ACTE V, SCENE XV
amour même, que ce que j'ai fait pour vous serait justement mon crime, et que j'expierais chaque jour la faiblesse de vous avoir préféré à tout, même à mon honneur. J'ai eu tort de consentir à ce mariage. Jamais une femme de cœur ne doit épouser l'homme dont elle fut la maîtresse. Tout est rompu entre nous, vous êtes libre. Adieu!...
HERMANN
Cela n'est pas possible ! C'est un rêve, un rêve affreux...
AMÉLIE
Non, c'est la réalité. Les rêves sont moins cruels.
HERMANN, tombant à genoux.
Amélie, un mot encore! Écoute-moi, je te supplie en grâce de m'écouter. Je ne saurais vivre sans toi. Veux-tu donc mon malheur? Qu'ai-je dit, qu'ai-je fait qui ait pu provoquer cette détermination cruelle? La calomnie s'est dressée contre nous, ne l'ai-je pas écrasée sous mes pieds? Va, leurs préjugés ne sont pas les miens; leurs préjugés ne m'empêcheront pas de t'estimer, de te chérir. Tu es émue; oui, je vois des larmes dans tes yeux. Amélie, ?vous m'avez proposé un jour de tout abandonner pour moi, patrie, amis, famille. Eh bien? partons ensemble, acceptez mon nom : j'accepte, moi, votre sacrifice; je l'implore, à cette heure, non plus de votre amour, mais de votre pitié!
AMÉLIE
Eh! ce bonheur vous suffirait-il, Hermann?. . Tout ce que vous ajouteriez serait inutile. Ces vérités terribles que je viens d'entendre m'ont frappée au cœur. Ma résolution est irrévocable.
HERMANN
Amélie !
AMÉLIE
On vient. (Apercevant Louise, elle dit vivement i ) Ah! c'est elle !
j4° QUE DIRA LE MONDE?