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[aosseLin] QUÉBEC EN 1730 49
divorce—celui-là bien cruel et amer—que prit fin son union, autrement plus glorieuse encore, avec le grand Napoléon.
Je reviens à notre gouverneur,
Homme de paix, comme tous les militaires de grande valeur, il était à la fois doux, conciliant et ferme : son caractère se révèle tout entier dans le discours qu'il prononça, ou plutôt qu'il fit lire par son secrétaire,’ au conseil, dans la séance du 8 mars 1728, pour mettre fin aux empiètements de ce tribunal dans les affaires ecclésiastiques. Je cite ici cette pièce, qui, je crois, n'a pas encore été publiée :
“Nous avons vu, messieurs, avec un extrême déplaisir ce qui s'est passé en cette colonie depuis la perte qu'elle a fuite de M, l'évêque de Québec. Nous avons été très surpris d'apprendre par des voies indirectes que le conseil supérieur de cette ville se fût attribué le droit de connaître et décider souverainement de matières d'autant plus délicates et dangereuses qu'elles intéressent tout le corps ecclésiastique de ce pays, sans avoir su de nous, qui occupons pour le roi la première place de cette compagnie, quel est notre sentiment sur la conduite qu’elle avait à tenir, et sur les mesures qu'il convenait prendre dans une affaire de cette im portance,
Le conseil ne peut ignorer les ordres de Sa Majesté, qui y ont été enregistrés, par lesquels il lui est défendu de faire aucuns règlements généraux qu'en présence du gouverneur et de l’intendant. Nous avions lieu G? nous flatter que dans des matières aussi importantes et aussi extraordinaires que le sont celles dont il est question, il n'aurait pas pris de:: résolutions aussi vives que celles qu'il a prises, sans nous avoir auparavant demandé notre avis.
“ Nous espérions aussi que cette compagnie, informée du mauvais efiet que ses arrêts multipliés faisaient duns tous les esprits, se porteruit à cesser ses poursuites, et à attendre la décision de Sa Majesté sur des matières aussi douteuses et aussi contestées, ainsi que le conseil supérieur a fait, du temps ‘de nos prédécesseurs, dans des affaires moins importantes et moins délicates,
“ Cette compagnie si sage, si soumise aux ordres du roi, voudrait-elle aujourd’hui les ignorer, pour nous ôter la connaissance du parti qu'elle & pris de continuer ses procédures, et de soutenir un ouvrage qu'elle se repent peut-êvre d’avoir commencé ?
“ Enfin, nous apprenons que lundi dernier, premier de ce mois, elle a rendu un arrêt contre le sieur Boulard, curé de Québec, que le chap re de cette ville a nommé vicaire général de ce diocèse, et que cet arrêt, qui
1 La Légende de Joséphine, par M. de Lanzac de Laborie, dans le Correspondant du 10 février 1899, p. 475.
2 D'Ailleboût des Musseaux. Il avait un frère ecclésiastique, que je vois marqué à 102 livres, dans la liste de ‘‘ Distribution des grâces du roi” pour 1730. J'y vois aussi deux autres ecclésiastiques, l'abbé Martel, 73 livres, l’abbé de Falaise, 201. Sec. I, 1899, 4
ne tend pas moins qu'à attenter à la personne du sieur Boulard, jette un trouble général dans lu colonie, et y excite des murmures dont nous ne sentons que trop les dangereuses conséquences, Et comme il est de notre devoir de prévenir les suites fâcheuses qui peuvent s'en suivre, et d'employer à cet effet toute l'autorité qu'il a plu à Sa Majesté de nous confier, pour arrêter le cours d'une procédure si contraire au repos public et au bien de la colonie, nous défendons de la part du roi aux officiers du conseil supérieur de Québec de recevoir dès à présent aucune requête ou réquisitoire, ni aucunes réponses de la part des parties citées, et de rendre directement où indirectement aucun arrêt sur les matières en question ; et nous suspendons, de la même autorité, l'exécution de toutes ordonnances ou arrêts ci-devant rendus sur cette matière, jusqu'à ce qu'il ait plu à Sa Majesté d'en ordonner, Défendons pareillement au greflier d'en écrire et expédier, et aux huissiers, archers, ou autres, d'en signifier, publier, ni aficher aucuns de ceux qui ont été ci-devant rendus à ce sujet, sous peine de désobéissance,
“ Nous imposons silence sur toutes ces matières au sieur de Lanouiller, conseiller, faisant les fonctions de procureur général depuis le décès du sieur Collet, jusqu'à ce qu'il ait plu à Sa Majesté de faire savoir ses intentions sur le tout,
“ Voulons que notre présent ordre soit porté au conseil supérieur au premier jour d'assemblée, pour y être lu par un de nos secrétaires, à haute et intelligible voix, et ensuite publié à son de tambour !, et affiché en tous lieux où besoin sera, tant dans cette ville qu'en celles des Trois-Rivières et de Montréal, et partout ailleurs où nous le jugerons nécessaire, à ce que personne ne prétende cause d'ignorance.”
On remarque que, dans ce discours, le gouverneur ne nomme pas une
) seule fois ‘intendant ; il ne s'adresse directement qu'au conseil, C'était faire preu. de beaucoup de tact : il était important que les deux représentants de l'autorité royale au Canada ne parussent pas divisés entre eux.
