SCÈNE IV MAUBERT, FLINGAULT, FANNY
MAUBKRT, venu par la droite s'asseyant devant FHngault, après avoîr salué la caissière.
Bonjour, vieille fripouille , la santé se maintient?
FLINGAULT
Confortablement. Et chez toi, ta femme ?
MAUBERT
Elle est comme moi^ elle prend la vie du bon côté. Garçon I (Fanny vient doucement par la droite, se poster derrière Maubert.) FANNY, lui cachant les yeux.
Coucou! Qui est-ce ?
MAUBERT
Fanny ! •
FANNY
Tu as deviné ! A quoi ?
MAUBERT, lui serrant les nvuns.
Au parfum.
FLINGAULT
Comment, après six mois, tu te rappelles ces choses-là?
FANNY
C'est vrai, il y a six mois que tu es marié. Voyons si tu as changé. Lève-toi !
MAUBERT, se levant.
Vérifie l'individu : il n'a pas bougé d'une ligne.
FANNY
Mon chien, tu engraisses !
MAUBERT
Pfu! Moi, engraisser!
FANNY
Oui, tu engraisses! (à Fiingauit.) Ça les embête quand on leur dit qu'ils engraissent! (à Maubert.) Tu prends du ventre, tu bâtis sur le devant.
MAUBERT, se rassied.
11 vaut mieux entendre ça que d'être sourd.
FANNY
Faut te surveiller, ne pas boire en mangeant, marcher beaucoup.
FLINGAULT
Laisse-le donc en paix, (à Maubert) Qu'est-ce que tu
prends? (Frappe sur la table.)
MAUBERT, à Francis.
Un quinquina.
FRANCIS, s'éloignant.
Un quinquina, un !
FANNY
Et tu es toujours heureux en ménage ?
On ne peut plus heureux; je ne sors pas ; je reste chez moi.
FANNY
Hein? Elle te tient, ta femme; t'avais-je assez averti, avant! J'étais sûre que cette petite femme-là te serrerait la vis.
Elle ne me serre pas la vis ; je reste chez moi parce que ça me fait plaisir.
FANNY
Ouiche, prends garde ! Elle ne te permet pas de sortir ; plus de liberté! Elle te défend même de recevoir tes amis. Flingaultme racontait tout à l'heure...
FLINGAULT, fîiché.
Je ne t'ai rien raconté du tout : en voilà, des inventions !
MAUBERT
Je serais libre si je voulais ; mais j'aime ma femme, je suis content d'être près d'elle et de lui obéir.
FANNY
On dit ça pour se consoler. Avoue donc qu'elle te mène par le bout du nez.
MAUBER r
Je l'avoue ; moi je suis très faible avec les femmes que j'aime.
FANNY
Ça c'est vrai ! On fait de toi tout ce qu'on veut.
FLINGAULT
A la bonne heure ! parlons d'autre chose. J'avais une demande à t'adresser...
MAliBERT
On n'imagine pas comme je suis tranquille entre ma femme et sa mère.
FANNY, rimt.
Tu cohabites avec ta belle-mère? Ah ! t'es complétai intérieur I
FLINGAULT, désolé.
Voyons, Fanny.
MAUBERT
Laisse-la donc ; elle s'amuse.
IG QUE SUZANNE n'eN SACHE RIEN
FA NX Y
Toi qui ne voulais pas voir maman en face!
MAUBERT
Il y a une nuance! Ma belle-môre est une brave femme.
FANNY
Tandis que maman, c'est une chipie alors ? Merci pour elle.
Les voilà partis! Allez donc causer sérieusement, maintenant!
MAUBERT
Et toi, es-tu heureuse ?
FANNY
Très heureuse ; J'ai tout ce que que je désire ; ça me change du temps où j'étais avec toi.
MAUBERT
Un modeste architecte ne peut donner que ce qu il a,
FANNY
M. Bozon, lui, est millionnaire; il raffole de moi!
MAUBERT
Il a du goût cet homme. Tu n'as pas peur qu'il te quitte
pour se marier?
FÙNGAULT
Pas de danger : il est marié.
FANNY
Avec une femme très laide; elle l'adore, figure-toi.
IMAUBEUT
Il est beau ?
FANNY
Très laid, dans ton genre, en plus mal. Elle l'aime comme ça.
Tous les goûts sont dans la nature.
OUE SUZANNE n'eN SACHE RIEN 17
MAUBERT
Et tu lui as tourné la tête à cet homme?
FANNY
Ah! jet'écouto.
MAUBERT
Il est jaloux !
FLINGAULT
Comme un curé !
MAUBERT, à Flingault.
Tu le connais donc?
FLINGAULT
Je dîne avec lui chez Fanny... Oh, oui, il est jaloux ! Même de moi.
FANNY
Mon vieux, à dîner, il jette son rond de serviette par terre toutes les deux minutes, histoire de se baisser pour voir si on me fait du pied sous la table ; il ouvre mes lettres ; il me file dans la rue.
MAUBERT
Et il ne trouve jamais rien ?
FANNY
Pas ça; je suis trop maligne pour compromettre ma position, (ici on voit entrer M. Bozon qui épie le groupe et va s'asseoir à une table du deuxième plan k gauche. )