M QUE DIRA LE MONDE
LE GÉNÉRAL
Tu épouses ta maîtresse?
HERMANN se trouble et reprend vivement.
Madame de Verneuil n'est pas...
LE GÉNÉRAL
Allons donc! Je t'arrête pour t'épargner un mensonge. Si tu as cru que votre liaison était restée secrète ! Personne ne l'ignore, mon garçon. On a l'air de ne pas s'en douter, c'est convenu, c'est très-bien; mais chacun sait au fond à quoi s'en tenir. Et encore si cette liaison ne datait que de son veuvage!... S'il s'agissait ici d'une jeune fille séduite, d'une réparation exigée par l'honneur, je te dirais : Fais ton devoir. Mais madame de Verneuil était engagée à un autre lorsqu'elle s'est donnée à toi, elle a dû prévoir toutes les suites de sa faute, elle n'a pu se flatter d'obtenir un jour une réparation...
HERMANN
Quoi qu'il en soit, je l'épouse. Ce doit être pour chacun un motif de ne point l'outrager devant moi.
LE GÉNÉRAL
Écoute, Hermann. Il ne s'agit pas ici de disputer, mais de raisonner. Tu ne peux douter de mon affection pour toi. Je t'aime comme mon fils. Tu ne songes pas aux conséquences de ce que tu veux faire. Que va-t-on penser? Que dira le monde?
HERMANN
Le monde! Eh! que m'importe ce qu'il dira? Est-ce l'opinion des sots ou des méchants que je dois prendre pour règle de conduite? Je ne relève que de ma conscience. Quand elle est calme, de vains propos ne sauraient la troubler. Esclave du monde, moi? Non, général, je ne le serai jamais. Le monde! Un tel argument m'étonne de votre part. Le monde qui ne nous accorde que des douleurs en échange des sacrifices qu'il nous impose ! Ce que dira le monde? Que ne dit-il pas? Je l'ai vu s'attaquer