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l'hôpital général : l’archidiacre remplit les fonctions auxquelles il prétend avoir droit ; l’intendant exécute les volontés formelles du défunt, qui a préparé lui-même son caveau funéraire à l'hôpital. On aime à supposer que tous deux crurent avoir de fortes et sérieuses raisons d'agir comme ils l'ont fait.
Leur conduite par rapport à la question de juridiction, après la mort de M#' de Saint-Vallier, est plus grave, Sinous la jugeons d’après les idées reçues et admises aujourd’hui par tout le monde, elle est inexplicable, Sans doute le siège épiscopal de Québec n'était pas réellement vacant : le coadjuteur cum futurà suscessione, MX de Mornay, qui vivait en France, était devenu évêque de Québec, même sans s'en douter, à la mort du prélat défunt, Mais savait-on et pouvait-on ‘savoir, à cette saison de l’année, à Québec, que lui-même était vivant ? Il y avait quasi-vacunce, c'est-à-dire qu'il était physiquement impossible que l'évêque titulaire pût être averti, venir prendre possession de son siège, et administrer son diocèse, Il est admis aujourd’hui, du reste, que les granus vicaires de l'évêque défunt avaient perdu leurs pouvoirs par le fait de soa décès. C'était donc au chapitre à nommer un vicaire capitulaire qui prit les rènes du pouvoir d’une manière provisoire : et c’est ce qui fut fait,
Mais à l’époque dont nous parlons ce droit n'était pas reconnu par tout le monde, Les parlementaires et les gallicans—Dupuy était de cette école--n'admettaient pas que les prescriptions disciplinaires du concile de Trente fissent loi dans l'Eglise de France, Ils en étaient encore à l’ancienne discipline, d’après laquelle les archidiacres avaient de très grands M. de Lotbinière Grand archidiacre de l'Eglise
pouvoirs, qui ne cessaient pas à la mort de l’évêque. avait été lui-même élevé dans ces idées, de Québec, grand vicaire de Mf' de Saint-Vallier, il ne croyait pas avoir perdu ses pouvoirs par la mort du prélat ; il se regardait comme le représentant et le dépositaire de l'autorité ecclésiastique en attendant que le chef de l'Eglise pût venir la gouverner lui-même : M# de Mornay était Le chapitre, d’ailleurs, n'avait aucun droit de se poser comme le représentant de l'autorité, puisque son existence même était en question; son organisation cano-
censé lui conférer au besoin toutes les facultés.
nique était tout à fait irrégulière, les chanoines n'ayant pas voulu accepter la bulle pontificale de Clément XI qui avait réformé leur compagnie.! Dupuy allait plus loin : homme très retors, tout dévoué aux maximes ga'licunes, il prétendait qu’en cas de conflit au sujet du représentant de l'autorité légitime, c'était à l'Etat à trancher la question: “L'Eglise, disait-il, n’est qu’une dépendance et un rouage de l'Etat. Elle est
1 Voir ZLenri de Bernières, p. 154.—"* 11 ne paraît pas que le chapitre de Québec ait encore tout ce qui lui est nécessaire pour exercer les droits des églises cathédrales ; il n’a encore ni bulles, ni lettres patentes en forme. Celle de Clément X..,. a été révoquée par une de Clément XI..., à quoi le chapitre s’est opposé. ... Le chapitre est encore dans le combat des bulles..." (Mémoire de M£ Dosquet, 1730.) |
dans l'Etat, et non l'Etat dans l'Eglise; elle fait partie de l'Etat, sans lequel elle ne peut subsister." Dans le cus actuel, c'était donc à lui et au conseil supérieur à maintenir M. de Lotbinière comme archidiacre et administrateur du diocèse, durant la vacance du siège, ou plutôt en l'absence de l'évêque, Il n'eut pas de peine à entraîner à ses opinions la majorité des conseillers ; et ceux-ci se mirent à rendre des arrêts contre le chapitre et le vicaire capitulaire, De son côté, l'intendant faisait des ordonnances : arrêts et ordonnances étaient publiés dans les côtes par les capitaines de milice ; et lorsque le gouverneur, en sa qualité de chef militaire de la colonie, eut défendu à ceux-ci d'intervenir, Dupuy leur adjoignit les maîtres d'école, qui étaient sous sa juridiction, et leur adressa ses ordonnances ‘“ pour en faire lecture au peuple ”* C'est probablement le premier cas d’intervention—forcée, il est vrai—des instituteurs dans la politique ....