L'intendant Dupuy n'avait pas ce tact ; et l’on ne saurait s’imaginer combien le gouverneur eut à souffrir de ses prétentions excessives durant les deux années qu'il eut à passer avec lui. Il ne s’en plaignait cependant qu'à la cour :
“Il n'est pas trop aisé, écrit-il un jour, de pouvoir vivre avec un homme d’une hauteur qui passe l'imagination .... C’est un homme absolument hors de sa sphère. . . .”
‘Je suis bien fâché, écrit-il encore, que M. Dupuy me donne si souvent occasion de vous faire des plaintes contre lui. ... La trop grande facilité qu'il a d'écouter tous les discours que ses prétendus amis lui tiennent, et qu'il croit comme articles de foi, fait qu'il est le jouet de tous les mauvais
1 L'ordre de Beauharnais fut en effet publié ‘‘ au son des tambours des troupes ”, et aux acclamations de ‘‘ Vive le roi! Vive Beauharnois! ” (£dits et Ordonnances
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esprits du pays. ... Si je suivais pied à pied M, Dupuy sur tout ce qu'il entreprend, je n'en finirais jamais, Ce serait dissensions continuelles. , .
Il ajoute encore une autre fois : “M, Dupuy fait en ce pays-ci le général, l’évêque et l'intendant, Il en donne tous les jours des preuves. ... [ n'y à personne qui n'y perde son latin. C'est un homme impraticable, si jamais il y en a eu un, Il suffit que je dise blanc pour qu'il dise not. .
M. de Beauharnais se sentit soulagé, lorsque la cour rappela Dupuy dans l'été de 1728, Il écrivit le 9 octobre au ministre : ‘Je ne saurais que très imparfaitement vous exprimer le service important que vous avez rendu à toute la colonie par la révocation de M. Dupuy.”
Dupuy fut remplacé par M. Hocquart, qui exerça les fonctions d'intendant jusqu'en 1748, c'est-à-dire tout le temps de l'administration de M. de Beauharnais. Alors commença une ère de paix et d'entente entre les autorités coloniales qui avait été presque inouïe jusque-là. M. Hocquart écrivait en 1730 :
‘La paix et la tranquillité règnent ici plus qu'elles n'y ont jamais été. L'intelligence est parfaite entre M. le général, M. l’évêque et moi, et nous sommes persuadés qu'elle est nécessaire pour l'intérêt du roi et celui de la colonie,”
Quelques mois plus tard, le gouverneur s’associait à l’intendant pour dire à la cour les bons effets de l'union qui existait entre eux :
“ Nous avons toujours concouru, autant qu'il a dépendu de nous, à entretenir la paix et l'union dans tous les corps de la colonie, et nous avons pris toutes les voies de conciliation pour étouffer les semences d’animosité et de division, Nous avons la satisfaction de voir que la paix et la tranquillité règnent dans tous les états séculiers.”
La supérieure de l'hôpital général faisait un jour l'éloge de l'esprit de conciliation de M. de Beauharnais :
“Notre communauté, disait-eile, à eu beaucoup à souffrir, depuis le décès de Mf de Saint-Vallier, des contradictions et des interdits sans droit et sans cause que des personnes mal disposées injustement contre feu MF" de Saint-Vallier nous ont suscités pour détruire, s'il leur avait été possible, son ouvrage.
“Cette communauté, aflligée au delà de toute expression, a eu le bonheur que M. de Beauharnais, comme un bon père plein de charité, s'est donné toutes les peines imaginables pour fai esser ces troubles, et pour donner la tranquillité à cette maison, que es intrigues avaient désunie, en révoltant cinq de nos religieuses et « »# autorisant dans la désobéis. sance à leur supérieure, , . .”!
Le gouverneur et l’intendant s + orçaient aussi de rétablir l'union
! Lettre de la sœur Saint-Augustin, supérieure de l'hôpital général, au ministre Quebec, 4 novembre 1728 C"A£e 356 - détée du #oct.
dans le clergé; mais ils rencontraient souvent plus d’un obstacle! Ecrivant au ministre en 1733 :
“ De nouvelles représentations, disaient-ils, ont été faites à Sa Majesté par le chapitre de Québec au sujet de ce qui a eu lieu pendant la vacance du siège. Nous avons expliqué à ce chapitre que c’est l'intention de Sa Majesté qu'il ne soit plus parlé de ce qui s’est passé dans cette occasion, et que ie tout soit regardé comme non avenu. Depuis ces temps de troubles et de division, notre conduite n’a tendu qu’à rétablir et à maintenir la paix dans le clergé, et nous tiendrons la main à ce qu’elle ne soit pas troublée ; nous y donnerons tous nos soins,”
M. de Beauharnais s'appliqua aussi, tout le temps de son administration, à maintenir la discipline militaire parmi les soldats, Il aurait voulu qu'on leur bâtit de bonnes casernes, et qu'ils y fissent régulièrement leur séjour. Il écrit un jour au ministre :
“ J'ai pris la liberté de vous faire observer plusieurs fois que le moyen le plus sûr pour maintenir une exacte discipline et contenir les soldats, c'est d'avoir des casernes, parce qu’étant logés chez les habitants ils mangent ensemble ce qu'ils peuvent gagner de part et d'autre, et s'enivrent le plus souvent ; à quoi les officiers ne peuvent remédier, La plupart vont travailler aux forges de Saint-Maurice, ou dans les côtes, et sont employés aux travaux du roi: ce qui contribue encore à les déranger ; et c’est ce qu'on ne peut éviter, . ..”
