‹ Que dira le monde: comédie en cinq actes et en proseChapitre 4 sur 111 · ACTE h SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE h SCÈNE III

MADAME BLONDEaU.

Qu*est-ce que c'est ?^Commeiit ! c'est toi> vaiuien! Que vienstu faire ici ?

DANIEL

Je viens causer avec vous, ma tante.

MADAME BLONDEAU

^ Va-t'en, n^avance pas. Souviens-toi à quelles conditions tu es entré chez madame la comtesse. Tu ne dois jamais j^nétrer dans le parc avant huit heures, et il t'est défendu de mettre les pieds dans ce pavillon.

DANIEL, ^avançant, le6 mains daus les poches.

Je le sais bien, ma tante, je le sais bien.

MADAME BLONDEAU

Veux-tu bien t'en aller ! veux-tu bien te retirer ! Tu vas réveiller madame.

DANIEL

Bah ! ouiche ! Il y a plus d'une heure qu'elle est levée.

MADAME BLONDEAU

Qu'esfice que tu dis ? Qu'est-ce que vous osez dire, monsiem* mon neveu?

^ DANIEL

Prenez garde à votre tour, mïlante, vous aMez réveiller n»dame.

MADAME BLONDEAU

Voyez-vous, l'impertinent î Je l'ai fait venir du pays, je lui ai

procuré une place excellente, et il me manque! Va, va, ton

. compte est bon. Je te ferai chasser, tu rctoiu^neras d'où tu viens.

DANIEL

Hier , c'était encore possible, mais aujourd'hui! Est-ce qu'on renvoie un domestique qui a le secret de ses maîtres?

MADAME BLONDEAU, effrayée.

Que veux -tu dire? **

DANIEL

Je sais tout, la.

MADAME BLONDEAU

Ah! mon Dieu!

DANIEL

Écoutez donc, ma tante Blondeau, je ne suis plus un innocent. Vous me faites venir de chez nous pour servir madame la comtesse de Verneuil, une veuve, riche et votre fille de lait. La place est bonne, je ne m'en plains pas : bien vêtu, bien nourri, bien couché, et le reste. Mais j'ai vu tout de suite, en arrivant à Pai-is, que la maison de votre fille de lait était une maison louche. D'abord, il y a un escalier borgne oîi personne ne passe, qui donne sur un jardin où personne ne va. Je n'avais pas aimé ça. Les autres domestiques m^avaient bien dit des choses, mais je n'étais sûr de rien. Voilà qu'arrive le printemps. Madame s'en vient à Meudon, à sa campagne. Mais, au lieu d'emmener tout son monde, elle n'emmène que vous et moi*, ma tante Blondeau ; et, au lieu d'habiter le château, elle s'installe avec vous dans ce petit pavillon tout au bout du parc ; et moi, on me fait coucher tout seul dans cetfte grande maison, si bien que, les premières nuits, j'ai eu des peurs à faire claquer les dents. On m'enjoint, en outre, de ne jamais traverser le parc avant huit heures et de ne jamais approximer le pavillon qu'on ne to'y appelle. Je vous avoue que ma délicatesse en a été blessée. J'ai compris qu'il se passait quelque chose, ei je me siUs promis d'en avoii- le cœui- net. Par malheur , j'ai le sonuneil dur , je m'éveillais toujours trop tard. Ce m&tin, j'ai été plus heureux, ^ j'ai tout vu. «

MADAME BLONDEAtJ»

Qu'est*ce que tu aa vu ?

Daniel»

J^étais monté sur un arbre du bois, deitièi^ le parc. Tout à coup je vois madame sortir du pavillon, donnant le bras à un beau monsieur que j'ai bien reconnu et qui se nomme. . . madame blondeau.

Prends garde, malheureux I

DANIEL

Ils se sont promenés dans le parc, et ils se parlaient de si près, de si près, que personne n^en auraïf pu rien entendre. Je vous demande si j'ai entendu quelque chose, perché comme j'étais I Cependant elle le conduit jusqu'à la petite porte, et là je crois qu'il va filer* Ah I bien, oui! ils se remettent à causer de plus belle. Us y seraient encore, je pense, car leur conversation semblait furieusement intéressante. Enfin l'ennui me prend, je

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