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chemin de fer du Pacifique, celui du Grand-Nord et celui du Labrador l'alimenteront également. Celui du Pacifique surtout va trouver tellement d'avantages pour lui dans les améliorations du havre de Québec, dès que sa ligne de steamers rapiäcs sera mise en activité, qu'il sera comme entraîné forcément dans le courant du brusque et irrésistible élan imprimé à notre ville, et qu’il deviendra avec le Grand- Tronc, avec le Grand-Nord et le Québec Central, l’un des agents de la construction du pont qui devra relier avant longtemps la vieille capitale avec le reste du continent,
Car, remarquez-le bien, Messieurs,tous ces chemins de fer, que je viens de nommer, auront un intérêt égal un jour au développement et à la prospérité de Québec, et ce sont eux qui construiront ce pont si longtemps désiré et toujours suspendu.
Les directeurs du Pacifique, qui ne sont pas des réveurs ni des illusionnistes, ont bien compris ce que je vous expose si imparfaitement en ce moment, et ils ont pris leurs mesures ; ils ont pris les devants comme c’est leur habitude ; ils ont construit un hôtel et un élévateur, sachant très-bien que le cours du fleuve humain et commercial va changer de direction, et qu’il leur faut être prêt pour le jour où leurs grands steamers viendront verser sur nos quais leurs flots d'hommes, leurs riches cargaisons, et en prendre d’autres en échange.
Nous assisto'.«, Messieurs, seulement à l’éclosion d’une transformation prodigieuse qui va s’opérer d'ici à quelques
années. La construction de l’hôtel et de l’élévateur ne sont que des incidents, des symptômes précurseurs ; ce sont des effets et non pas des causes, et bien naïf celui qui les envisagerait comme des points de départ indépendants de circonstances impérieuses, et comme des créations dues à un esprit d'entreprise aventureux qui cherche simplement des champs nouveaux où s’exercer. Non, ces constructions ne sont que des résultantes, mais elles indiquent clairement et victorieusement à tout esprit tant soit peu observateur ce qu'il y a en réserve derrière elles et de combien de conséquences nombreuses elles vont être suivies.
Laissez-moi donc vous dire, Messieurs, et je crois en avoir le droit au point où nous en sommes arrivés de l’exposition que je viens de faire devant vous, laissez-moi done vous dire, et cela sans hésitation, sans crainte d’amener sur vos lèvres le plus léger, le moins incrédule sourire, que Québec ra devenir un de ces grands entrepôts que je vous signalais il y à un instant, une des grandes villes du continent américain, un de ses principaux ports d'expédition. D'ici à un quart de siècle nous ailons voir toute la rive de Beauport, jusqu’à la chute Montmorency, se border de quais, ét la chute elle-même devenue Je grand pouvoir actionneur d'une foule d'industries, de l’éclairage et du chauffage de la région environnante, des moulins où se fera la mouture du blé de l'Ouest, des scieries, des fabriques en général, de tout enfin se qui offrira à la population de Québec quintuplée un champ de travail et d'entreprise.
Messieurs, je ne me berce pas à plaisir d'illusions, ni ai-je
l’idée de vous en bercer. J'ai voulu vous dire ce soir ce que je voyais, ce que je sentais comme devant être l’avenir assuré de la ville chère entre toutes aux Canadiens-Français.
Au printemps, dès que les premiers chauds rayons du soleil animent le sol paralysé par six mois d’hiver et font courir la sève figée dans les troncs et Les branches des arbres, vous voyez en un jour les bourgeons apparaître et s’ouvrir, la terre se couvrir subitement d’une abondante et ruisselante verdure, les forêts se revêtir d’un doux et luxueux feuillage, le sol, attendri par les tièdes baisers de l’air, s’offrir sans résistance au soc de la charrue, la nature entière transformée, sortie de son long sommeil avec une physionomie, une jeunesse et une vigueur nouvelles.
Ainsi fera Québec sortant, au printemps de ‘ 98 ”’, de son sommeil de cinquante ans. Ce printemps va se prolonger quelques années sous nos yeux ; mais, avec le siècle prochain qui, déjà, nous tend les bras, nous entrerons en pleine floraison, et le Québec de l'avenir luira dans toute sa beauté et sa splendeur aux yeux de ceux qui n’auront pu contempler jusque là que le Québec du passé.