En travaillant ainsi à maintenir partout la paix, l'union, la discipline, M. de Beauharnais ne pouvait contenter tout le monde. Il y eut des plaintes injustes adressées contre lui à la cour. Dans ces occasions, on est souvent obligé, même contre ses goûts, de faire son propre éloge :
[1 faut, écrit-il à son tour, qu'il y ait bien de l'iniquité dans ce pays-ci, de la part d’un certain nombre de personnes, connues pour telles, pour avoir mandé choses qui ne sont point, et que j'ai su avoir été jusqu'à vous. Tout le Canada devrait chanter mes louanges, surtout les personnes en question, pour le bien que j'y fais tous les jours. Je devrais y être regardé comme un homme sans défaut, par conséquent irréprochable, n'y ayant rien absolument à pouvoir redire sur ma conduite, et encore moins à rectifier. J'espère que M. Mesnard, qui m'en a écrit, vous fera part de ma réponse à ce sujet. Je suis un vieux militaire, d'âge à savoir ne pas donner prise sur moi. Je ne cherche d'ailleurs qu’à vous plaire, et à vous faire ma Cour. . . .”
Durant son administration, la colonie resta généralement en paix avec les sauvages. Les Renards seuls, qui se montraient encore insoumis, ayant voulu faire de l'agitation dans la région du iac Michigan, le gou-
1 Les divisions fâcheuses qui avaient éclaté à la suite de la mort de Mgr de Saint-Vallier commençaient à peine à s’effacer, qu'une ordonnance royale venait répandre le malaise dans le clergé canadien, auquel elle enlevait un de ses privilèges. Je parlerai peut-être, dans une autre occasion, de cet incident et de ce qui y donna lieu.
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verneur expédia contre eux M. de Lignery, avec quelques centaines de sauvages amis et de braves Canadiens, qui les firent rentrer dans l’ordre et leur apprirent à respecter le nom français.
Ce nom était désormais connu et acclamé jusque dans l'extrême Ouest : Gauthier de la Vérandrye venait de se rendre jusqu'aux montagnes Rocheuses (1743). Pour mener à bonne fin ce grand voyage d'exploration, il lui avait fallu tout l'appui et l'encouragement du gouverneur de la colonie, M. de Beauharnais. Leurs noms ne doivent pas être séparés dans l’histoire de cette expédition si aventureuse et si hardie,
L'un des derniers actes administratifs de M. de Beauharnais fut en faveur d'une institution de charité. Quelques semaines seulement avant son départ du Canada, il s’associait à l’évêque et à l'intendant de la colonie pour confier à la vénérable d'Youville, la direction de l'hôpital général de Villemarie,! fondé un demi-siècle auparavant par les frères Charron, Il contribua ainsi à donner une nouvelle vie à cette institution, qui à toujours été depuis l’une dés plus bienfaisantes du Canada.
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Nul n'était plus digne que M. Hocquart de partager avec M. de Beauharnais le gouvernement de la colonie : et, comme je l'ai déjà dit, jamais gouverneur et intendant ne s’entendirent mieux pour la « irection
des affaires. Hocquart a été l’émule de Talon, comme intendant du Canada: son administration fut sage, vigilante, bien remplie. On ne compte pas moins de cent cinquante ordonnances ou jugements qu'il rendit, la plupart d’un intérêt général et ayant pour but le progrès et l'avancement de la colonie,
Sous son impulsion, le pays se développa, et les seigneuries se peuplèrent de colons actifs et industrieux ; l'agriculture, encouragée, prit de l'essor : on sortit de la routine, et au lieu de ne semer que les grains ordinaires, on s’appliqua à cultiver aussi le chanvre et le tabac, La culture du tabac, surtout, prit à cette époque des proportions considérables : Hocquart donnait lui-même l'exemple : il écrit au ministre:
‘Pour déterminer l'habitant À entreprendre des cultures de tabac, J'ai commencé à leur en montrer l'exemple. Je n'ai pas lieu d’être mécontent des premiers essais que j'ai fait faire cette année à Chambly, à Beauport, et dans une partie du terrain du palais. J'en ai eu environ trente mille pieds. Celui qui a été bien soigné et que j'ai pu visiter de temps en temps a parfaitement mûri et produit des feuilles de 30 pouces de longueur sur 30 de largeur, Je compte prendre des mesures cet hiver pour faire un essai plus considérable, et engager quelques particuliers à faire de même. . ..”
Avant lui, il n'y avait pas encore de chemin de voitures continu de Québec à Montréal. Dupuy s'en plaignait en 1727, et écrivait au mi-
l Edits et Ordonnances, t. IT, p. 391.
nistre : ‘ C’est une grande incommodité, et un obstacle à l'établissement de la colonie.”
En 1735, le grand voyer Lanouiller de Boisclair, efficacement secondé et dirigé par l’intendant Hocquart, pouvait écrire à la cour :
‘Les chemins sont faits présentement de façon que les voitures peuvent rouler d’une côte à une autre, J'ai descendu cette année au mois d'août dernier en chaise en quatre jours et demi de Monttéal à Québec.”