La guerre faite au chapitre par le conseil et l'intendant dura plusieurs mois, jusqu'à ce que le gouverneur y mit fin, à la manière de Frontenac, par un acte d'autorité,
On a prétendu, mais sans raison, que les jésuites avaient soutenu l'intendant dans ce conflit, Ce qui donna lieu, sans doute, à ce sentiment, c'est qu'ils ne se génèrent pas, et bien d’autres avec eux, de blâmer certains actes de rigueur excessive, et de véritables injustices commises par le chapitre, comme par exemple, l'interdiction de l'église et des religieuses de l'hôpital général, la persécution exercée contre les ursulines à cause de leurs directeurs,
Laissons la sœur Duplessis, de l'Hôtel-Dieu, nous dépeindre la situation où se trouva l'Eglise de Québec durant les longs mois qui suivirent la mort de M# de Saint-Vallier :
‘ Nous avons vu une guerre ouverte entre le chapitre et le conseil, Il y eut plusieurs arrêts rendus, des conseillers exilés par notre gouverneur, qui ont été rétablis, cette année, par ordre de la cour.
“ Les chanoines, se croyant maîtres absolus, firent tant de changements, surtout dans les maisons religieuses, que les ursulines eurent recours au conseil, pour implorer la protection du roi contre les menaces qu'on leur faisait. On avait déjà interdit leur confesseur, et on les avait traitées fort durement dans leurs propres chaires, sur ce qu’elles avaient dit que leur communauté avait toujours été plus paisible quand elles avaient eu des confesseurs jésuites que lorsqu'elles avaient eu des prêtres (séculiers).
“ Cette parole a tellement choqué ces messieurs, qu'ils ont cru le clergé flétri et déshonoré. Ils ont exercé contre ces bonnes filles tout ce
1 Edits et Ordonnances, t. II, p. 327.
2 Ibid, p. 333.
3 I1 y en eut deux, Guillaume Gaillard, et Louis Rouer d’Artigny. Celui-ci était fils de l’ancien conseiller Rouer de Villeray, qui avait toujours été du ‘parti jésuite ”.
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qu'ils ont pensé qui pouvait les mortifier, Ils ont empêché les sept discrètes de communier et de se confesser toute l'année, n ayant donné à personne le droit de les absoudre. Elles n'ont fait ni pâques, ni Jubilé : elles se sont vues à la veille d’être excommuniées, On leur a fait deux monitions ; mais heureusement pour elles il vint en ce temps-là des nouvelles de France, par l'Angleterre, qui apprirent que la conduite violente des chanoines était désapprouvée par la cour, Cela les arréta un peu. Ils n'ont pas laissé de harceler toujours cette maison, qui n’a été calméo qu'à l’arrivée de M# l'évêque, ...' D'autres communautés ont aussi été
tourmentées de ces messieurs, .
À vrai dire, il est rare que, dans ces temps de troubles et de passions, tout le monde ne se mette pas un peu dans le tort, M. de Beauharnais lui-même, qui fut alors le sauveur de la situation, outrepassa dertalnement ses pouvoirs, surtout en exilant temporairement deux conseillers à la ‘ampagne, pour s'assurer d'une majorité au conseil : il agit à ses risques et périls, er fut blâmé par la cour. Mais il s'en consola facilement, parce qu'il était convaincu que son intervention avait été bienfaisante et approuvée par tous les hommes sages de la colonie.
Le marquis Charles de Beauharnais, gouverneur du Canada, qui fit les honneurs du château Saint-Louis avec tant de grâce et de magnificence lors des fêtes en l'honneur du Dauphin, en 1730, était arrivé au pays dans l'été de 1726. Sa commission, datée de Marly, est du 11 janvier de cette année: M. de Beauharnais y est qualifié de “capitaine de vaisseau ”’. Il fut gouverneur du Canada jusqu'en 1747 : lui et son prédécesseur, M. de Vaudreuil, sont les deux gouverneurs, sous l’ancien régime, qui sont restés le plus longtemps, sans interruption, à la tête des affaires : leurs deux administrations couvrent une période de quarantequatre ans, de 1703 à 1747. |
Charles de Beauharnais était frère de François de Beauharnais, qui avait été intendant du Canada quelques années auparavant. Or M. Tremblay, du séminaire des Missions-Etrangères de Paris, écri ant à un de ses confrères de Québec au sujet de cet intendant, lui disait : “II est d’une famille qui n’est pas jésuite, car madame sa mère est la grande dévote de l’Oratoire, à Orléans.” C'est peut-être parce que Charles de Beauhurnais ne passait pas pour ‘ami des jésuites 7, qu'on à supposé que ceux-ci avaient pris le parti de l’intendant Dupuy dans ses luttes contre le chapitre?
