‹ Que Suzanne n'en sache rien; comédie en trois actesChapitre 7 sur 38 · SCÈNE V Les Mêmes, M. BOZON · texte numérisé non relu

SCÈNE V Les Mêmes, M. BOZON

FRANCIS, à Bozon.

Monsieur désire?

BOZON, tragique, ù demi-voix.

Un quinquina... Dites donc...

FLINGAULT

Mon bon, j'ai un service à te demander.

MAUBERT, occupé avec Fanny.

Attends une minute.. .

BOZON, à Francis.

Il y a longtemps que ces personnes sont là?

FRANCIS

Une demi-heure environ.

BOZON, amer.

Ah! ah!

FLINGAULT, à Maubert.

Il s'agit de quelques louis.

MAUBERT, comme plus haut.

Oh! que tu es crampon quand tu t'y mets; tu ne vois pas que je suis occupé !

BOZON, à Francis.

Et le maigre c'est M. Maubert, l'ancien amant de cette dame, n'est-ce pas?

FRANCIS

Oui. Monsieur voudrait leur parler?

BOZON, vivement.

Non.

FLINGAULT, vexé à Maubert.

Oh! la, la! Pelotage printanier.

BOZON, à Francis.

Ils viennent se retrouver ici tous les jours, hein?

FRANCIS, sèchement.

Je l'ignore. (S'en allant par le devant de la scène.) Ça c'est un

mouchard qui veut me tirer les vers du nez (a lo cantonade.)

Un quinquina, un! (On sert Bozon qui prend le Figaro en guiso d'écran.)

MAUBERT, regardant Fanny.

Cette bonne Fanny ; ça me fait plaisir de la revoir!

FLINGAULT, î\ Maubert.

Dis donc... j'avais quelque chose à te demander.

MAUBERT

Plus tard! (a Fanny.) Tu n'as pas changé ; tues toujours jolie.

FANNY

Moi aussi, ça me fait plaisir de te revoir ; on s'est quitté gentiment.

MAUBERT

On n'a rien à se reprocher. Nous avons eu de bonnes heures, ensemble.

FANNY

Cristi, oui, je le disais à Flingault, avant ton arrivée.

MAUBERT

Ça ne s'oublie pas ces choses-là; j'y songe plus souvent que je ne devrais.

FANNY

Et moi, donc ! (Elle lui prend la main.) Ah ! Léon, pourquoi t'es-tu marié ! (Soupir.)

FLINGAULT, se tournant vers le public.

Je crois que je commence à être de trop. (Bozon rampe ave

sou quinquina et sou journal écran jusqu'à derrière le groupe.) MAUBERT

Ma petite Fanny, — - ma petite Fanny !

FANNY

Quand tu me faisais cesyeux-là... ça me retournait.. . tu le savais bien, hein ?

MAUBERT

Un peu.

FANNY

Tu ne vaux pas cher, brigand. C'est drôle... jai une envie, mais là une grande envie de t'embrasser.

MAUBERT

Vrai de vrai?

FANNY

Vrai de vrai.

FLINGAULT

Je suis de plus en plus de trop !

FANNY

Tu ne peux pas me refuser ça ; on ne le rapportera pas à ta femme.

MAUBERT

Passe-t-en l'envie, ma fille.

FANNY Une fois., deux fois... Adjugé. (Elle l'embrasso.) BOZON, surgissant entre les paletots derrière elle.

Ne te gêne pas !

FLINGAULT, se sauvant à gauche, premier plan.

Sacrelotte... M. Bozon!

FANNY, se sauvant au bout de la scène à la table de gauclio, premier plan.

Pincée!

BOZON, la suivant pas à pas.

Oh ! je t'y prends enfin, petite misérable! Quand je te le disais que je t'y prendrais ; je t'ai suivie, je t'ai vue entrer ici, et depuis dix minutes je te guette. Tu ne t'en doutais guère, n'est-ce pas ? gourgandine ! Maintenant, il n'y a pas d'erreur, je suis renseigné. Menteuse.

FANNY, repassant à gauclie.

Voyons, Albert, il y a du monde, ne crie pas comme ça.

BOZON, élevant la voix.

Et quand il y aurait cent mille personnes ! Je crierai si je veux, je crierai que tu es une menteuse, une hypocrite, la dernière des dernières.

FANNY

Tais-toi donc, tu nous affiches.

BOZON

Ça m'est égal. Ah ! tu me trompes ! Petite gueuse, petite misérable !

QUE SUZANNE n'EN SACHE RIEN ±i

MAUBERT, s'avançant en scène menaçant.

Monsieur, en voilà assez; je vous prie de vous tuiic;.

BOZON, le toisant.

Qui est-ce qui vous parle, à vous?

MAUBERT

Moi je vous parle.

FLliNGAULT, s'iuterposant.

Léon, reste tranquille... je t'en conjure.

BOZON

Je ne vous connais pas ; c'est à cette grue que je m'adresse.

MAUBERT

Vous oubliez que madame était avec moi.

BOZON

C'est fichtre bien ce que je lui reproche. Et puis de quoi vous mêlez-vous, d'abord?

MAUBERT

Je ne laisserai jamais maltraiter une femme devant moi.

BOZON

Je la maltraiterai si ça me plaît.

MAUBERT

Je vous le défends !

FLINGAULT, le retenant.

Léon, ça ne te regarde pas...

BOZON, furieux.

Vous me le défendez?

FANN ï-

Albert... calme-toi.

BOZON, le repoussant.

Arrière! (a Maubert.) Vous me le défendez? Ila^ ha! (à hausse les épaules.) Tenez, voilà l'efTet que vous me produisez!

Touchez-y donc, pour voir, malotru 1

BOZON Malotru? Attrape 1 (II prend un porte-allumettes, le jette sur Haubert qui esquive le coup; le porte-allumettes va briser la glace du comptoir à droite.)

MAUBERT, sautant sur Bozon.

Réponse payée. ( nie gifle; vive émotion; on retient Bozon.)

BOZON, se débattant dans les bras de Francis.

J'en mangerai... j'en mangerai.

FRANCIS

Allez-vous-en !

BOZON

Lâchez-moi... je veux en manger.

FRANCIS

C'est une maison bien tenue ici ..on ne tolère pas les pochards.

BOZON, jetant sa carte à Maubcrt.

Voici ma carte... donnez-moi la vôtre si vous n'êtes pas un lâche !

MAUBERT, tendant sa carte à Francis .

Passez mon adresse à monsieur.

BOZON, s'en allant par la gauche devant Francis.

Monsieur, demain, vous aurez de mes nouvelles.

MAUBERT

J'espère qu'elles seront meilleures. (Bozon sort suivi de la

figuration.)

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