Il n’y avait pas encore de ponts sur les rivières: on les traversait en bac, mais à des taux modérés, qui avaient été réglés par l’intendant.!
De tous côtés, de belles églises, de confortables presbytères se construisaient sous les auspices de M. Hocquart, qui veillait à ce que chaque habitant payât fidèlement ‘sa quote-part ”.?
De sages règlements pourvoyaient à l'alignement des édifices et des rues dans les villes, au maintien du bon ordre, à l'éloignement de tous les dangers publics.
Jamais intendant ne s'appliqua mieux à ses fonctions, ni ne s'attacha davantage à la colonie, Aucun n'a mieux connu le caractère des Canadiens et ne leur a mieux rendu justice. Le portrait qu'il en a laissé est encore vivant ; et la plupart des traits se reconnaissent dans nos populations canadiennes-françaises :
“ Les Canadiens, écrit M. Hocquart, sont naturellement grands, bien faits, d’un tempérament vigoureux, Comme les arts n'y sont point gênés par des métiers, et que dans les commencements de l'établissement de la colonie les ouvriers étaient rares, la nécessité les a rendus industrieux de génération en génération, Les habitants des campagnes manient tous adroitement Ia hache. Ils font eux-mêmes la plupart des ustensiles de labourage, bâtissent leurs maisons, leurs granges. Plusieurs sont tisserands, font de grosse toile et des étottes qu'ils appellent droguet, dont ils se servent pour se vêvir, eux et leur famille. [ls aiment la distinction et les caresses, sont extrêmement sensibles au mépris et aux moindres punitions, Ils sont intéressés, vindicatifs, sont sujets à l’ivrognerie, font un grand usage d'eau-de-vie, passent pour n'êtfe pas véridiques.
‘ Ce portrait convient au plus grand nombre, particulièrement aux gens de la campagne, Ceux des villes sont moins vicieux. Tous sont attachés à la religion. On voit peu de scélérats. Ils sont volages, ont trop bonne opinion d'eux-mêmes, ce qui les empêche de réussir, comme ils pourraient le faire duns les arts, l’agriculture et le commerce. Joignons à cela l’oisivité, à laquelle la longueur et la rigueur de l'hiver donnent occasion. Ils aiment la chasse, la navigation, les voyages, et n'ont point l'air grossier et rustique de nos paysans de France® Ils sont communé-
1 Edits et Ordonnances, t, IT, p. 366.
2 Jbid., t. III, passim.
3 C'est absolument la remarque que faisait, lui aussi, Charlevoix, comme on l'a vu plus haut.
[aosseLin] QUÉBEC EN 1730 85
ment assez souples lorsqu'on les pique d'honneur et qu'on les gouverne avec justice ; mais ils sont naturellement indociles, . ..
“ Toute l'éducation que reçoivent les enfants d'officiers et des gentilshommes se borne à très peu de chose : à peine savent-ils lire et écrire ; ils ignorent les premiers éléments de la géographie, de l'histoire. Il serait bien à désirer qu'ils fussent plus instruits. . ..
‘“ Les Canadiennes sont spirituelles, ce qui leur donne de la supériorité sur les hommes dans presque tous les états. Les gens de la campagne n'entreprennent et ne concluent rien de quelque conséquence sans leur avis et leur approbation. Beaucoup de femmes de négociants gouvernent les affaires de commerce de leurs maris; ces dernières, pour la plupart, ne sont que peu ou point distraites par le jeu et les autres amusements. Les femmes d'officiers, en général, aiment la dissipation ; les maisons du général et de l'intendant sont souvent leur rendez-vous d'assemblée. Elles sollicitent, comme elles font partout, pour leurs maris, leurs enfants, leurs parents ; mais on n’en connait point dont l’ascendant ait fait commettre des injustices ou quelque chose de contraire au service du roi, quoiqu'il s’en trouve auxquelles le public attribue un crédit qu'elles n'ont point. ‘Toutes aiment la parure, et il n'y a point de distinction, de ce côté-là, entre la femme d'un petit bourgeois et celle d'un gentilhomme ou d'un officier.”
Dans la relation des fêtes du Dauphin, on voit les jésuites et les récollets rivaliser de zèle dans la manifestation de leurs sentiments de loyauté : chaque communauté a même son jour spécial de réjouissances. Mais il n’est pas question du séminaire de Québec. C’est qu’un séminaire épiscopal est censé suivre son évêque ; les élèves du grand et du petit séminaire accompagnèrent sans doute M# Dosquet et le chapitre dans la procession solennelle chez les récollets et les jésuites ; ils assistèrent au Te Deum qui fut chanté à la cathédrale,
Le séminaire n'avait pas encore, à cette époque, de chapelle extérieure, accessible au public, où pût avoir lieu un Te Deum, comme dans les autres communautés, La chapelle du séminaire ne fut construite qu'en 1790.
En 1730, cette vénérable institution fondée par Mf de Laval traversait une des périodes les plus critiques de son existence, Les deux incendies successifs de 1701 et de 1705, la mort de son fondateur et de tcus ses anciens directeurs. la privation de plusieurs sources de revenu dont il jouissait avant les changements opérés par M#de Saint-Vallier, la mauraise administration de quelques-uns de ses procureurs, tout cela avait fortement ébranlé le séminaire : il était réduit à une gêne excessive.