1 ‘* Selon leur coutume, nos mrres avaient enregistré tous les événements de sette époque ; mais d'après le désir de M£' Dosquet, elles consentirent à retrancher ces pages de leurs Annales.” (Les Ursulines de Québec, t. TX, p. 144.)
, ; # Dencra Z, p.48 2 Lettre de la sœur Duplessis, Hôtel-Dieu de Québec, 25 octobre 1729, «hr. eve Man f
3 Il se trouvait, d'ailleurs, que le jésuite Dupuy, fils de l’intendant, était à cette époque à la maison de Québec.
“Sage, courageux et habile, écrit l'abbé Ferland, ce gouverneur avait épousé une dame veuve déjà avancée en âge, dont il n'avait pas eu d'enfants. Il réunissait donc plusieurs des qualités qui avaient été signalées comme nécessaires à un gouverneur du Canada,”
# Il appartenait, dit Garneau, par sa mère à une famille que ses services et sa parenté avec les Pontchartrain avaient placé dans les plus hauts emplois de la marine et des colonies.”
Il était grand-oncle d'Alexandre de Beauharnais, premier mari de l'impératrice Joséphine, Joséphine Tascher, épouse de Napoléon I*, qui la répudin pour épouser Marie-Louise d'Autriche, Par une coïncidence singulière,—je crois, du moins, qu’il n’y eut que coïncidence,—en même temps que le marquis de Beauharnais quittait ln France pour venir prendre possession de son gouvernement du Canada, Gaspard-Joseph Tascher, grand-père de Joséphine, s'expatriait, lui aussi, pour aller s'établir aux Antilles françaises :
“ Les Tascher, dit un chroniqueur, étaient des gentilshommes du Blésois, qui dépensaient, depuis des générations, leur sang et leur maigres revenus au service du roi, quand, en 1726, l’un d'eux, (raspard-Joseph, prit le parti d'aller chercher fortune ‘aux îles”, comme on disait alors, et s'embarqua pour la Martinique : c'était le grand-père de Joséphine. ...
“ Laissant aux émigrants d'esprit tenace et d'âme austère les forêts glacées et les grands fleuves du Canada, le flot des jeunes gentilshommes était attiré sous les tropiques par les perspectives de prompte richesse, la séduction du climat, les raffinements de l'extrême civilisation joints à ce laisser-aller des mœurs que l'esclavage entraîne inévitablement avec lui. Au bout de deux ou trois générations, c'étaient des créoles que l’on voyait réapparaître à Versailles, plus opulents que les fermiers généraux, plus élégants, plus spirituels, plus dissolus aussi que les courtisans les mieux en renom.”
Le fils aîné de Gaspard-Joseph possédait “la plantation des Trois- Ilets ” ; et c’est dans le bâtiment de la sucrerie ” que naquit et grandit Joséphine.
Sur ces entrefaites, un neveu du gouverneur du Canada, un autre marquis de Beauharnais, était devenu gouverneur des Antilles françaises. Son gouvernement ne fut pas heureux : il laissa les Anglais s'emparer de la Guadeloupe. Il fut destitué et rentra en France, emmenant avec lui sa maîtresse, la tante de Joséphine. Cette femme rêva alors d'associer les Tascher à son opulence ; elle réussit à conclure un mariage entre le fils
du marquis, Alexandre de Beauharnais, et sa nièce. Joséphine passa en France, et épousa en 1779, à Paris, le jeune de Beauharnaiïis. L'union fut éphémère. Au bout de quatre ans, notre créole demanda et obtint légalement séparation d'avec son mari. Ainsi se termina par un divorce l'alliance de Joséphine avec Beauharnais, comme ce fut par un autre
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