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pendant sa convalescence la malade ne voulait plus sortir, elle présenta à ce moment de l’hyperexcitabilité musculaire et ne demandait plus qu’à sortir. Cette période d’agitation fut suivie d’une lassitude générale très grande. La malade passait toutes ses journées sur une chaise longue. L’asthénie psychique était parallèle à l’asthénie physique. Jusque là très aimante, très active, elle devint progressivement indifférente et ne s’intéressa plus à rien. En même temps se manifesta un phénomène curieux : un bruit de glouglou semblant avoir pour siège l'estomac. Ce bruit était assez fort pour être entendu par les personnes qui étaient à côté de la malade.
Tous ces troubles ayant d’abord été imputés à la faiblesse générale et l’amaigrissement (la malade avait maigri de 30 kilogs), ce furent contre ces symptômes que portèrent surtout les efforts thérapeutiques. Un spécialiste de l’estomac avait décidé une gastro-entérostomie. Le docteur Bouveret porta le diagnostic de dilatation gastrique aves spasmes rythmés du diaphragme d’origine névropathique. Il conseilla l'isolement. La malade fut alors conduite à Meyzieux où on lui fit faire du repos au lit et de la suralimentation. Très vite l’amaigrissement disparut,: mais sans que l'appétit fut revenu. De retour chez elle la ma-: lade perdit de nouveau son poids et retomba dans son état antérieur. C’est à ce moment qu’elle fut amenée chez le docteur Jourdan pour essayer la restauration de la sensibilité.
À cette époque, le docteur Jourdan note:
« L'aspect de la malade est étrange. Les yeux sont grands ouverts, les pupilles dilatées, immobiles, le visage pâle et sans expression, donnent à l’ensemble de la physionomie un aspect figé. Le ventre est énorme comme celui d’une femme enceinte; chaque mouvement respiratoire est accompagné de contractions spasmodiques du diaphragme qui, portant les fausses côtes presque en contact avec la ligne médiane, refoulent l’abdomen en dehors, exagérant ainsi son volume et produisant un bruit
NT te
de glouglou, assez intense. La peau sèche, brunâtre est le siège d’un psoriasis intense qui a envahi le cuir chevelu où il présente même son maximum d'intensité. Le psotiasis a été rebelle à tout traitement. La sensibilité cutanée est abolie dans tous ses modes, il en est de même de la sensibilité profonde et du sens stéréognostique. [Il suffit de fermer les yeux à la malade pour qu’elle n'ait plus aucune perception tant externe qu'interne. L’'asthénie musculaire est extrême et atteint son maximum au niveau des muscles abdominaux qui semblent avoir disparu. La malade ne peut pas contracter son abdomen qui n’obéit qu’aux contractions du diaphragme; à la palpation l'abdomen donne l'impression d’une masse graisseuse dans laquelle on ne perçoit aucun élément contractile. La malade ne mange pas parce qu'elle n'a pas faim. L’estomac est très dilaté et descend à quatre travers de doigt au-dessous de l’ombilic. Les deux reins sont flottants ; le foie légèrement descendu. La constipation est opiniàtre. Les battements du cœur sont rapides, peu éclatants et provoquent des douleurs; pouls petit, dur, fréquent (110 à 120). Les sécrétions sont taries où peu abondantes; plus de. sueurs, de salive, ni de larmes; urines rares, à peine un demi-litre dans les vingt-quatre heures; les règles durent à peine un jour et sont constituées par un liquide muqueux, à peine teinté de sang. L’amaigrissement est énorme, elle pèse 30 kilogs, alors qu’elle en pesait soixante avant sa fièvre typhoïde. Le sommeil enfin, qui est agité de cauchemars effrayants, ne diffère de la veille que par l’occlusion des yeux. »
Au point de vue psychique et mental, le caractère s’est profondément modifié La malade est indifférente à toutet à tous. Elle ne lit plus et d’ailleurs ne comprend plus ce qu’elle lit. Les caractères se brouillent. Elle vit dans un rêve perpétuel. Toutefois il n’existe aucune altération essentielle des processus mentaux. Elle ne se rappelle pas l’émotion qui a précédé
— 16 — | son état actuel. La malade est profondément persuadée de sou incurabilité.
Un premier traitenient de rééducation motrice, institué par le docteur Jourdan, amena une notable amélioration. L’anesthésie devint moins profonde, l’asthénie musculaire moins prononcée, la nutrition générale meilleure. Toutefois l’appétit ne reparut pas. Sur ces entrefaites une violente contrariété fut l’occasion d’une rechute et tous les symptômes reparurent. Le psoriasis qui s'était très atténué reprit toute son intensité première. SAS
Le traitement de rééducation ne put être repris qu’en octo: bre 1003.