Les revenus ne suflisaient jamais à équilibrer la dépense : chaque
année voyait se grossir le déficit; on en était rendu, en 1730, à une dette de plus de 100,000 livres.
Mais il y avait quelque chose de plus alarmant encore: c'était un certain malaise qui régnait parmi les membres de cette maison, causé par cet esprit de jalousie entre Français et Canadiens qui nous fut si fatal dans nos guerres contre les ennemis de la colonie, et sema des germes de discorde partout où il se fit sentir. Les prêtres canadiens prétendaient, et avec assez de raison, que leurs confrères français étaient prévenus contre eux et ne leur donnaient pas la part à laquelle ils avaient droit dans la direction du séminaire. Leurs plaintes, longtemps comprimées par la présence de M. de Maizerets, pour lequel tous professaient le plus grand respect, éclatèrent après sa mort, et allèrent même au delà de l'océan.
Jamais on ne comprit mieux la sagesse qu'avait montrée MA de Laval en unissant son séminaire de Québec à celui des Missions-Etrangères de Paris. De cette institution, pourtant bien affaiblie elle-même à l'époque qui nous occupe, arrivaient à Québec, dans tous les moments critiques, non seulement des recrues utiles pour Ja conduite du séminaire, des secours matériels considérables, mais surtout des conseils d'une rare prudence, Au sujet des plaintes des prêtres canadiens, les directeurs de Paris écrivent à leurs confrères français de Québec :
“Dieu nous garde de penser comme eux ! Nous connaissons trop votre vertu et votre charité pour vous croire capables de vous prévenir ainsi, Mais après tout vous conviendrez avec nous qu'il est bien fâcheux que, tous les ecclésiastiques du Canada ayant été formés dans votre séminaire depuis l'enfance jusqu'au sacerdoce, durant l’espace de soixante ans, entre lesquels on ne peut nier qu'il n’y ait des gens d'esprit et de talent, suffisamment instruits et vertueux, il ne s'en soit point encore trouvé, dans un si grand nombre, qui d’ailleurs sont estimés des gens du monde, que vous ayez jugés dignes d'être unis à vous pour devenir dès à présent vos confrères, et un jour vos successeurs.
‘“ Vous savez bien qu'il faut que tôt ou tard le clergé du Canada se gouverne par lui-même, sans avoir besoin qu'on envoie à perpétuité des prêtres français pour le gouverner. Vous savez d’ailleurs que nos règlements portent que dans tous les lieux ‘de nos missions, dès que nous aurons formé des prêtres du pays suffisamment pour qu'ils puissent se passer de nous, nous nous retirerons de bon cœur pour aller travailler ailleurs. ... Il paraît donc que vous devriez tendre à mettre le plus tôt que vous pourrez entre les mains des ecclésiastiques du Canada le soin d'élever le clergé composé de leurs compatriotes. . . .”
L'un des effets les plus immédiats de cette lettre fut la nomination de M. Plante, un natif de l’île d'Orléans, reconnu pour son grand mérite, comme l’un des directeurs du séminaire, C'était une première satisfaction donnée aux Canadiens. Mais aucun prêtre né dans la colonie ne put arriver à la charge de supérieur, du temps du régime français.
Celui qui occupait ce poste important, en 1730 était M. Lyon de Saint-Féréol. Il y était depuis 1726. ‘“ C'était un prêtre d’un esprit mûr,
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d’une saine doctrine, docteur de Sorbonne, plein de piété et de détachement de toutes les choses du monde, On espérait que sa noblesse lui donnerait du crédit, et que son usage des communautés religieuses où il avait toujours demeuré le rendrait propre à rendre de grands services.” !
Malheureusement il ne réussit pas à se faire aimer de ses confrères ‘anadiens ; ils devinrent bientôt très prévenus contre lui : et se qui augmenta leurs préventions, c'est qu'il avait la réputation d'être très attaché à Saint-Sulpice, et qu'on le supposa, sans plus de raison, disposé à favoriser une union du séminaire de Québec avec celui de Montréal, Voici ce que M# Losquet écrivait un jour à ce sujet au ministre :
“ Je suis certain que le témoignage qu'on vous a rendu de M. Lyon n’est pas juste. Je le connais à fond, ayant demeuré plusieurs années avec lui. Il est naturellement doux, et incapable de faire de la peine à personne sans sujet. Je me suis informé des difficultés qu'il a eues ici
jusqu'à mon arrivée: elles naissaient de l’idée qu'on s'était faite qu'il voulait réunir le séminaire à celui de Saint-Sulpice, et aussi de l'envie que les Canadiens avsient de se rendre maîtres de cette maison, et d'en exclure les Français. C’est ce qui fait qu'ils s'étaient ligués tous contre lui, et qu'ils excitaient même les écoliers à ne pas lui obéir. Mais le public commence à lui rendre justice, et l'on admire sa vertu et sa patience
d'avoir souffert si longtemps.’
