ACTE III, SCÈNE VIII
LE GÉNÉRAL
Que m'importe? Je suis libre, je crois? Elle m'invite à venir chez elle, cela ne me convient pas, je refuse.
HERMANN
Ce n'est pas du refus que je me plains, c'est de la forme du refus.
LE GÉNÉRAL
Tu as des raUiÇ&s pom* être si délicat.
4 HERMÀNN.
Peut-être.
LE GÉNÉRAL
Des raisons honorables.
Je vais vous les dire.
• LE GÉNÉRAL
J'en sais autant que toi là-dessus.
HERMANN
C'est la première fois que vous la voyez. Madame la comtesse de Vemeuil est une femme d'une grande famille, d'un noble caractère, digne de tous les hommages...
LE GÉNÉRAL
Les bSnnmages des jolis garçons, je ne dis pas non; mais les vieux loups comme moi sont un peu moins tendres.
HERMAN»,^
Enfin c'est une femme que j'estime^ que j^aime...
LE Général; Assez, Hermann, assez.
HERMANN
Écoutez-moi, je vous prie.
LE GÉNÉRAL
Non, cela n'entre pas dans mes principes. Les parents sont les parents. Il y a des choses qu^ils doivent ignorer. Tu es mon neveu, je suis ton oncle; je ne veux pas être le confident de tes bonnes fortunes et le compagnon de tes plaisirs.
%i HERMANN.
Voilà des insinuations bien odieuses ! Dans une Uutre bouche...
Je me siiis'tu jusqu'ici, mon oncle. Je me proposais de vous consulter, mais votre injustice envers madame de Verneuil me force à vous annoncer sur-le-champ la détermination que j'ai prise. Madame de Vei-neuil sera ma femme.
LE GÉNÉRAL, trcs-surpris.
Ta femme?
HERMAKN.
Oui, mon oncle. J'ai demandé sa main, et je l'épouse.
LE GÉNÉRAL
Tu épouses ta maîtresse ? *
HERMANN se trouble et reprend vivement.
Madame de Verneuil n'est pas...
LE GÉNÉRAL
Allons donc! Je t'arrête pour t'épargner un mensonge. Si tu as cru que voti'e liaison était restée secrète ! Personne neTignore, mon garçon. On a Fair de ne pas s'en douter, c'est convenu, c'est très-bien; mais chacun sait au fond à quoi s'en tenir. Et encore si cette liaison ne datait que de son veuvage !... S'il s'agissait ici d'ime jeune fille séduite, d^une réparation exigée par l'honneur, je te dirais : Fais ton devoir. Mais madame de Verneuil était engagée à un autre lorsqu'elle s'est donnée à toi, elle a dû prévoir toutes les suites de sa faute, elle n'a pu se flatter d'obtenir un jour une réparation...
HERMANN
Quoi qu'il en soit, je l'épouse. Ce doit être pour chacun un motif de ne point l'outrager devant moi.
LE GÉNÉRAL
Écoute, Hermann. Il ne s'agit pas ici de disputer, mais de raisonner. Tu ne peux douter de mon affection pour toi. Je t'aime comme mon fils. Tu ne songes pas aux conséquences de ce que tu veux faire. Que va-t-on penser? Que dira le monde?
HERMANN
Le monde ! Eh ! que m'importe ce qu'il dira? Est-ce l'opinion des sots ou des méchants que je dois prendre pour règle de conduite? Je ne relève que de ma conscience. Quand elle est calme, 'de vains propos ne sauraient la troubler. Esclave du monde, moi? Non, général, je ne le serai jamais. Le monde! Un tel argument m'étonne de votre part. Le monde, qui ne nous accorde