AMÉLIE, LE PRINCE
LE PRINCE
Il y a des choses bizarres. De tous les jeunes gens que j'ai rencontrés depuis que je suis à Paris, il n'y en pas qui m'aient inspiré plus de sympathie que M. de Courtenay. J'avais été frappé de la justesse de son esprit, de l'élévation de ses sentiments. Je le lui ai fait comprendre en plus d'une occasion, et cependant M. de Courtenay semble prendre à tâche de m'éviter, que dis-je? il affecte à mon égard une froideur qui tourne â l'impolitesse. Vous venez d'en être témoin.
AMÉLIE
Il était préoccupé. Vous auriez tort de lui en vouloir, il m'a toujours parlé de vous dans les meilleurs termes.
LE PRINCE
Vous m'étonnez, madame. Plus je réfléchis à ce qui vient de se passer, plus je trouve que sa conduite a été blessante pour moi.
Ah!
LE PRINCE
Je lui tends la main en entrant, il évite de la prendre. On s'assied, nous causons. Il ne dit pas un mot, se lève tout à coup et sort en me saluant avec un respect ironique.
AMELIE, commençant à s'inquiéter.
Je vous répète qu'il était très-préoccupé. Je serais au désespoir qu'une simple distraction vous donnât mauvaise opinion de lui.
LE PRINCE
Il est donc distrait toutes les fois qu'il me rencontre? Qu'il y prenne garde ! Je ne suis froid qu'en apparence : il y a du feu sous la glace.
AMÉLIE
Ah! prince, pouvez-vous avoir de pareilles idées! Je ne reconnais point là votre caractère chevaleresque, et je vois que, pour vous apaiser, il faut me résoudre à vous faire une confidence.
LE PRINCE
Laquelle?
AMÉLIE
Les mauvais procédés de M. de Courtenay vous prouvent, au contraire, toute l'estime qu'il a pour vous.
LE PRINCE
Cela me semble assez difficile à comprendre.
AMELIE, avec embarras.
Il est jaloux.
LE PRINCE
De moi? Pour quel motif?
AMÉLIE
Il m'aime et doit m'épouser.
LE PRINCE, feignant l'étonncment.
Lui?