Quoi qu’il en soit, malgré sa bonne volonté, M. de Saint Féréol ne répondit pas aux espérances qu'on avait conçues à son égard. Son administration ne fut pas heureuse. Il ne fit rien surtout pour améliorer la condition financière du séminaire ; et il se décida au bout de quelques
RP
années à repasser en France.
Il était réservé à son successeur, M. Vallier, un autre Francais, de
premier mérite, d’affermir le séminaire sur un pied de prospérité morale et matérielle qu'il ne connaissait pas depuis longtemps. Cet homme,
vraiment supérieur sous tous les rapports, s'attacha jusqu'à la mort à cette
institution et lui rendit des services inappréciables.
Jamais, du reste, le séminaire ne cessa de jouir de l'estime et de la
reconnaissance de tous les Canadiens. MM. de Beauharnais et Hocquart
écrivaient un jour à la cour :
‘Nous ne pouvons que vous dire beaucoup de bien de cette commu-
nauté, qui a été de tout temps fort utile à cette colonie par l'éducation
gratuite qu'elle a donnée pendant longtemps aux jeunes gens, et qu’elle
serait encore très disposée à donner comme autrefois, si elle se trouvait
libérée des dettes considérables qu'elle a été dans la nécessité de contracter
à cause des pertes qu'elle a essuyées.” 5
l Histoire manuscrite du séminaire de Québec. ? Lettre de Mer Dosquet au ministre, 29 août 1730,
3 Lettre de Beauharnais et Hocquart au ministre, 10 octobre 1734,
En 1730, les principaux citoyens de Québec donnèrent au séminaire un précieux témoignagne d'estime et d’attachement. Touchés à la vue de la pénible situation financière où il se trouvait, ils adressèrent au ministre secrétaire d'Etat la requête suivante en sa faveur :
“Monseigneur, Supplient très humblement les soussignés des difrérents états du Canada et de la ville de Québec, et prennent la liberté de vous représenter que jusqu'à ce jour, depuis plus de soixante ans, tout Île Canada se sent d’une manière particulière obligé envers le séminaire de Québec, établi sous le bon plaisir et l'autorité de Louis XIV de glorieuse mémoire : la colonie lui est redevable de la bonne éducation de la plupart des personnes qui la forment, par le soin qu'il a pris d'élever la jeunesse ; elle lui doit ce nombre de prêtres, curés et missionnaires, qui avec zèle se sont appliqués, comme ceux d’à présent s'appliquent à desservir la “lus grande partie de ses paroisses, et même des missions parmi les sauvages,
“ Elle doit par conséquent ressentir vivement la peine et l'embarras où il se trouve aujourd'hui à cause des dettes que tout le monde en ce pays sait avoir été contractées en conséquence des malheurs qui lui sont arrivés, ou des pertes considérables qu'il a souffertes ; si mieux on n'aime l’attribuer à la trop grande mais charitable générosité des personnes qui l'ont gouverné jusqu’à présent.
“ Cette communauté est visiblement prête à succomber sous le poids des dites dettes qui l’accablent, et qui l’empêchent de faire actuellement au pays autant de bien qu’elle en a fait par le passé, et qui cependant ne lui en ôtent point le désir ni la volonté, ainsi qu'évidemment il paraît par les efforts qu'ils font tous les jours.
“ C’est pourquoi, monseigneur, les soussignés vous prient très humblement de vouloir bien auprès du roi, rotre illustre monarque, dont la Nouvelle-France éprouve chaque jour les bontés et libéralités royales, honorer d’une protection spéciale et particulière cette dite communauté.
‘ Québec, 18 octobre 1730.
‘“ De La Tour, doyen du chapitre, vicaire général ; Chartier de Lotbinière, archidiacre de Québec ; Hazeur, grand pénitencier ; Le Page de Sainte-Claire ; (+, de Tonnancourt, chanoine ; Dupont ; Courval ; Grandmesnil ; Beaudoin'; de Lino, premier conseiller; Sarrazin; Macart ; Cugnet; Foucault ; Bauus; La Ronde Denys; Adhémar de Lantagnac ; de Saint-Vincent; Dufiguier; Charest; Riverin; La Chassaigne; Ber-
thelot de Beaucour ; Le Verrier?; Chaussegros de Léry ; Vaudreuil de
la basse ville rue Sous-le-Fort, ? Procureur général au conseil. Il donna longtemps à Québec des cours de droit.
Voir mon étude sur le P, de Bonnécamps, dans les Mémoir’s de la Société royale,
2e série, t. [, p. 31,
8 Canadien de naissance, il fut notre dernier gouverneur sous le régime français.
(aosseLin] QUÉBEC EN 1730 89
Malheureusement la cour resta sourde à cette demande pourtant si chaleureuse et si bien appuyée ; et le séminaire se vit laissé à ses seules ressources pour se tirer de l'embarras financier où il se trouvait,
Voilà donc, au bas de cette requête en faveur du séminaire, les noms de quelques-uns des principaux citoyens de Québec qui prirent part aux grandes fêtes en l'honneur du Dauphin. Il y a là, outre les sommités ecclésiastiques, des conseillers, des militaires, des hommes de professions libérales, des savants. Je prends deux de ces noms au hasard, et c'est
par là que je termine.
