SCÈNE III Les Mêmes, MAUBERT
MAUBERT, entrant de dos parla gauche ot parlant à la cantonade.
La prochaine fois je vous flanquerai mon pied quelque part, et ça ne traînera pas, nom de Dieu. (Apercevant madame Pantois.) Oh! pardon... chère madame.
MADAME PANTOIS
A qui en avez-vous?
MAUBERT
A cette dinde de bonne qui m'apporte de l'eau glacée pour ma barbe. Je me suis peut-être un peu emporté!
MADAME PANTOIS
J'en ai peur. Vous êtes mal disposé?
Moi? pas le moins du monde.
SUZANNE
Tiens! Tu m'avais dit...
MAUBERT, s'asseyant dans le fauteuil.
Oui... j'oubliais... En effet, je suis assez souffrant... malade même ; aussi je suis resté à la maison.
MADAME PANTOIS
Il paraît que vous avez mal dormi, que vous avez réveillé votre femme !
MAUBERT, riant.
Allons donc! J'ai un sommeil d'enfant!
SUZANNE
N'empêche qu'au milieu de la nuit tu t'es dressé tout debout en chemise, sur le lit... J'ai eu assez peur!... Et tu as parlé tout haut!
MAUBERT, vivement.
J'ai parlé tout haut ! Distinctement ! Qu'est-ce que j'ai dit?
SUZANNE
Tu as crié d'une voix terrible : « Vous aurez de mes nouvelles, monsieur! » et tu t'es mis à agiter les bras comme
ça! (Elle fait mine de ferrailler.)
C'est tout!
SUZANNE
C'est tout... Tu t'es recouché.
MAUBERT, rassuré.
Ah ! (A madame Pantois.) Est-ce bête, leS rêvCS ? MADAME PANTOIS
On prétend qu'ils annoncent l'avenir.
MAUBERT, passant à gauche.
Qaelle sottise! En tout cas, je ne me souviens de rien. (Hésitant.) 11 n'est veuu personne pour moi?
SUZANNE
Personne. Tu attends donc une visite?
MAUBERT
Non... je dis ça pour dire quelque chose (Fâché.) Je ne peux pas demander ça?
SUZANNE, effrayée. -
Si. . si..» pardonne-moi.
MAUBERT
Je suis énervé. (Hésitant.) A propos, je sortirai tantôt de bonne heure, (n remonte.)
SUZANNE
Mais... puisque tu es souffrant.
MAUBERT
Le grand air me fera du bien.
Il serait plus sage de ne pas sortir, si vous désirez mon avis.
MAUBERT, sec.
Je ne le désire pas. (a sa femme.) Je t'assure que ça me
remettra. J'ai une affaire très importante à traiter dans la banlieue.
SUZANNE
Ton associé te remplacera.
MAUBERT
Il ne saurait pas me remplacer. Il n'est pas au courant.
MADAME PANTOIS
Ton mari a raison. Toutefois tu peux l'accompagner.
SUZANNE, joyeuse allant à son mari.
C'est ça, emmène-moi.
MAUBERT, à madame rautois;.
Bon! Autre chose! Vous aviez besoin de lui fourrer cette idée dans la tête! (a Suzanne.) Les petites filles n'accompagnent pas les messieurs quand ils ont à causer sérieusement. C'est compris !
MADAME PANTOIS, à Suzanne.
Ne le contrarie pas !
SUZANNE, à Maubert.
C'est bon. Vous sortirez seul. Embrasse-moi tout de même.
Je t'ai brusquée, mon petit? (ii iv-mbiasse.) Au fond, je t'aime ]){en, tu sais... on ne m'en veut plus?
SUZANNE On t'en redemande ! (ils s'embi-issent. — Adèle entre.)