‹ Que dira le monde? Comédie en cinq acts en proseChapitre 57 sur 128 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

et je connaissais ta femme pour l'avoir rencontrée dans le monde. Je te fais mon compliment, en passant, elle est charmante.

FÉLICIEN

N'est-ce pas?

HERMÀNN.

Charmante. Mais, l'hiver dernier, tu as été tellement occupé de tes affaires matrimoniales que tu ne m'as rien dit sur elle, sur sa famille. Es-tu content?

FÉLICIEN

Si je suis content? Enchanté, mon ami, ravi. Je suis depuis six mois au septième ciel, et je monte, je monte encore. J'ai la plus adorable petite femme!... Un ange pour le caractère, un démon pour l'esprit. Elle me mène, mon cher, elle me mène par le bout du nez. C'est charmant! Ah! je te le disais l'autre jour, marie-toi, marie-toi bien vite. On ne sait pas ce que c'est, vois-tu, on ne peut s'en faire une idée. Marie-toi, Hermann, marie-toi.

HERMANN

Tu m'en donnerais l'envie.

FÉLICIEN

Dis-moi, là, sans rire, est-ce que tu y penses?

HERMÀNN.

Mais quelquefois, quand je suis seul chez moi, le soir.

FÉLICIEN

C'est justement un soir que j'étais seul quecela m'est venu aussi.

HERMANN

Il est une heure où l'on se sent fatigué de cette vie nomade, de cette existence en l'air d'un garçon ; une heure où l'on serait bien aise de poser le pied quelque part, d'avoir un chez soi enfin.

Oui, où on est las de toutes ces aventures de jeunesse et de toutes ces belles aventurières. Tiens! tu ne saurais croire quelle

différence il y a entre une femme légitime et une maîtresse. Je ne parle pas de ces maîtresses de hasard, qui passent de l'un à l'autre. Non, je parle d'une vraie maîtresse, d'une maîtresse qu'on aime, d'une femme du monde, par exemple, qui s'est oubliée... pour vous. Ces liaisons-là sont, en apparence, ce qui se rapproche le plus du mariage. Eh bien! mon bon, ce n'est pas ça, ce n'est pas ça du tout. Imagine-toi une petite jeune fille bien modeste, bien pure, qui n'a jamais quitté sa mère, qui rougit pour rien, qui se trouble pour rien; enfin imagine- toi ma femme et comparela à ma dernière passion, à la belle madame de Montbriand.

HERMANN

Une vieille coquette.

FÉLICIEN

Hermann, je vous prie de respecter mes souvenirs. Madame de

Montbriand était une femme aimable...

HERMANN

D'autres s'en étaient aperçus avant toi. FÉLICIEN.

Cela se peut, mais chacun s'est cru le premier. On se croit toujours le premier. Après cela, qu'on soit le premier ou le dernier, une maîtresse est toujours une maîtresse.

HERMANN

Je ne suis pas de ton avis.

Tu as tort.

HERMANN, vivement.

C'est bien. (Se reprenant.) Et, dis-moi, ton bonheur est doublé d'une jolie dot?

FÉLICIEN

Certes! deux cent cinquante mille francs et des espérances, un vieux oncle qui a un catharre, trois vieilles tantes, toutes trois demoiselles et sans enfants. Enfin j'ai fait un mariage des dieux,

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