Québec pouvait se vanter de posséder, à cette époque, deux représentants très distingués de la science, Chaussegros de Léry, pour le génie civil, Sarrazin, pour les sciences naturelles : tous deux avaient une réputa-
tion européenne,
Uhaussegros de Léry, qui a été mentionné plusieurs fois dans cette étude, a attaché son nom comme ingénieur à la plupart des grandes constructions de l'époque, au Canada. Etant encore en France, il avait composé un ouvrage très remarquable; voici ce qu'il en écrivait lui-même un
jour au ministre :
Avant de venir dans ce pays, je m'étais occupé à faire un Traité de Fortifications, divisé en huit livres, qui contiennent plus de cent belles planches, que j'ai dessinées avec beaucoup d’exactitude. Feu M# le duc d'Orléans voulait le faire graver, Je partis pour ce pays peu de temps après. Cela n’a pas eu lieu; et je ne suis pas en état d'en faire la
dépense, ...
Il communiqua son livre à M. de Beauharnais. Le général était en état de pouvoir l'apprécier ; et voici ce qu'il écrivit lui-même au ministre : ‘M. Chaussegros de Léry m'a fait voir un Traité de Fortifications, Je crois que cet
divisé en huit livres, prêt à être gravé et imprimé ouvrage mériterait d'être mis au jour. 1] traite généralement de tout ce qui regarde la manière de fortifier les places, les attaquer et les défendre. Il est rempli de quantité de planches : il y en a cent trente-deux. Dans un des livres, dessinées très proprement, il y a plusieurs nouvelles manières de fortifier les places, Il l'aurait mis au jour, s'il avait eu les
moyens d'en faire les avances.
‘Comme cet ingénieur est du département de la marine, étant sous vos ordres, je crois que vous ne serez point fâché de voir cet ouvrage, et qu'il parût. Il m'a dit qu'avec 3 ou 4,000 livres on ferait graver toutes ies planches. L'imprimerie ne serait pas d'une grande dépense. Les exemplaires paieraient au delà de tous ces frais.
‘CI m'a dit aussi que feu M. Renau en avait voulu faire les avances,
1 Lettre de Chaussegros au ministre, Québec, octobre 1739,
“Si vous jugez à propos que ce traité soit mis au jour, j'aurai l’honneur de vous l'envoyer l'année prochaine. M. de Beauvilliers, ingénieur, qui l’a vu, pourra vous dire ce qu'est cet ouvrage, Pour moi, je crois qu'il devrait être donné au public; il fera voir que les ingénieurs qui sont sous vos ordres savent leur métier.” !
La cour ne jugea pas à propos de faire cette légère dépense. Elle désirait bien ‘ voir fleurir de plus en plus dans le royaume les sciences et les arts”? mais à condition qu'il n'en coutât rien au trésor.
Pour être juste, cependant, il faut dire qu'elle accordait de généreuses gratifications au docteur Sarrazin pour ses travaux scientifiques au Canada. Mais le docteur n'épargnait ni peines, ni fatigues, ni voyages. Chaque année, il préparait pour l'Académie des sciences dont il était membre correspondant, quelque travail “sur les recherches curieuses auxquelles il s'attachait dans l'intervalle de ses fonctions de médecin ”. C'est surtout la botanique et la zoologie qui faisaient l'objet de ses études et de ses travaux. Ses descriptions du loup marin et du rat musqué furent très appréciées à Paris, On attendait toujours avec impatience ses envois au jardin des plantes! Le gouverneur et l'intendant écrivant un jour à la cour à propos de Sarrazin :
“I élève plusieurs plantes pour le jardin royal, qu’il n’enverra que l’année prochaine, parce qu'elles n'ont pas encore pris racine depuis qu'il les a transplantées.”
Le docteur Sarrazin ne négligeait rien, dans ses voyages, de ce qui pouvait intéresser les sciences naturelles : nos eaux minéral ne lui
! Lettre de Beauharnais au ministre, 26 octobre 1727.
? Lettre de M. de Maurepas à Beauharnais, Versailles, 27 avril 172$.
5 Lettre de Vaudreuil et Begon au ministre, 8 novembre 1718,
# Il est remarquable comme on s'occupait beaucoup de botanique, &u Canada, à cette époque, et d'envois au jardin des plantes de Paris. Je lis dans ane lettre de M. de Beauharnais au ministre, au sujet du sieur de Muy, enseigne es troupes :
‘ Cet officier s'est appliqué à la connaissance des plantes pendant qu'il a été dans les pays d'en haut, Il en a rapporté en poudre, en racines et feuilles, ccmme vous me le marquez. Il assure avoir guéri quantité de sauvages de différente. maladies. Je pense que beaucoup de ses plantes sont inconnues en France. 1] passe dans le vaisseau du roi, chargé des paquets de la cour. Vous serez en état de tirer de lui ses connaissances, ayant fait un mémoire instructif sur leur propriété.”
Je lis aussi dans une lettre de l'intendant Hocquart au ministre :
“J'ai fait embarquer sur le Rubis cinq caisses de plantes pour le jardin du roi, qui m'ont été remises, trois par le sieur Gosselin, chanoine, une par le sieur La Croix, chirurgien, et la dernière par le sieur Favre, curé de Saint-Sulpice. Elles sont à votre adresse. J'en donne avis à M. de Beauharnais, à Rochefort, afin qu'il les envoie à Paris.”
