HERMANN, LE GÉNÉRAL
HERMANN
De quoi s'agit-il, mon oncle? Allez-vous encore nous quitter, reprendre du service, retourner en Afrique ?
LE GÉNÉRAL
Non, monsieur mon neveu, j'ai de l'Afrique et du service pardessus les yeux, et je ne quitterai plus Paris que pour la der-
nière campagne. Mais comme vous savez très-bien, je suis l'exécuteur testamentaire de ma femme, laquelle, dans sa sagesse, a jugé à propos de vous laisser tout son bien, et à moi rien. Il y avait, pour surcroît, un tas de legs de mille bêtises ; puis des mineurs, des oppositions, que sais-je, moi? Tout cela m'a donné un mal de chien! Mon Élise, qui savait mon horreur pour les paperasses, a voulu m'y plonger jusqu'au cou après sa mort. A la fin j'en suis hors. M. Robertin, le notaire, m'a dit que tout était terminé; il ne manque plus que ta signature. Je vous signifie donc, monsieur mon neveu, d'avoir à passer chez lui demain dans la matinée.
HERMANN
J'y passerai, mon oncle. Mais rien ne presse.
LE GÉNÉRAL
Au contraire, car je veux en finir, je veux te remettre en mains propres toute ma fortune, c'est-à-dire toute la fortune de ma femme.
HERMANN. , * Je vous ai déjà dit que je vous en laisserais la jouissance avec plaisir.
LE GÉNÉRAL
Laisse-moi donc tranquille ! Je t'ai déjà dit,. moi, que je n'ai besoin de rien. Ma retraite me suffit. Mais, à présent que te voilà riche, tu vas te marier, j'espère.
HERMANN
Oh! j'ai le temps.
LE GÉNÉRAL
Ces jeunes gens sont étonnants! Ils ont le temps de tout faire. Figure-toi, mon garçon, que j'ai tenu jusqu'à cinquante-cinq ans le même langage que toi. J'avais le temps. Qu'est-il arrivé? J'ai demandé une demoiselle mûre qui s'est empressée de m'accepter, mais qui m'en a fait voir de grises. Dans le militaire il n'y a pas de milieu, les maris mènent ou sont menés, on est