OBSERVATION VI
(Mile Z..., So ans. Hystérie chez une névropathe dégénérée avec pithiatisme, mythomanie et idée de suicide)
Antécédents héréditaires. — Antécédents névropathiques très chargés. Père s’est suicidé dans une crise de mélancolie.
Antécédents personnels. — A toujours été très nerveuse. Affection génito-urinaire ayant duré plusieurs années. Au point de vue mental, a toujours été une mythomane. Orgueilleuse. Confiance absolue en soi, voulant tout mener et tout dirigr Egocentrique.
A la suite d’une blessure d’amour-propre elle reçut un violent choc émotif qui amena des idées de suicide. Elle fit plusieurs tentatives pour se jeter dans une rivière. N'y ayant pas réussi elle résolut de se laisser mourir de faim. Au début ce jeüne volontaire lui fut très dur. Un beau jour elle présenta tout à coup une hémi-anesthésie gauche. En même temps elle prétendit ne plus souffrir du tout de ne pas manger. Nous notons à ce moment-là :
Anorexie absolue. Constipation opiniâtre. Insomnie totale. Hémi-anesthésie gauche. Torpeur intellectuelle.
Pendant un mois cette malade, qui était très surveillée, ne mangea presque rien. Chose curieuse, elle ne maigrit pour ainsi dire pas.
A ce moment le docteur Jourdan entreprit la resensibilisation de la malade par la méthode de Sollier. Il fit d’abord le réveil partiel organe par organe. Au bout d’un mois de traitement, nous constatons que le syndrome hystérique.a disparu. La malade passe plusieurs mois tout à fait bien.
Ho me Toutefois le terrain névropathique n’a pas été modifié. En effet, sous l'influence d’une légère contrariété, cette malade
présenta une paraplégie par auto-suggestion, qui disparut d’ail-.
leurs très vite par simple persuasion. Toutes les années, à la même époque où étaient apparues ses idées de suicide, sa paraplégie et divers autres petits accidents reparaissent. Ils disparaissent toujours par persuasion. Toutefois le même tempérament mythopathique persiste comme au début. Il lui arrive quelquefois de vouloir simuler son syndrome hystérique de l’année précédente et, en particulier, son anorexie. Mais alors qu'à cette époque elle avait pu rester un mois en ne mangeant presque rien et sans maigrir, maintenant, au contraire, dès qu’ell: reste quelques jours sans manger, elle maigrit rapidement.
Remarques. — Cette observation nous semble très importante, car elle nous montre comment des phénomènes de pithyasisme, de mythomanie et d’hystérie, peuvent coexister chez le même malade et s'associer même à des idées de suicide. Le syndrome hystérique est venu se greffer ici sur un terrain fortement névropathique. Chez cette malade nous avons pu suivre l'évolution de ce syndrome hystérique indépendamment des affections pithiatique et mythopathique. Actuellement le terrain antérieur ne s’est pas modifié. Aussi nous croyons que le syndrome hystérique pourra de nouveau réapparaitre du fait de la persistance de ce terrain particulièrement instable.