ACTE III, SCÈNE V
et, si tu veux, je t'offre la même chance, je m'engage à te servir auprès de ma petite belle-sœur. Elle est jolie, moins d'esprit que ma femme, mais pleine de cœur. Veux- tu?
HERMANN
Tu es bien bon. Je... je ne me marie pas encore.
FÉLICIEN
Nous en recauserons. Si tu savais quelle existence je mène! Six mois à la campagne, six mois à Paris, le reste en voyage : les années ont dix-huit mois pour nous. Celte terre est la propriété de ma femme. Ma belle-mère en a encore une qu'elle réserve pour sa seconde fille. Puis nous sommes liés avec tous nos voisins. Nous voyons à Bellevue un sénateur, à Bièvre un conseiller d'État, à Ville-d'Avray madame Bontemps, à Meudon madame la comtesse de Verneuil...
HERMANN
Madame la comtesse de Verneuil? Ta femme la connaît?
FÉLICIEN
Je la lui ai présentée. — Cela t'étonne?
HERMANN
Mais non. Il n'y a rien que de très-naturel là dedans.
Je sais tout ce qu'on peut dire. Pour une jeune femme comme la mienne on ne saurait prendre trop de précautions, on devrait être sévère jusqu'au scrupule. La réputation de madame de Verneuil n'est point sans doute à l'abri de tout reproche.
HERMANN
Tu te trompes. On l'estime beaucoup, au contraire.
FÉLICIEN
Nous savons ce que nous savons. Mais enfin c'est une bonne personne, toute simple, spirituelle et pas fière. Je me suis souvenu qu'elle m'avait toujours bien accueilli chez elle quand j'étais
garçon, et comme, après tout, je n'ai pas la prétention de ne voir que des Lucrèces...
HERMANN
.le t'assure, Félicien, que tu es dans l'erreur. On l'a calomniée.
FÉLICIEN
Laisse-moi donc tranquille! Est-ce qu'une jeune veuve, belle, aimable comme elle est, reçoit tant d'hommes chez elle sans qu'il y en ait au moins un....
HERMANN
Félicien!...
FÉLICIEN
Qu'as-tu donc?
HERMANN
Je te prie de ne pas t'exprimer ainsi.
Tu me pries?
Oui.
Ah! mon Dieu!
Quoi?
FELICIEN.
HERMANN
FÉLICIEN
HERMANN
FÉLICIEN
Est-ce que, par hasard, tu serais?... Pardonne, mon bon, pardonne, je l'ignorais.
HERMANN
Je ne suis rien, je ne veux rien être. Mais je dis que madame la comtesse de Verneuil est une femme pure, estimable, que tout le monde doit honorer, et qui est indignement outragée par des gens qu'elle a toujours bien reçus chez elle.
FÉLICIEN
Est-ce pour moi que tu dis cela? moi qui suis toujours le premier à la défendre!