SCÈNE PREMIÈRE
CLAIRE, en toilette de bal; DEUX DOMESTIQUES; UNE FEMME
de chambre; puis FÉLICIEN.
CLAIRE
Dépêchez-vous, Rosine. Pierre, le lustre du salon n'est pas encore allumé. Ces fleurs, là. Bien. Faites tomber ces rideaux. S'il faisait trop chaud, on ouvrirait la porte du balcon.
FELICIEN, mettant ses gants et regardant autour de lui.
Délicieux! parfait! Madame, je vous en fais mon compliment. — Maudit bouton? Veux-tu, ma bonne ? (Elle lui met les boutons de ses gants.) Mais, dis donc, tu as fait ôter notre lit?
Oui, monsieur.
CLAIRE
Et où coucherons-nous ?
CLAIRE
On n'a pas besoin de se coucher quand on reçoit.
FÉLICIEN
Au contraire. J'ai remarqué d'ailleurs, dans les soirées, que
tout le monde s'entasse dans un salon et que tout le reste est vide. — Et ma cravate? Est-elle bien?
CLAIRE
Oui, mon ami. •
FÉLICIEN
Savez-vous, ma femme, que votre toilette est ravissante et que tu es gentille à croquer.
CLAIRE
C'est bon, c'est bon, monsieur. Vous oubliez que je vous eu veux.
FÉLICIEN
Pourquoi?
CLAIRE
Pour votre infernale dissimulation. Ne me prévenir de rien, attendre le dernier moment pour me mettre au courant de cette épouvantable histoire !
FÉLICIEN
Claire!
CLAIRE. ,
Non, il n'y a plus de Claire, il n'y a qu'une femme justement irritée. D'abord si vous m'aviez dit que madame de Verneuil était la maîtresse de M. Hermann, je ne l'aurais jamais reçue.
C'est pour cela que je te l'ai caché, ma bonne.
CLAIRE
Et puis, ne sachant rien, moi, j'ai laissé aller les choses, j'ai entretenu les illusions de ma sœur, j'ai encouragé son amour. FÉLICIEN.
Si tu m'en avais prévenu, j'aurais parlé plus tôt.
CLAIRE
Est-ce qu'on dit ces choses-là aux hommes?