ALEXANDRE, AMÉLIE
AMÉLIE
Asseyez-vous, monsieur, et dites-moi comment se portent vos chevaux.
ALEXANDRE
Bien, je vous remercie. Je crains seulement qu'ils ne prennent froid au commencement de l'hiver.
AMÉLIE
Qu'ils ne s'enrhument.
ALEXANDRE
Oui. C'est pourquoi j'ai fait dire à mon cocher de les promener pendant une heure pour les tenir en haleine.
AMELIE, à part.
Mon Dieu! va-t-il rester une heure?
ALEXANDRE
Une heure! C'est bien peu pour tout ce que j'ai à vous dire. Mais je m'efforcerai d'être bref et de faire entrer beaucoup de sens dans peu de mots.
La concision est un mérite rare aujourd'hui. On ne sait plus faire de romans en un volume.
ALEXANDRE
Vous lisez beaucoup, madame?
AMÉLIE
Je dévore, monsieur.
ALEXANDRE, à part.
C'est une femme littéraire. Soyons nébuleux. [Haut.) Je suis donc enfin parvenu au terme de mes plus brûlantes aspirations! Vous m'avez reçu, madame, admis dans votre précieuse intimité, je suis chez vous en ce moment!
AMÉLIE
Je le crois, monsieur.
ALEXANDRE
J'ai bien longtemps envié cette faveur. Mais, en véritable égoïste, Hermann craignait de partager avec d'autres le bonheur de vous voir et de vous admirer.
AMÉLIE
Oh ! oh ! La jolie phrase! Vous me gâtez, monsieur Legrand.
ALEXANDRE, à part.
Elle m'encourage! Abordons la question. (Haut.) Madame, vous êtes, à mon sentiment, la plus jolie femme de Paris.
AMÉLIE
Je vous suis fort obligée de la bonne opinion que vous avez de moi.
ALEXANDRE, s'animant.
Je suis naïf, moi, madame, je dis les choses comme je les sens, et ne vais point par quatre chemins. Ayant appris qu'Hermann doit se marier...
AMÉLIE
Ah! vous avez appris cela?
ALEXANDRE
Ne m'en parlez pas, c'est une horreur.
AMÉLIE
Comment!...