M. Hocquart écrit encore au ministre l'année suivante :
“J'ai fait charger sur le vaisseau du roi différentes caisses contenant diverses plantes, graines et minéraux, dont le mémoire est ci-joint. J'en adresse un pareil à M. de Ricouart.
‘“ La plupart des plantes ont été recueillies par le sieur abbé Gosselin, auquel j'ai fait payer la somme de 250 francs pour son remboursement de frais qu'il a faits à
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étaient pas inconnues : le gouverneur et l'intendant écrivent un jour au ministre :
“Il a visité l'été dernier des eaux minérales qui se trouvent aux environs des Trois-Rivières. Vous trouverez ci-joint un mémoire de ce médecin qui en fuit connaître les qualités et les propriétés et le succès qu'elles ont eu jusqu’à présent.”
Profondément versé dans les sciences naturelles, Sarrazin ne négligeait pas sa profession ; il était toujours à la recherche des remèdes les plus effiaces pour le soulagement de l'humanité, Je trouve à ce sujet un détail assez curieux dans une dépêche de MM. de Vaudreuil et Begon à la cour :
“Le sieur Sarrazin, disent-ils, nous a représenté qu'il y à en ce pays un grand nombre de personnes qui sont attaquées de maladies de poitrine, et que le remède le plus essentiel pour ces maladies est le lait d’ânesse, Comme il n’y point en cette colonie d'animaux de cette espèce, nous prions le conseil de vouloir bien ordonner qu'il en soit envoyé l'année prochaine par le vaisseau du roi un mâle et une femelle.”
Le ministre, entraîné cette fois par un vif mouvement de générosité, mit en apostille sur la lettre: “11 faut écrire à M. de Beauharnais d’envoyer un mâle et trois femelles.” !
Curieuse et sympathique figure que celle de Sarrazin ; l’une des plus intéressantes et des plus pures de notre histoire, La sœur Duplessis écrit à son sujet dans une de ses lettres :
“ Il est marié à Québec, où il est conseiller au conseil supérieur, Il a une fille et un garçon ; mais il est toujours malade, chagrin et rêveur. C’est un homme d’un rare savoir : il est fort habile dans son art et fort estimé à l’Académie des sciences, où il envoie tous les ans des mémoires fort recherchés.”
On sait qu'il avait un jour renoncé au monde pour embrasser l’état ecclésiastique.” Il n’y resta que quelques mois, et rentra dans le monde ; mais il y garla toujours cet air “chagrin et rêveur” dont parle la sœur Duplessis.’
cette occasion. . .. Le surplus des plantes a été recueilli par le sieur La Croix, chirurgien de Québec, auquel j'ai aussi fait payer la somme de 75 francs pour son remboursement de semblables frais.
‘A l'égard des caisses de minéraux, je préviens M. de Ricouart de vous les envoyer le plus tôt possible, afin que le nommé Forster qui passe sur le vaisseau du roi puisse se trouver à Paris lorsqu'elles arriveront, pour vous en rendre compte.”
Enfin M. Hocquart écrit à la cour dans une autre occasion :
‘* Le sieur Gosselin m'a remis depuis quelques jours une caisse de plantes pour le jardin du roi, que j'ai fait embarquer sur le navire Le Centaure, du Havre, La veuve Le Pallieur m'a envoyé de Montréal une petite caisse et un paquet contenant quelques racines propres à différents usages.... Cette veuve s'est attachée depuis longtemps à connaître les secrets de la médecine des sauvages, J'adresse le tout à M. Begon.”
1 Lettre de Vaudreuil et Begon au ministre, 6 novembre 1720,
2 Lettre de Frontenac au ministre, 15 octobre 1697.
3 Il était natif de Nuits, en Bourgogne.
Lorsqu'il mourut en 1734, voici le beau témoignage que MM. de Beauharnais et Hocquart, écrivant à la cour, rendaient à la mémoire de ce citoyen irréprochable :
‘Nous avons l'honneur de vous informer de la mort de M. Sarrazin.…. I vint dans cette colonie en 1687, en qualité de chirurgien des troupes. Ses heureuses dispositions pour l'art qu'il exerçait et pour la médecine le firent repasser en France,' où il se perfectionna, de manière qu'à son retour et jusqu'à sa mort il a pratiqué la médecine et la chirurgie avec des succès capables de lui procurer une fortune considérable, s'il eût été moins désintéressé. . .,
“ L'Académie des sciences, avec laquelle il a été en correspondance pendant de longues années pour des recherches de botanique et d'anatomie, lui a donné souvent des preuves de son estime... Il a servi le roi dans les hôpitaux et à la suite des détachements pour la guerre avec un zèle et une application peu ordinaires, Ses bonnes qualités, ses mœurs irréprochables l'ont fait aimer pendant qu'il a vécu en ce pays, et regretter après sa mort plus que nous ne pouvons vous l'exprimer. à
Si l’on élevait jamais un monument à ce citoyen intègre, à ce savant distingué, serait- il possible d'y inscrire de plus nobles paroles ?
À Il fut remplacé 6, durant son äbabnoe, par le docteur Boudeau, ‘‘ un très habile homme, dit Frontenac, consommé dans sa profession, aimé et estimé ici de tout le monde, et qui a servi fort longtemps dans les armées de terre ét de mer ”.