bien, oui ! Elle fait un. testament pair lequel elle te laisse tout et à moi rien.
HERMANN, souriant.
Je vous répète, mon oncle.. .
LE GÉNÉRAL
Je ne te le reproche pas. Mais va signer chez Robertin, que je n'en entende plus parler; et, pour le reste, n'attends pas que tu aies cinquanteKjmq ans.
HERMANN
Je méditerai vos conseils et votre exemple.
LE GÉNÉRAL
Il se moqué de moi à présent ! On voit bien qu'il n'a plus de ménagements à garder, qu'il ne soigne plus mon héritage.
HERMANN
Pouvez-vourte penser, mon oncle ?
LE GÉNÉl^L.
Certainement, je le pense. Ma femme n'était ta tante que par alliance, tu n'avais riertà attendre d'elle... Au diable ! n'en parlons plus.
HERMANN
Je regrette que ce qui m'a causé tant de joie vous ait causé tant de peine ; car je ne vous le cache pas, mon cher oncle, j'ai hérité avec délices.
LE GÉNÉRAL
yraiment ?
HERMAMM.
Oui, il ne me manquait que cela pour être heureux ! Vous savez que je f^is assez peu de cas de l'argent. Eh bien ! depuis im an^ mon rêve était de m'enrichir. Le ciel m'a dispensé de cette vilaine besogne qui nous fait toujours perdre quelque chose de ce qu'il y a en nous de noble et de bon. La fortune est venue à moi toute seule^ et je l'ai reçue à bras ouverts. C'est qu*à mon âge^ au moment où l'on veut asseoir sa vie^ il est si doux d'avoir la liberté^ je veux dire la richesse! Une trop grande délicatesse^ complice de la pauvreté^ fait souvent obstacle au bonheur. On craint de paraître cupide en n'étant qu'amoureux ; on a honte d'avouer un choix qui a l'air d'un calcul. Le riche peut dire : Voilà la femme de mon cœur ! Ah ! lenes^tenez^ mon oncle^ soyez franc : l'héritage me convenait mieux qu'à vous.
LE GÉNÉRAL
Je ne suis pas de ton avis. Mais^ dis-moi^ songerais4u^ par liasard^ à quelqu'un ?
UERM AN N^ après avoir bésilé un insUnU
Je VOUS dirai cela dans quinze jours.
LE GÉNÉRAL
Je sais bien ce qui t'arrête, moi. Une chame à rompre, n'estce pas, quelque grande dame qui te retient captif? J'en avais xme aussi au moment où j'épousai ta tante. Ce n'était pas une grande dame, par exemple ! C'était plutôt... J'en ai eu bien des désagréments. — Mais qu'est-ce qu'il y a donc là dehors ? On fait un vacarme... (AiUut à la fenèue.j Que de monde sur le boulevard!