HERMANN, AMÉLIE
AMÉLIE
Je vous assure, Hermann, que votre sang-froid m'effraie. Par pitié, expliquez-vous bien vite.
HERMANN
Écoutez-moi donc.
AMÉLIE
S'agit-il de vous ou de moi? De nous, j'en suis sure. Les hommes sont cruels. Vous me regardez en souriant, et vous vous taisez !
HERMANN
Me laissez-vous le temps de m'expliquer, madame ?
AMÉLIE
Madame! Pourquoi ce vilain mot?
HERMANN
Ce n'est point à mon Amélie, c'est à madame de Verneuil que je viens rendre visite.
AMÉLIE
Très-bien, monsieur. — Mais jure-moi d'abord que tu n'as rien de malheureux à m'annoncer.
Je le jure.
AMÉLIE
Ah!
HERMANN
Votre thé sera froid, et je l'aime très-chaud.
AMÉLIE
Je vous sers, et je me résigne. Il vous plaît d'éprouver ma patience, mais vous n'aurez pas le plaisir de me voir inquiète.
HERMANN
Je vous demanderai un peu de crème.
AMÉLIE
Volontiers. Prenez-vous de ces gâteaux?
HERMANN
Merci. (// boit son thé.) Vous voilà silencieuse.
AMELIE.
J'attends.
HERMANN
Amélie, je vous ai prévenue qu'il s'agit de choses sérieuses. J'ai vingt-huit ans passés, je ne suis plus un jeune homme. (Elle écoute avec attention.) Il y a quelques mois encore, je ne songeais qu'à mes plaisirs, à mon bonheur; je songe maintenant qu'à côté des plaisirs il y a des devoirs. Devoir est un bien grand mot, mais je n'en sais pas d'autre. Il me pèse d'être inutile à tous et à moi-même, de rester oisif, quand j'ai tous les moyens de devenir quelque chose, moyens dont sont privés tant de pauvres diables qui n'ont que du talent et de la bonne volonté. Mon oncle m'a, l'autre jour, entretenu de cela. J'en ai ri devant lui, mais, une fois seul, je n'ai pu m'empècher d'y réfléchir. Le jeune homme est mort en moi, il est temps que l'homme commence.
Mon Dieu ! C'est une rupture que vous venez m'annoncer, c'est une séparation que vous voulez? Oui, c'est là cette pensée qui vous poursuit depuis quelques jours, et que vous n'osiez exprimer. Je ne veux point de préparations, parlez tout de suite. Ne m'aimez-vous plus?
HERMANN
Que voilà bien votre tête! Vous devancez mes idées, vous les discutez avant de les connaître. Je vous parle comme à un ami, ne m'écoutez pas avec ce trouble croissant. Je vous aime, Amélie, ah! plus tendrement, plus profondément que jamais!