En décembre l'amélioration était déjà très notable. Le bruit gastrique avait disparu. Le poids s'était relevé sensiblement (41 kilogs). Le psoriasis avait presque disparu L’anesthésie avait fait place à de l’hyperesthésie. De plus, le long de la colonne vertébrale, on constatait deux points hyperesthésiques, l’un entre les épaules, l’autre à la région lombaire. A chaque séance, les réactions, liées à la restauration de la sensibilité, étaient très vives et souvent la malade ébauchait de véritables crises. En mars, à la suite d'une crise beaucoup plus longue et plus intense, M.-L... se réveilla complètement après avoir poussé un grand cri. À partir de ce moment tout son aspect changea du tout au tout. Les yeux deviennent brillants. Le visage animé, coloré, plein de vitalité. Elle déclare ne pas connaître le docteur Jourdan et ne s'explique pas comment elle est dans un appartement qu’elle n’a jamais vu. Elle se croit toujours en décembre 1901, convalescente de sa fièvre typhoide. De retour chez elle, elle est incommodée par l’odeur de l’alcool camphré avec lequel on frictionnait ses jambes dans le début de sa convalescence et dont on ne s’est plus servi depuis. Pendant un certain temps. deux personnalités apparaissent en elle: tantôt elle est dans 52 personnalité antérieure à sa fièvre typhoïde, tantôt elle est dans
Sen RARE
l’état postérieur. Peu à peu seulement la progression de la personnalité fut complète, et M.-L.. fut en état de greffer sur sa personnalité présente tous les souvenirs antérieurs.
Cette observation nous paraît absolument caractéristique. Tout d’abord elle nous montre que l'hystérie peut fort bien surgir en dehors de toute prédisposition névropathique antérieure. Une infection générale comme une fièvre typhoide suffit pour préparer le terrain. Autant que l’hérédité, cette cause peut produire cette instabilité des centres cérébraux et médullaires qu: nous croyons être à la base de toute hystérie.
Mais ce facteur ne suffit pas à lui seul. Il faut que l’émotion vienne s'y surajouter pour faire apparaître ce qui jusque là
"n'existait qu'à l’état latent. Il n’est pas nécessaire d’ailleurs que la cause de cette émotion soit très importante. Quelquefois les mobiles les plus futiles déterminent, chez ces prédisposés, des réactions émotives formidables. À partir de ce moment l’équilibre fonctionnel est rompu. Le rôle régulateur de tout le système nerveux et en particulier du cerveau, ne se fait plus normalement. [1 semble que la cellule nerveuse ait subi une sorte de & choc » une sorte d’inhibition, Aussi tous les organes en reçoivent un contre-coup plus où moins violent, Les échanges vitaux sont presque arrêtés ou en tous cas très diminués. Chez M.-L.. nous constatons une hypo-sécrétion et un hypo-fonctionnement général. Deux organes toutefois le manifestent plus particulièrement. Ce sont l'estomac et l'intestin. Deux symptômes en résultent: l’anorexie et la constipation opiniâtre. Les urines sont très diminuées. Les règles sont presque nulles. L’in- somnie est aussi la conséquence de cet hypofonctionnement.
Un des points les plus curieux de cette observation, c’est l'évolution du psoriasis parallèlement à l’évolution de la maladie. Couvrant presque tout le corps quand la maladie était en pleine évolution, il pâlissait et s’atténuait toutes les fois qu'un mieux général se manifestait, pour réapparaitre dès que le
hate mieux cessait. Sa guérison définitive, alors qu’il avait résisté à tous les traitements, montre bien l'unité profonde qui existe entre les différents départements du corps humain et, en particulier, entre le système nerveux et la peau. D'ailleurs l’origine embryologique commune vient à l'appui de mon assertion. Nous remarquons aussi que, conformément à la loi établie par Sollier, l’anesthésie ne S’'est pas installée d'emblée, mais qu'elle a été précédée par une phase d’hyperexcitabilité musculaire.
L'anesthésie et l’endormissement des centres cérébraux ne sont venus qu'après les réactions si bien décrites par Solier. Tout d’abord il y a eu un réveil organique. Le réveil psychique n’est venu qu'après. La régression de la personnalité s’est présentée spontanément, au moment où le docteur Jourdan s’y attendait le moins. Il ne s’agit donc pas de suggestion, mais bien d’un phénomène physiologique lié au réveil des centres cérébraux. D'ailleurs ce qui écarte complètement l’hypothèse de la suggestion ce sont les modifications profondes de tout l'organisme à la suite du réveil. Toutes les sécrétions, qui avaient presque disparu depuis le début de la maladie, reparurent. Les règles, l’urine, la salive, la transpiration, redevinrent normales. Les cheveux qui avaient été coupés au moment de la fièvre typhoide et qui n'avaient presque pas repoussé pendant toute la maladie, se développèrent très rapidement. Il semble que tous les phénomènes vitaux, qui avaient été momentanément arrêtés, reprennent avec une vigueur nouvelle. Nous croyons que toutes les glandes internes ont un centre trophique régulateur dans 1: cerveau. Ce centre est susceptible d’être modifié par une infection générale, ou même simplement par une très forte émotion. Cette modification a un retentissement profond sur tout l’organisme. Cette hypothèse nous explique l'insuffisance des traitements locaux quels qu’ils soient. Ceux-ci ne peuvent être que
| he de légers palliatifs. Seul un traitement général peut agir avec quelques chances de succès.