ACTE III, SCENE l
LOUISE
C'est madame Dumarset.
CLAIRE
Peut-être bien.
LOUISE
Non, ton mari ne peut pas la souffrir. Ce n'est probablement point une vieille dame.
CLAIRE
Probablement non.
LOUISE
C'est sans doute une jolie femme?
CLAIRE
Ce ne serait pas impossible.
LOUISE
C'est madame de... Je te demande une chose. Je vais te nommer une personne; si je devine, tu me le diras.
CLAIRE
Une seule?
Une seule.
CLAIRE
J'y consens.
LOUISE
C'est madame de.... Avoue que tu es bien dure! Si je pouvais au moins en nommer deux.
CLAIRE
Pourquoi pas dix?
LOUISE
C'est madame de .... C'est madame de Verneuil.
CLAIRE
Tais-toi !
LOUISE
C'est elle!
CLAIKE.
Eh! bien, oui, mais tais-toi. Quoique nous ne la connaissions pas encore beaucoup, elle m'a plu tellement au premier abord que j'ai cru pouvoir risquer une invitation, .le voulais vous en laisser la surprise ; on ne peut rien te cacher à toi. Mais fais bien attention qu'il n'en faut rien dire d'avance à Félicien.
LOUISE
Sois tranquille. Je suis si contente que tu aies eu cette pensée! De toutes les dames chez lesquelles ton mari nous a menées, c'est madame de Verneuil que j'aime le mieux. Elle est si distinguée, si simple et si bonne ! Si j'étais mariée, c'est à elle que je voudrais ressembler.
Nous la verrons souvent cet hiver. (Regardant à sa montre.) Il n'est que deux heures, Félicien est à sa toilette. A l'ouvrage, mademoiselle, à l'ouvrage.
(Elles prennent leur broderie, s'asseyent et brodent.)
LOUISE
Les cheveux du général ont bien blanchi.
CLAIRE
Son neveu me plaît beaucoup.
LOUISE
Moi, je suis folle de l'oncle.
CLAIRE
C'est un joli garçon.
LOUISE
Un homme de conscience et d'honneur.
CLAIRE
L'air très comme il faut.