SCÈNE XL
AMÉLIE, puis HERMANN.
AMÉLIE
L'impertinent ! ( Hermann paraît sur le seuil de la porte à gauche.) Vous étiez là?
HERMANN
Oui. Je n'ai pas voulu entrer. Madame Blondeau m'a introduit dans votre chambre, et... j'ai tout entendu.
AMELIE le regarde, puis allant à la porte à droite.
Je n'y suis pour personne. (Elle redescend.) Je conçois que vous soyez irrité, indigné. Je ne le suis pas moins que vous.
Je le crois sans peine.
AMÉLIE
Vous m'en voulez?
HERMANN
Aucunement.
AMÉLIE
Je ne puis empêcher un sot de me faire une déclaration.
HERMANN
Vous pouviez vous dispenser de l'entendre.
AMÉLIE
J'étais si confuse que je n'ai retrouvé mon sang-froid qu'à la fin.
HERMANN
S'il ne s'était arrêté, vous l'écouteriez encore.
AMÉLIE
M. Legrandest de vos amis, vous me l'avez amené vous-même.
HERMAM.
Oui, sans doute, et ce qui me blesse, c'est que mes amis aient une telle opinion de vous...
AMÉLIE
Hermann !
HERMANN
... qu'ils osent vous faire de pareils aveux, et que la femme qui doit porter mon nom soit exposée à de tels outrages.
(Il prend sur la table un couteau à papier dont il frappe sur ses mains en se promenant.)
AMÉLIE
Toutes vos paroles sont cruelles aujourd'hui. La calomnie ne m'a point épargnée, je le sais, mais plus d'une voix s'élève encore pour me défendre.
HERMANN
J'en entends beaucoup qui vous accusent.
AMÉLIE
De quoi? Parlez.
HERMAMN.
Quesais-je, moi? D'imprudence, de légèreté.
AMÉLIE
Est-ce à vous de me rendre responsable des bruits que ma faiblesse a fait naître?
HERMANN
Je ne parle pas du présent, mais du passé.
AMÉLIE
Dupasse?
HERMANN
Laissons cela. J'ai eu grand tort d'entamer cette discussion. Il vaut mieux subir toutes les conséquences de sa position et se taire.