ACTE IV, SCÈNE IX
ALEXANDRE
Hermannest un faux-frère, un traître au célibat; il a manqué à tous ses engagements, aux engagements les plus sacrés. Se marier ! Quelle fin bourgeoise 1
AMÉLIE
Et vous connaissez sans doute la femme qu'il épouse?
ALEXANDRE
Certainement. Il ne me l'a pas dit, mais je l'ai deviné tout de suite. C'est cette petite jeune fille , deux cent cinquante mille francs, la sœur de son ami Félicien Rimbaut.
AMÉLIE
Quoi!...
ALEXANDRE
Vous l'ignoriez? Il en est amoureux fou. (Amélie tressaille, puis se calme tout à coup et se lève.) J'en ai été indigné. Certes, vous ne méritiez point une pareille injure. Il a perdu tous ses droits à votre affection, et, si je n'étais pas son plus vieil ami, je le lui aurais dit moi-même. (Voyant qu'Amélie reste froide et muette.) Mais vous auriez tort, chère comtesse, de prendre la chose à cœur et de vous désoler. Vous trouverez assez de vengeurs. Quant à moi, rien ne me coûterait pour punir l'ingrat et sécher les pleurs de la victime. Si elle aimait les voyages, je m'attellerais à son char et la conduirais à Constantinople, à Jérusalem, en Amérique. Si elle préférait demeurer à Paris, je lui consacrerais toutes les heures, que dis-je? tous les instants de ma vie. J'ai plus de cent mille livres de rente, des terres magnifiques; je suis garçon, je ne me marierai jamais, et je vous aime, madame, avec toute l'exubérance d'une âme abrupte, avec toute l'ardeur de ces volcans intimes qu'on nomme vulgairement des passions.
(Il perd contenance et sa voix tombe en prononçant ces derniers mots. Amélie, qui le regarde depuis un instant, remonte vers la table et sonne.)