‹ Que dira le monde? Comédie en cinq acts en proseChapitre 68 sur 128 · ACTE III, SCENE VIII. 8S · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VIII. 8S

aux êtres les plus purs, et s'incliner devant les plus infâmes. Quelles vertus n'a-t-il pas flétries? Quels vices n'a-t-il pas honorés? Ceux qui le craignent le plus sont ceux qu'il épargne le moins. Il semble se venger des terreurs qu'il inspire. D'ailleurs, il ne blesse à mort que ceux qui courbent la tête : lorsqu'on la porte haute, il ne peut atteindre jusqu'à vous. Ah! ne lui faisons pas une force de notre faiblesse ! Quand il s'agit du bonheur de ma vie, je consulte mon cœur et ne demande pas ce qu'en dira le monde.

LE GÉNÉRAL

Tu as tort, car il faut toujours compter avec lui. Je sais que ses jugements se composent de mensonge et de vérité; mais le temps passe le tout dans son creuset; le mensonge s'évapore, et la vérité reste au fond. Quand une femme est compromise comme madame de Verneuil...

HERMANN

Mon oncle, je vous ai annoncé mes intentions.

LE GÉNÉRAL

Et moi, je t'annonce les miennes. Si tu fais cette folie-là, je ne te revois de ma vie. Tu n'as rien à attendre de moi, et, par conséquent, je n'ai sur toi aucune influence. Fais ce que tu voudras. Je ne suis pas puritain, mais il y a des convenances qu'on doit respecter. On n'épouse pas sa maîtresse, on n'épouse pas une femme <jui s'est affichée pour vous aux yeux de tout Paris. Ainsi, entre elle et moi, tu peux choisir.

HERMANN

Mon choix est fait.

LE GÉNÉRAL

Bonjour, mon garçon. Je te souhaite bien du plaisir. (A part.) Et moi qui avais presque déterminé cette pauvre petite Louise! ... Sacré!... Soyez oncle l

(Il s'éloigne par la gauche.)

Page 1